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La religion est omniprésente dans la vie quotidienne mahoraise. Pas comme à Madagascar où le brassage fait en sorte que ça passe plus inaperçu. Ici, la journée religieuse commence dés 4h du mat par l'appel à la prière. Ceux qui vivent en quartier mahorais l'entendront au début de leur séjour, puis cela va se fondre dans le paysage naturel petit à petit. Dans chaque village, chaque quartier quasiment a sa mosquée. Je crois que celle de Tsingoni est la plus ancienne et est entrée dans l'histoire de Mayotte.
La religion musulmane couvre Mayotte au moins a 99%. Le petit pourcentage restant devrait concerner les malgaches catholiques et autres africains immigrés plus versés vers des religions propres à leurs pays respectifs. Il existe une église catholique a Mamoudzou et une autre en petite terre si je ne m'abuse mais n'étant pas pratiquant je ne m'avancerai pas davantage.
Les enfants fréquentent les écoles coraniques en plus de l'école de la république ce qui leur fait pas mal d'heures d'école dans la journée.
Les mahorais, comoriens compris bien sûr, sont trés pratiquants mais il y a l'émergence d'une nouvelle génération qui bien que croyante ne pratique pas. L'alcool, les cigarettes et le bangué (herbe locale) sont consommés plus ou moins en douce ce qui reste mal vu du reste de la population pratiquante.
Depuis que je suis ici, jamais au grand jamais, personne n'a tenté de me "convertir" d'aucune manière que ce soit. On en parle trés souvent ensemble mais chacun reste sur ses positions et tout est bien qui finit bien. Dieu ou Allah est présent partout dans les discours y compris dans les formules de politesse qui englobent les cérémonies du "bonjour". Idem dans l'accueil d'une personne qui pénètre dans une maison, que ce soit à l'heure du repas ou au milieu de la journée.
Ayant recommandé à mon voisin de nettoyer sa cour suite aux ravages du chikungunya, il me répondit "oui je vais le faire". J'insistai lui expliquant qu'il fallait vider tous les récipients d'eau stagnante, qu'il risquait d'etre contaminé voire meme contaminer sa famille et ses voisins je lui dis alors "qu'est ce que tu feras si tu es malade ? " il me répondit "on va prier".
D'où l'omniprésence de la religion dans le quotidien, mais (je parle pour moi) je ne ressens pas cette présence comme pesante. Je sais qu'elle est là,c'est tout.
Quelques fêtes religieuses jalonnent le calendrier (ça fait autant de jours fériés ...) et c'est avec beaucoup de chaleur au coeur qu'on peut voir tous ces gosses habituellement vétus de vêtements sales et déchirés, arriver pour La Ide et taper à votre porte (comme le font les petits européens pour Halloween) tout habillés de neufs et fiers. On leur dit "Ide m'baraka" et on leur donne gateaux, boissons, bonbons, un peu de monnaie ... ils sont trop beaux ! leurs parents se sont presque ruinés pour fêter la Ide à mayotte.
Nos bonnes relations avec la population nous entrainent assez souvent à être invités à des fêtes non pas pour prier mais pour partager le repas, la cérémonie, les danses et les chants. Notre seule présence est signe d'importance à leurs yeux. Hier encore nous étions invités à un mariage traditionnel et mon épouse a été traitée comme invitée d'honneur. Vêtement et maquillage traditionnels, invitation au m'biwis (musique traditionnelle réservée aux femmes) et à danser dans la rue ... Un spectacle et des instants inoubliables pour elle car en ce qui me concerne, du côté des hommes c'est différent il ne se passe rien de spécial à part le repas qui une fois avalé voit tout le monde se séparer rapidement. Mais là encore, générosité et partage issus de la religion, on vous donne un petit sachet plastique individuel contenant des gateaux et une boisson. Tout le monde repart avec son sachet perso !
Mayotte ne connait pas l'intégrisme musulman. je trouve que tout repose sur la solidarité dans la communauté. Plusieurs personnes se regroupent une fois par mois. Chacune d'elle met 100 euros. L'une d'elle ramasse tout le fric et met cet argent a son profit que ce soit pour sa maison, sa famille, un probleme rencontré etc. Le mois suivant ces mêmes personnes se retrouvent et c'est à une autre d'emporter le pactole etc... Quelle leçon de confiance ! Les banques sont ridiculisées. Et il n'y a jamais d'escroquerie. Tout repose sur cette légendaire solidarité et la confiance.
Par rapport aux relations avec les M'zoungous, je ne peux parler que pour moi même et ma famille mais jamais nous n'avons rencontré un seul problème qu'il soit de n'importe quel ordre.
La polygamie est toujours d'actualité et c'est la cause principale du nombre impressionnant d'enfants qui courent un peu partout et que vous ne manquerez pas de voir où que vous vous trouviez sur l'île.
II y a trés peu de femmes "djaoula" c'est à dire totalement voilée, gantée, cachée en totalité mais on en croise de temps en temps surtout vers la commune de Sada. Les religieux sont appelés ainsi "Djaoula". Les maîtres des écoles coraniques "Fundis" et beaucoup d'entre eux encore hélas utilisent au quotidien la correction physique des "mauvais élèves". Mais les temps changent et les moeurs évoluent c'est pourquoi il arrive de plus en plus que des parents mécontents changent leurs enfants de "fundis" si celui ci s'avère être un peu trop dur au niveau des coups de bâtons.
Les filles se marient jeunes et parfois sont promises sans leur accord. Le deuil ne dure pas longtemps (je connais une grand mère veuve depuis moins de trois mois qui vient d'être épousée par un tout jeune grand père).
Mais vous qui venez sur cette terre d'Afrique, vous arrivez sur une île qui connait la religion musulmane depuis plusieurs siècles. Le respect de ces coutumes est de rigueur même si elles sont en désaccord avec vos (nos) convictions. Nous qui arrivons d'un pays où l'on parle d'un voilage interdit, ici il fait partie de la vie de tous les jours et sans cette religion omniprésente Mayotte ne serait plus Mayotte. Nous avons pris des leçons d'humilité, de partage et de solidarité. Mais tout ça ... ce n'est que mon point de vue.
Dernier point : les Djins (les esprits) qui font entrer les filles en transe sans qu'on ne comprenne pourquoi. Il m'est arrivé d'avoir une élève prise d'une crise de possession de djin. Que faire ? Rien. On attend que ça passe. Ces djins ne manquent pas de nous rappeler qu'on est en Afrique. Ils sont assez nombreux et portent des noms différents. Ils sont répertoriés sur un ouvrage qui se trouve au centre de santé mentale de Mamoudzou. Leurs roles aussi sont différents. Parfois on voit à la cascade de Soulou des femmes possédées en train de se faire "déposséder" par d'autres femmes. Des réunions ont lieu où il s'y passe des choses hors du commun, hors de l'entendement, hors de tout ce qu'on peut imaginer dans notre esprit de français. Mon épouse a été invitée à l'une de ces réunions dans le quartier de Mifilaouni, j'ai promis de ne rien dévoiler de ces choses étranges qu'elle m'a rapporté ... alors, désolé... vous ne saurez rien de plus.
A bientôt
Bakoko Jacky
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