Sumatra, côté océan Indien : autour de Padang

Sumatra, côté océan Indien : autour de Padang
Lac Maninjau © Glebstock - stock.adobe.com

De Sumatra, 6e plus grande île du monde, partons à la découverte de la province ouest (Sumatera Barat), dont la capitale est Padang, baignée par l’océan Indien, 150 km au sud de l’équateur.

Nous voyagerons ici sur les côtes alentour, évoquerons les îles Mentawai où voisinent surfeurs et shaman, la cuisine Padang, célébrité nationale, et bien sûr le pays Minangkabau.

Lire aussi notre reportage Sumatra côté nord : au pays des orangs-outans

Padang : une ville cool, au bord de l’océan Indien

Padang : une ville cool, au bord de l’océan Indien
Padang © Dominique Roland

À 800 km de Medan et 150 km au sud de l’équateur, Padang (830 000 habitants) se déploie sur la côte ouest de Sumatra. Rafraîchie par l’océan et une rivière, verte et peu embouteillée, cette ville a un petit côté attachant. On s’y arrête, sans se presser, pour arranger une escapade vers les îles (surf ou aventure aux îles Mentawai) ou le haut pays Minangkabau.

Explorons-là à pied. À l’approche du couchant, les terrasses bricolées se multiplient sur la promenade longeant la mer, aux plages découpées en épis, par les digues anti-érosion. Au-delà de la mosquée, voici l’embouchure de la rivière où s’abritent les bateaux.

S’engager le long de la berge vers l’est par Jl. Batang Arau mène au quartier le plus intéressant de la ville, où les anciens entrepôts et demeures, ruinés ou réhabilités en lieux branchés (pension-bar-évènements Bat and Arrow, resto bobo local Week-End), datent d’une époque coloniale fortement sinisée.

Une parallèle au nord, l’artère principale Jl. Kelenteng égrène d’imposantes maisons claniques et funéraires chinoises, le joli temple Sie Hin Kiong et des commerces et cafés. Plus loin, s’engager à gauche dans Jl. Niaga, dépasser les boutiques de chips de crevettes keripik balado pour s’arrêter au Warung Kopi Nan Yo, bel exemple de café sino-malais.

Prendre à gauche Jl. Cokroaminto, puis la rue à droite mène à un Chinatown nocturne, dilué et provincial, où Jl. Tepi Pasang regorge de restos très fréquentés.

La cuisine Padang, célébrité nationale

La cuisine Padang, célébrité nationale
Cuisine Padang © Dominique Roland

La ville de Padang donne son nom à une cuisine particulièrement riche et variée, connue dans tout l’archipel et même au-delà. En réalité issue de toute la région, on l’appelle plutôt sur place masakan minang.

La cuisine padang renvoie autant à un type de restauration qu’à des spécialités, épicées à très pimentées, avec en constante l’usage du lait de coco.

Longuement mijoté, divinement fondant, le ragoût de bœuf Rendang en est l’emblème. Parfumé d’un diabolique mélange d’épices incluant cardamome, citronnelle et noix du bancoulier (parfois remplacée par la macadamia), sa réputation est aujourd’hui mondiale.

Parmi d’autres plats alléchants, citons les dendeng balado  (bœuf croustillant pimenté), daging asam padeh (viande aigre-douce), gulai sumsum (curry d’os à moelle), ikan bilis (anchois séchés, mélangés à des légumes), ikan pangek (poisson avec pousses de légumes), daun ubi umbuk (feuilles de manioc cuites dans du lait de coco), perkedel (croquettes de pommes de terre), terong balado (aubergines pimentées) et l’incontournable sambal, pâte de crevettes aux piments rouges et jus de citron dont les meilleures variétés sont maison.

Dans les cantines padang, on commande en pointant du doigt dans une vitrine (pratique !) les mets déjà préparés – la cuisine est faite une à deux fois par jour, pas à la commande – et on compose ainsi, librement, son propre menu dégustation.

Mais cette cuisine doit en partie sa célébrité à l’unique hidang, mode de service pratiqué dans les restos plus apprêtés, à l’origine des « tables de riz » rijstaffel hollandaises. Tous les mets du resto sont alors apportés sur la table dans des petites assiettes. Leur nombre atteint souvent la vingtaine, voire la trentaine ! Pas d’affolement, on ne paye que ce qu’on mange, le compte est fait à la fin.

Surf et shaman des îles Mentawai et côtes alentour

Surf et shaman des îles Mentawai et côtes alentour
Surf sur le spot de Nias © Dominique Roland

Chaque jour vers 18 h, le bateau Mentawai Fast revient de ces îles éponymes en 3 h, quand les ferries nocturnes en mettent 12. Le temps de rêver à Siberut et ses légendaires « hommes-fleurs » animistes, où s’organisent des séjours-rando. Ou à Sipura, égrenant des breaks de surfs superlatifs, dans la veine de ceux de Nias, plus au nord.

Plus grande île des Mentawai, Siberut fit le bonheur des ethnologues et aujourd’hui celui des voyageurs désireux de s’imprégner d’une culture immémoriale. Loger dans la grande maison communautaire Uma, rencontrer le shaman Sikerei, tresser un panier, pêcher, etc. Pour oublier que vous n’avez plus de réseau, y séjourner au moins 3 nuits…

Les nombreux récifs des Mentawai génèrent des spots de surf quels que soit la houle et le vent. Du sud de Siberut aux îles Pagai, en passant par Sipora, on compte une quarantaine de breaks, dont de nombreux mondialement connus. Sauf quelques exceptions, ils s’adressent aux bons surfeurs, les plus grosses vagues déferlant de mai à octobre, correspondant à la saison sèche. 

Rajoutons plages de sable blanc et eau translucide : les Mentawai, c’est un paradis.

Baie de Bungus © KiwiGraphy Studio - Shutterstock

Avant de filer sur les îles ou vers le haut-pays Minangkabau, pourquoi pas une excursion côtière vers le sud de Padang, fertile en côtes découpées ?

Après le pont, la route sinue sur un petit cap jusqu’à Pantai Air Manis, plage la plus proche à 5 km et très fréquentée le week-end. Une armada de quads sillonne la grève, aimantée par les 2 îlots accessibles à marée basse. Pas mal de détritus et trop peu de profondeur pour se baigner, mais des filaos pour l’ombre et une colonie de petites cantines warung sont bien là pour un intermède typique.

18 km et 2 baies plus loin, voici Bungus. Autant traverser le cap pour atteindre Ricky’s Beach House à 20 km, proche du village situé à l’embouchure de la rivière.

À l’opposé d’une pointe couverte de forêt, Jophira et Rimba Eko lodge  rejoints en bateau et agrémentés de petites îles alentour, composent d’idylliques retraites marines.   

Le peuple Minangkabau et ses traditions

Le peuple Minangkabau et ses traditions
Musée Minangkabau © Dominique Roland

Avant d’explorer le pays Minangkabau, une visite au musée de la ville s’impose malgré sa modestie. À l’étage inférieur, d’intéressantes salles sont consacrées aux spectaculaires Rumah Gadang, grandes maisons traditionnelles en bois, aux toits caractéristiques en forme de cornes de buffles, à l’artisanat que leur fabrication et décoration impliquent, et aux peuples des îles Mentawai. 

Majoritaires dans la province, les pieux musulmans Minangkabau conservent cependant de fortes coutumes adat, héritées d’un passé animiste et hindou-bouddhique.

Leur société semi-matriarcale procède d’un savant mélange des genres et attributions, toujours d’actualité, notamment dans les campagnes. Les femmes gèrent le patrimoine, le familial et le quotidien, tandis que les hommes s’occupent en priorité de la communication et de la politique.

Bukittinggi, capitale du haut pays Minangkabau, et ses environs

Bukittinggi, capitale du haut pays Minangkabau, et ses environs
Horloge Jam Gadang à Bukittinggi © milosk50 - stock.adobe.com

Longue de 100 km et s’élevant de 1 000 m, la belle route de Padang à Bukittinggi partage avec une voie ferrée et une rivière, près du bourg de Padang Panjang, une vallée encaissée trouant la jungle.

La circulation excessive de Bukittinggi, la « haute colline » déçoit. Mais la fraîcheur de l’altitude, une attachante pension et des cafés-restos accueillants concourent à rendre l’étape agréable.

Avant d’explorer le pays Minang, promenade obligée en ville et alentour. Hormis quelques vieux canons, l’ancien fort De Kock des Hollandais (8 h-18 h tlj) vaut surtout pour ses grands pins et panoramas. S’y projette aussi l’emblématique passerelle enjambant la rue vers la colline opposée, squattée par un zoo à oublier.

Canyon Sianok © Dominique Roland

Plus bas, la vieille horloge Jam Gadang. Et, tout en bas… par la spectaculaire trouée de l’escalier Janjang Seribu aux faux airs de Grande Muraille, ou une route en lacet passant par Lobang Jepang, d’anciennes grottes utilisées par les Japonais, le canyon Sianok aux parois raides et érodées. 

Semée d’animations populaires et cantines, une route suit le lit du canyon. La suivre et obliquer à gauche après le petit pont mène au délicieux café-resto Taruko, élégante maison traditionnelle s’ouvrant sur un panorama magique. Pavillon, barque, rivière, tout est calibré selfie, même le vieux patron, pittoresque et malicieux.

Plus loin, une cascade borde la route qui s’élève et débouche, au-delà d’un point de vue sur un superbe plateau de rizières.

3 km au sud du canyon, le village de Koto Gadang se consacre au travail de l’argent.

Voilà de quoi passer une belle journée avant d’explorer l’arrière-pays. À cet effet, les guides résidents vous trouveront vite, comme le flegmatique mais efficace Armindo (voir Guesthouse Mello dans la fiche pratique).

Le haut-pays Minangkabau : le lac Maninjau et la vallée de Harau

Le haut-pays Minangkabau : le lac Maninjau et la vallée de Harau
Lac Maninjau vu du panorama Puncak Lawang © Dominique Roland

Comme le lac Toba, mais en plus petit (100 km², 16 km de long), le lac Maninjau baigne la caldeira d’un ancien volcan effondré, à 35 km à l’ouest de Padang. 

Depuis le canyon de Bukittingi, continuer tout droit à la bifurcation du Taruko par une petite route s’élevant en surplomb d’une jolie vallée. À l’intersection, tourner à droite sur la nationale. Les paysages majestueux s’étirent avant un bourg et une nouvelle intersection où, au lieu de filer tout droit vers le lac, le détour par le panorama Puncak Lawang est conseillé.

Au-delà, la route de montagne bordée de pins retrouve la principale juste à temps pour plonger de 800 m vers le Maninjau, par les fameuses 44 épingles Kelok, où plusieurs warung profitent de panoramas somptueux.

Flottant à une altitude de 460m, le lac est idéal pour buller et admirer de réputés couchers de soleil. Les pensions routardes se trouvent sur la droite du grand village de la berge.

Dommage, l’eau est polluée par les fermes aquatiques. Pour une baignade, pousser plus au nord, où à 4 km, Bayur s’anime au marché du vendredi. Depuis la mosquée, un sentier mène en 1 h à une cascade. Passé rive ouest au-delà d’une station hydro-électrique, la route sinue sur une berge plus escarpée et boisée.

45 km au N.-O. de Bukittinggi, 10 km au-delà du bourg aéré mais sans charme de Payakumbuh, siégeant toutefois dans une belle vallée de rizières, repérer la bifurcation sur la gauche pour la vallée de Harau. Rapidement, un chemin sur la gauche mène à la géniale pension Abdi, dominée par les typiques falaises de granit de la vallée.

Au-delà, la gorge se resserre, une cascade remplit un bassin, puis la vallée se rouvre, déployant le vert hypnotisant de magnifiques rizières, réverbéré par les falaises rouge-brun. Splendide.

Le haut pays Minangkabau : villages traditionnels, palais royaux et courses de buffles

Le haut pays Minangkabau : villages traditionnels, palais royaux et courses de buffles
Course de buffles © Dominique Roland

Cap cette fois-ci vers la région de Batu Sangkar, 49 km au sud-est. Vallonnée, la route venant de Bukittinggi serpente joliment dans les plantations. En chemin, le panorama de Tabek Patah et le village de Rao Rao qui collectionne les vieilles demeures Minangkabau.

À Pagaruyung, l’incontournable Istano Basa est le plus imposant et mieux conservé des anciens palais royaux du Minangkabau. Respectivement 10 km à l’ouest et au sud-ouest de ce bourg, les villages de Kubu Kerambil-Pariangan et Belimbing comptent de nombreuses vieilles maisons typiques.

Spectaculaire et emblématique tradition minangkabau, les Pacu Jawih (« course de buffles » dans l’idiome Minang) sont organisés en rotation sur différents sites des régions de Payakumbu et Batu Sangkar, tous les samedis de 11 h à 16 h sauf en période de ramadan.

Un pied sur l'extrémité de chaque joug, les pilotes surfent sur les rizières en eau,  essayant de garder leurs deux buffles groupés en les tenant par leurs queues. Placides, heureusement, les bêtes partent parfois dans le public. Adrénaline et éclaboussures garanties ! Petites foires et concerts accompagnent l’évènement.

Autre attraction régionale, l’odorante floraison de la plante parasite géante Rafflesia Arnoldi, nécessite une marche d’approche plus ou moins longue, vers Palupuh, 30 km au nord de Bukittinggi.

Fiche pratique

Consulter nos guides en ligne Indonésie et Sumatra

Comment y aller ?

Aéroport international de Minangkabau (Padang) relié à Kuala Lumpur avec Air Asia et à Jakarta avec Garuda, Lion Air….

Change/Argent : 1 € = env 15 000 roupies. Abrévation usuelle 1 000 Rps = 1 K

Extension de visas :  possible à Padang (en direct 350 K ; avec agent, comme auprès de Brigitte’s (voir « où loger ») ; prévoir 900 K) et Bukittingi. 

Tours organisés :

PT Maju, à Bukittinggi (se renseigner à Hello Guesthouse), maju_travel06@yahoo.co.id. Tél. : +62 8126741852. Prévoir 300 K, min/max 3/7 pers, entrée et guide anglophone inclus.

Surfer sur les îles Mentawai :

Elles comptent une trentaine de surf camps, allant du type guesthouse pour tous budgets (package 10 nuits à partir de 700 €) à d’exclusifs et très branchés resorts, sans oublier les bateaux liveaboard affrétés pour les surf trips depuis Padang (pour 10 j, compter 2 000-3 000 €/pers ; chartériser un bateau de pêcheur coûte 10 fois moins cher, au moins).

Conseil : arranger son séjour de surf à Padang, où se concentrent les opérateurs et les guesthouses annexes des surf camps. Lances Surf camp, île de Sipora. Tél. : +62 813-7425-7162. Dirigé par Bruno, un Français installé à Padang (annexe guesthouse : Brigitte’s et New House). 

Séjour en immersion sur Siberut  Mentawai Experience, tél. : +6281374600582. Y contacter de notre part Oncy Oni, un jeune fils de shaman fiable et très sympa.

Se déplacer : Padang-Bukittinggi : on recommande les confortables minibus AWR à 50 K « door to door ».

Où dormir ?

Petit déjeuner compris, sauf indication

À Padang :

- Yani Homestay : Jl. Nipah n°1. Tél. : +6285263801686, yuliuz.caesar@gmail.com . Dortoirs (80K/lit) et chambre 150/175 K double sans/avec sdb) des 2 côtés de la rue. Très bons conseils du jeune patron Julius, super sympa. Pas de petit déj.

- Brigitte’s House : Jl. Kp. Sebelah. Tél. : +6275136099. Brigitte.house@yahoo.com . Dortoir 95 K/lit, double 150-330 K. Terrasse sur le toit.

- New House Padang : Jl. Hos Cokroaminto. Tél. : 6275125982. Dortoir à partir de 100-125 K, double 250-330 K. Annexe de Brigitte.

À Bukittingi et haut pays Minang :

- Hello Guesthouse : 6 Jl. Teuku Umar, tél. : +6275221542. Dortoir 75 K/lit, double 185-275 K. Très propre et mignon, accueil sympa de Lynn, plein de tuyaux.

- Abdi Homestay : vallée d’Harau, tél. :+ 62(0)85263781842. Bungalow, à partir de 15 €, petit déj non compris.

- Beach Guest House (ou Bagoes café-restaurant), lac Maninjau. Tél. : +62752861799, Doubles sans/avec sdb  à partir de 100- 150 K.

manger, boire un verre?

À Padang :

- Warkop Nipah, voisin de Yani, parfait pour petit déjeuner et déjeuner, ferme à 13h30.

- Bu Tres resto, 88 Jl. H. Cokroaminoto, grillades de poisson réputées.

- Sari Raso, 3 Jl. karya, excellente cuisine Padang, servie « Hidang », 15-20 plats sur la table (!), compter 5 €/pers pour un banquet.

- Pondok Indah jaya, 138 Jl. Niaga cuisine Padang choisie en vitrine. 

- Restos sur Jl. Tepi Pasang, très animé le soir, exemple le Hau cuisine chinoise, ou, au 40, le branché Kiosk, si envie de plats occidentaux, pâtes, saucisses 30-60 K, viandes 120 K.

- Rumah Bubur : Jl. Hos. Cokroaminoto, spécialiste des congee, le soir slt.

À Bukittinggi :

- RM Selamat, 19 Jl. A. Yani, cuisine Padang, très bons rendang et cancang de bœuf.

- Bedudal Cafe, 95 Jl. A. Yani, rdv des voyageurs qui y apprécient notamment les baked potatoes garnies.

- Café de Kock, 18 Jl. Teuku Umar, jumeau du précédent.

Agence de voyage

Shanti Travel Indonésie : Tel: 01 82 28 92 28 Antenne indonésienne d’une agence française spécialisée en voyage sur-mesure en Asie. Très bonne connaissance du terrain et grande réactivité, même en dernière minute. Tarifs compétitifs. À titre indicatif : à partir de 100 €/pers/

Texte : Dominique Roland

Indonésie Les articles à lire

Voyage Indonésie

Bons Plans Voyage

Services voyage