Guyane : à la rencontre des communautés locales et d'une culture métissée

Guyane : à la rencontre des communautés locales et d'une culture métissée
© Atout France / Travelmehappy

En partenariat avec Atout France

Un séjour en Guyane offre l’occasion de partir à la rencontre des différentes communautés locales et d’explorer la riche diversité culturelle du territoire. Terre façonnée par l’histoire, la Guyane a conservé intactes ses traditions et ses coutumes, à découvrir dans ses villages, ses marchés et ses festivals. Par le métissage, elle a aussi développé une culture propre où chacun se retrouve autour de traditions communes comme le carnaval ou la gastronomie. En route pour Camopi, Papaïchton, Maripasoula pour une authentique invitation au voyage…

La Guyane, un kaléidoscope de cultures

Gigantesque territoire où la forêt est reine, la Guyane est le département français à la plus faible densité démographique. Cette moyenne cache, bien sûr, des disparités géographiques entre le littoral et l’intérieur et ne dit rien de la riche diversité des populations.

L’histoire locale a mêlé aux peuples amérindiens, terriblement décimés par le choc épidémiologique, les esclaves, noirs-marrons, colons, bagnards. À ce creuset initial se sont ajoutées les strates de l’immigration asiatique, antillaise, latino-américaine. Bref, sur ces rives de l’Atlantique, le monde a débarqué.

Il se côtoie, se mélange parfois mais reste très largement fidèle à ses valeurs et traditions propres. Loin de l’uniformisation, la Guyane est un kaléidoscope où chaque culture brille de son éclat singulier.

En Guyane, la persistance des coutumes et croyances à travers le temps apporte une richesse à notre temps, une sorte de biodiversité culturelle exceptionnelle. Elle démontre un attachement fort à ses origines et s’entretient au fil des générations grâce notamment à l’endogamie (des mariages entre membres de la même communauté).

Ainsi, les Amérindiens, comme de nombreux Bushinengés, vivent dans des villages, plus ou moins éloignés des villes, et maintiennent dans leur commune les usages coutumiers. Les seuls contacts réguliers avec les institutions républicaines sont limités à l’instituteur (ou institutrice), l’infirmier de permanence au dispensaire, le gendarme.

Pour les communautés amérindiennes qui ont failli s’éteindre (on ne comptait plus que 800 habitants amérindiens en 1947 contre 6 000 aujourd’hui), l’isolement géographique est aujourd’hui une protection ; une zone d’accès réglementé (la ZAR) a été instituée dans les années 1970. Elle s’étend sur une large partie sud du territoire. Pour pénétrer dans ce périmètre, il faut donc faire une demande écrite à la préfecture, motivée par une raison professionnelle ou une invitation personnelle et complétée par un certificat médical de non-contagion. Par cette mesure, le tourisme reste de fait limité.

Bienvenue à Camopi !

Néanmoins, certaines communautés amérindiennes ont choisi de s’exclure de la ZAR. C’est le cas de Camopi sur l’Oyapock qui mise sur la fréquentation des visiteurs pour apporter un complément de revenus à ses habitants. Une brochure publiée par le Parc Amazonien de Guyane donne quelques conseils de bonne conduite aux touristes. Les codes des Wayana et Teko, les deux composantes du bourg de 1 700 habitants, sont évidemment différents !

Il faut quatre heures de pirogue pour rallier Camopi depuis le saut Maripa après Saint-Georges de l’Oyapock. Un périple fascinant qui permet de lâcher prise, de rentrer en symbiose avec les éléments, de se préparer mentalement à la rencontre avec ces représentants des peuples premiers, et le premier d’entre eux, le capitaine (l’équivalent du maire).

Le bourg, aux maisons de bois semblables, compte une école et un collège où convergent les élèves venus des écarts en pirogue, un hall sportif, un dispensaire, une gendarmerie, une épicerie, deux restaurants et le camp Mokata où dormir. Une occasion unique de vivre au bout du monde et de partager quelques moments hors du temps.

La défense des traditions

A la frontière du Suriname, Awala-Yalimapo est située sur l’estuaire de la Mana. Cette jeune commune créée en 1988 regroupe les habitants des anciens villages Kali’na d’Aouara et des Hattes. Elle est à la fois administrée par un maire et deux chefs coutumiers et applique le droit d’usage collectif sur le foncier.

Si beaucoup de touristes viennent ici à la saison de la ponte des tortues marines, Awala-Yalimapo fait aussi le plein de visiteurs lors des Jeux Kali’na en décembre. Ces quatre jours festifs sont rythmés de défis individuels et collectifs presque vieux comme le monde : montée de cocotier, tir à la corde, lancer de harpon, course de pirogue, tir à l’arc, course à pied, transport de charge…  et un casse-tête local baptisé le jeu du diable.

Les équipes juniors et adultes des communes, écoles, collèges et lycées s’affrontent dans une ambiance amicale mais très motivée, sous les encouragements d’un public enthousiaste. En journée, des stands proposent des bami-nassi, du kasilipo et du cachiri rose (une bière faite à partir du manioc), tandis que le soir des groupes de musique animent au son du sanpula (un tambour traditionnel) des soirées inoubliables. Autre manifestation qui rend hommage à la culture kali’na, la nuit du sanpula a lieu, elle, en juillet. Pour danser autrement jusqu’au bout de la nuit !

Les Journées des Peuples Autochtones

Adoptée aux Nations Unies, la Journée des Peuples Autochtones fixée au 9 août se décline en Guyane. Après avoir été longtemps concentrées sur Cayenne, les manifestations se délocalisent de plus en plus. En 2018, les Journées des Peuples Autochtones se sont déployées sur plusieurs sites, au cœur de villages amérindiens : Village Kamuyeneh à Macouria, Village Amérindien de Javouhey à Mana, Village Espérance à Saint Georges de l’Oyapock, Village Cécilia à Matoury. Une belle invitation à rentrer dans l’intimité de ces communautés… et de faire quelques emplettes !

L’artisanat amérindien est d’une grande finesse tout en sachant se mettre au goût du jour. La preuve : ses yamatu (panières à couvercle en vannerie) ou encore ses  colliers de perles colorées aux incroyables entrelacs.

Papaïchton, capitale boni

Capitale historique du pays des Bonis (également appelés Alukus), Papaïchton s’étend au bord de la Lawa, à 25 km au nord de Maripasoula. En 1971, son Gran Man Tolinga a été reçu à l’Elysée, ce qui lui a valu le nom de Papaïchton-Pompidouville !

Le bourg avec ses rues en dalles de ciment, ses cases de bois, son embarcadère où tanguent les pirogues, ses bancs à l’ombre des manguiers, son carbet des morts, ses pressoirs à cannes à sucre, distille une atmosphère nonchalante. Les marchandes de panguis (pagnes pour les femmes, faits en tissu wax que l’on enroule sur les hanches) et de boissons fraîches papotent entre elles, les piroguiers chargent les marchandises et les passagers, les écoliers et collégiens se dépêchent de regagner leurs classes.

Bien que Papaïchton, fondée en 1969, soit récente, elle possède dans le bourg mais surtout dans les hameaux alentour comme Assissi ou Boniville un intéressant patrimoine bushinengé : les maisons traditionnelles à pignon triangulaire orné de décorations tembés (découpes ajourées et motifs géométriques peints).

Construites en bois par le mari pour sa femme, les cases sont de modestes dimensions, autour de 20 m; elles sont couvertes d’un toit en feuilles de waï. Posées sur le sol ou sur pilotis, elles sont entièrement closes, contrairement au carbet amérindien ouvert, et protègent des esprits de la nuit. En plus de cet espace dédié au sommeil où sont suspendus les hamacs, un carbet-cuisine est souvent commun. Actuellement, de concert avec le Parc Amazonien de Guyane, un effort de réhabilitation du patrimoine bâti de Loka et Boniville est mis en œuvre. 

Installé à Papaïchton, Carlos Adaoudé, dit Kalyman (06 94 41 47 72), est un maître de l’art tembé. Dans son atelier, il crée des pièces uniques où souffle l’esprit des ancêtres et perce l’imagination puissante de l’artiste. A découvrir…

Le marché artisanal de Maripasoula

Un événement haut en couleur et émotions à ne pas manquer : le marché artisanal de Maripasoula. Si sa date est fluctuante, sa fréquentation ne fléchit pas.

Organisé chaque année autour d’une thématique, il rassemble une centaine d’exposants venus de Taluen, Antécume Pata, Papaïchton mais aussi de l’Oyapock. Les stands débordent d’articles artisanaux, de recettes traditionnelles tandis que de nombreux animations et ateliers font participer le public : course de pirogues, défilé de mode, cours de cuisine, initiation à la danse… Dans cette ambiance festive, les barrières tombent et les échanges entre locaux et visiteurs sont d’autant plus faciles, naturels.

Plus d’infos sur www.parc-amazonien-guyane.fr/fr/agenda

En terre hmong

Réfugiés politiques après la guerre d’Indochine, les Hmongs sont arrivés en Guyane à partir de 1977. Le gouvernement les installe discrètement à Cacao d’abord, à l’est du pays, puis à Javouhey, à l’ouest. Depuis, la communauté s’est solidement implantée et a réussi, à force de travail, à transformer des collines boisées en vergers et potagers fertiles.

Alors que les autres communautés pratiquent principalement une culture de subsistance sur leurs abattis (jardins), la diaspora a développé une activité agricole à vocation commerciale et vend les récoltes sur les marchés. Quarante ans après l’exil guyanais, elle maintient une relation très étroite avec sa culture d’origine et donne à sa terre d’adoption un parfum oriental. On s’en rend compte en venant au marché du dimanche, un festival d’odeurs pimentées et de couleurs chatoyantes, sur fond de conversations hmong.

L’étape à Cacao, et dans une moindre mesure celle à Javouhey, fait partie des incontournables guyanais. On y savoure soupes hmong, porcs au caramel, rouleaux de printemps à gogo. On y achète des taies et trousses décorées de patchwork, des pochettes tissées de perles…

Bien sûr, le moment très attendu par tous est la fête du Nouvel An célébrée à la fin de la moisson du riz. Elle s’étalera sur plusieurs jours, en octobre à Cacao et en décembre à Javouhey. Habillés en costumes traditionnels, avec force broderies et miroirs, les jeunes gens devront se plier aux rituels jeux de balles qui, autrefois, favorisaient les rencontres… et les mariages.

Au programme également, démonstrations de danses, tournois de triplettes, soirées karaoké et un grand bal. Attention, la popularité de l’événement peut entraîner des embouteillages !

En savoir plus

Plus d'infos sur https://decouvrir.guyane-amazonie.fr

Texte : Routard.com

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