Faune et flore des montagnes de Balé en Éthiopie

Les voyages de Gilles Parigot sont essentiellement guidés par son intérêt pour la nature et la photo. Photographe amateur passionné par la faune, la flore et la géologie, militant dans des associations de protection de la nature, il cherche à découvrir  les beautés naturelles du monde, la vie et les relations des hommes avec ces milieux. Après 3 voyages en Éthiopie, il nous présente le Parc national du Balé.
À lire également, l'interview de Gilles Parigot.

Plateau de Sanetti

Plateau de Sanetti
© Gilles Parigot

Le plateau de Sanetti qui domine la montagne de Balé est d’origine volcanique. C’est un espace steppique, à la végétation très rase, parsemé de blocs de basalte recouverts de lichens colorés.
Battu par des vents glaciaux, il n’est pas rare que la température y soit inférieure à 0°. C’est le royaume de millions de rongeurs qui sont les proies de divers rapaces et du loup d’Abyssinie. 

Loup d'Abyssinie

Loup d'Abyssinie
© Gilles Parigot

Les loups d’Abyssinie représentent l’espèce animale emblématique du Plateau de Sanetti où ils sont endémiques.
Seulement au nombre de 250 environ, ils constituent, aujourd’hui, l’espèce de mammifères la plus menacée de disparition de toute l’Afrique.
Bien qu’ils ne soient pas chassés par l’Homme car ils ne présentent aucun caractère nuisible dans leur comportement et dans leur nourriture (exclusivement composée de rongeurs), leur espace vital se voit réduit par la présence humaine et par les troupeaux qui parcourent de plus en plus le Plateau.

Orgues basaltiques

Orgues basaltiques
© Gilles Parigot

Les quelques petites élévations de terrain qui animent l’immensité et la nudité du Plateau de Balé trahissent l’origine volcanique du site, parfois sous forme d’orgues basaltiques.

Lobélie géante

Lobélie géante
© Gilles Parigot

Les spectaculaires lobélies géantes (lobelia rynchopetalum) sont endémiques  à cette région.
Leurs troncs, mesurant 3 m de haut environ, se terminent en rosettes de feuilles à structure rayonnante.
Après plusieurs années de « somnolence » apparente de la plante, une hampe qui peut atteindre 9 m se dresse, garnie d’une inflorescence composée de milliers de fleurs violacées. Après cette spectaculaire manifestation botanique, la plante meurt.

Buse augure

Buse augure
© Gilles Parigot

Les rapaces animent, en permanence, le ciel de la montagne de Balé, à la recherche des rongeurs. De couleur noire et blanche et la queue rousse, la buse augure est la plus identifiable. La chasse de ce rapace est particulièrement efficace.

Ferme isolée

Ferme isolée
© Gilles Parigot

Les zones les plus basses de la Montagne de Balé sont fortement marquées par une présence humaine et une forte activité agricole. Les prés et les champs s’étendent au détriment des milieux naturels et surtout de la forêt qui a perdu  plus de 95 % de sa surface en Ethiopie.
Les « fermes » sont assez isolées, faites de terre, de bois et de chaume et dotées d’éléments minimum de confort.
De toute évidence, la vie y est très rude pour les hommes même si la campagne environnante parait riante. 

Rat-taupe

Rat-taupe
© Gilles Parigot

Le rat–taupe géant constitue l’aliment de base des loups  qui, tous les matins, quittent leur meute pour parcourir, individuellement, des kilomètres sur le Plateau, dans une quête incessante et généralement  récompensée de leur mets favori.
Le rat-taupe peut peser jusqu’à 1 kg. On estime leur nombre à 6000 au km2. Leur morphologie est assez unique ; leurs yeux « posés » sur le haut de la tête, leur permettent de surveiller l’arrivée éventuelle de leurs prédateurs ailés.
Se nourrissant de racines, de rhizomes et de bulbes, ils creusent, en permanence, des galeries,  exhumant des insectes que des passereaux (plus spécialement des traquets)  toujours à l’affût ne manquent pas de capturer.

Kniphofia

Kniphofia
© Gilles Parigot

Une autre plante de cette montagne : la kniphofia dont les fleurs jaunes et orange peuvent de dresser à près de 2 m de haut.

Lièvre de Starck

Lièvre de Starck
© Gilles Parigot

Le lièvre de Starck ne vit que sur les hauts plateaux éthiopiens. Avec les 11 variétés de rongeurs endémiques au Parc du Balé, il fait partie des proies des loups d’Abyssinie et rapaces diurnes. Dans les milliers de km de galerie creusés sous terre, on estime qu’ils représentent une biomasse de 2500 kg au km2.

Récolte des céréales

Récolte des céréales
© Gilles Parigot

Récolte des céréales et fenaison sont exécutées manuellement ou avec des instruments rudimentaires. Ici, c’est la coupe du teff (qui n’est pas, botaniquement, une céréale) dont le grain broyé fournira la farine nécessaire à la fabrication du plat traditionnel de l’Ethiopie : l’ingéra.

Chevalier aboyeur

Chevalier aboyeur
© Gilles Parigot

Les milieux humides du plateau de Sanetti (marécages et lagunes) accueillent de nombreux canards et limicoles dont on n’imaginerait pas la présence de certains à cette altitude. Parmi ceux-ci des tadornes casarcas et des chevaliers aboyeurs.

Lobélie solitaire

Lobélie solitaire
© Gilles Parigot

Les lobélies géantes sont les seuls végétaux qui se dressent dans ce paysage recouvert d’une maigre végétation rase.

Questions à Gilles Parigot

Le Routard : Quelle a été ta première rencontre avec l’Éthiopie, pourquoi cette destination ?

Gilles Parigot : Ce sont les photos de Hans Silvester réalisées chez les peuples de l’Omo, au début des années 2000, qui ont suscité mon envie de découvrir l’Ethiopie et, donc, de m’y rendre, une première fois, en janvier 2012.

Pour atteindre la région de l’Omo, aux confins Sud du pays, il faut parcourir 600 km environ, au creux du Grand Rift africain.

Ce Rift présente un paysage verdoyant et riant de montagnes aux formes douces  et abrite de grands lacs peuplés d’une multitude d’oiseaux d’espèces les plus variées, vivant en harmonie avec une population essentiellement rurale, dense et particulièrement accueillante.

Rien à voir, donc, avec ces images que nous avons tous  tendance à garder à l’esprit d’un pays triste, désert et ravagé et d’un peuple « détruit » par plusieurs décennies de guerre  à la fin du 20ème siècle.

Le Routard : Comment as-tu découvert la région du Parc de Balé ?

Gilles Parigot : Ce voyage se poursuivait, ensuite, vers l’Est de l’Ethiopie, pour atteindre les Montagnes de Balé.

Là encore, c’était  encore 300km à parcourir, au milieu d’un paysage rural très animé et de reliefs montagneux aux formes diverses, avec, au final, la montée à  4000m d’altitude, sur le Plateau de Balé, riche de nombreuses espèces végétales et animales endémiques dont l’emblématique loup d’Abyssinie.

Donc, un superbe voyage et des découvertes très au-delà de tout ce que j’avais imaginé… et une envie de retourner, rapidement, dans ce pays pour m’attarder d’avantage dans les régions les plus riches en faune et surtout en oiseaux et pour satisfaire, aussi, mon goût pour la photographie « Nature ».

Le Routard : Après ce premier voyage, tu as voulu poursuivre la découverte de ce pays…

Gilles Parigot : L’occasion m’en a été donnée, en février 2014, par le biais d’un voyage dont la promotion avait été assurée par une revue ornithologique.

Avec un rythme et un itinéraire plus adaptés, ce fut la confirmation, à la puissance 10, des premières impressions et l’idée qu’il serait très facile d’organiser, soi-même, son propre voyage tant le pays est sûr, les habitants accueillant, le réseau routier en bon état, le climat agréable.

Idée concrétisée dès février 2015, avec un petit groupe d’amis naturalistes et photographes et la mise à disposition par une agence locale de 2 véhicules (en parfait état) et de 2 accompagnateurs (particulièrement disponibles et compétents) sur la base d’un itinéraire élaboré personnellement.

Au retour, des milliers de photos et de nouvelles personnes, elles-aussi conquises et prêtes pour un nouveau départ en Ethiopie.

Je sais aussi que ces 3 voyages ne m’ont donné qu’un petit aperçu de l’extrême variété de ce qu’il y a à découvrir dans ce pays en matière de paysages, de richesses naturelles, d’expressions culturelles et religieuses, de modes de vie, de relations humaines…

Le Routard : Peux-tu nous parler plus en détail de cet écosystème si particulier ?

Gilles Parigot : La Montagne de Balé a acquis le statut de Parc National éthiopien en 1970.

S’étageant entre 2500 et 4400 m d’altitude, cet espace de 2200 km2 constitue une sorte d’ile isolée, à la géologie particulière et présentant une couverture végétale très spécifique, au milieu d’un océan de steppe et de savane.

Les étages inférieurs sont occupés par une végétation abondante et variée, mais aussi par une présence humaine importante (fermes, pâturages…).

C’est le domaine où les assez rares mammifères du pays essaient de cohabiter avec les hommes. Pas de chasse ici, mais un lent et permanent recul des milieux naturels  qui rend incertaine la pérennité de certaines espèces… comme, malheureusement dans une grande partie du pays, y compris dans les parcs naturels et autres réserves.

Ici vivent babouins, phacochères, genettes, antilopes dont l’endémique nyala…

Un immense plateau battu par des vents glaciaux s’étend, à plus de 4000m d’altitude, au sommet de cette montagne.

D’origine volcanique, cette surface, sans arbres, mais recouverte d’une végétation d’herbe rase, de mousse et de lichen, présente de nombreuses zones humides (marécages, tourbières, petits lacs peu profonds) peuplées de canards et de petits échassiers (parfois migrateurs transcontinentaux).

Les rapaces diurnes, très nombreux (aigle royal, buse augure…), le survolent, sans relâche, à l’affût des millions de rongeurs omniprésents dans les galeries souterraines mais aussi en surface.

Cet isolement et ce particularisme géologique, physique et climatique sont à l’origine d’un des plus forts endémismes de toute l’Afrique, tant au plan végétal (lobélie géante) qu’animal (ibis caronculé, vanneau d’Abyssine, râle de Rouget et, surtout, loup d’Abyssinie).

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