Malaisie : la côte Est, d’île en île

Malaisie : la côte Est, d’île en île
© doktornajwa - Shutterstock

« Iles
Iles
Iles où l’on ne prendra jamais terre
Iles où l’on ne descendra jamais
Iles couvertes de végétations
Iles tapies comme des jaguars
Iles muettes
Iles immobiles
Iles inoubliables et sans nom
Je lance mes chaussures par-dessus bord car je voudrais
Bien aller jusqu’à vous
»
(Blaise Cendrars, Feuilles de Route, 1924)

Idylliques, paradisiaques, secrètes… Les îles malaises de la mer de Chine répondent à tous les fantasmes de voyageurs en quête d’horizons lointains et de terres promises insulaires. Les cartographes de l’Antiquité les imaginaient peuplées d’animaux sanguinaires (normal, ils n’y avaient jamais mis les pieds !). Aujourd’hui, on les dit perles, on les conjugue en bijoux, en écrin, en cristal et en pierres précieuses : émeraudes et turquoises.

Le paradis du routard existe bel et bien ! Il est fait de plages désertes ourlées de cocotiers, de jungles sauvages remplies de cris d’animaux, d’eaux limpides et chaudes grouillantes de poissons multicolores. Il répond aux doux noms de Tioman, Perhentian, Kapas ou Redang… Le paradis se trouve en Malaisie, et c’est par ici…

Tioman, entre le ciel et l’eau

Tioman, entre le ciel et l’eau
Tioman © Martin - Adobe Stock

Qu’on atterrisse à Kuala Lumpur ou à Singapour, Tioman est l’île la plus facile d’accès. Quelques heures de bus suffisent pour passer de l’une ou l’autre de ces villes tentaculaires à une bicoque de bois arrimée à un cocotier en bordure de plage.

Reste plus qu’à absorber son décalage horaire le nez planté sur un ventilo, bercé par le bruissement du ressac, en attendant d’aller étrenner son maillot de bain avec les poissons-clowns. La vraie galère, quoi !

Tioman, une vraie tranche de bonheur. Connue depuis des lustres grâce à ses réserves d’eau douce, qui permettaient aux marins de se refaire une santé, l’île figurait déjà sur les cartes des navigateurs arabes. Un ancien général français, sorte d’hurluberlu des colonies du Levant, s’est même autoproclamé roi de l’île à la fin du XIXe siècle.

Il faut dire que ce joyau de la Création, l’une des plus belles îles du monde, a bien des atouts pour séduire. Littéralement mangée par le vert, Tioman constitue un terrain de jeux hors pair pour les naturalistes. Jamais, au cours d’une rando, vous ne croiserez autant d’oiseaux, de singes et de varans. Quant aux poissons, dans une eau qui flirte en permanence avec les 30 degrés, c’est un véritable feu d’artifice sous-marin.

Côté camp de base, il y en a pour tous les goûts. Les adeptes de massage, jets d’eau stimulants et autres mignardises épidermiques trouveront peignoir à la hauteur de leurs envies de papouilles. Mais, des plages surpeuplées de routards occidentaux des environs de Kampong Air Batang (nord-ouest), aux criques farcies de familles singapouriennes de la côte sud-ouest, Tioman, c’est encore le hamac version démocratique !

Cherating, de vagues en lucioles

Cherating, de vagues en lucioles
Cherating © aksenovden - Shutterstock

Vrai pays de routard, la Malaisie reste l’une de ces destinations où l’on se nourrit et l’on se loge à bas prix. Les bus, bon marché, partent plutôt à l’heure. Pour passer d’île en île, il faut la plupart du temps reprendre pied sur le continent.

Sur la terre ferme, ce sont plutôt les villes qui méritent le détour : à l’exception de Cherating, les plages sont plutôt dangereuses et baignées d’une mer couleur chocolat en raison des rivières boueuses qui s’y déversent.

À Cherating, on oubliera ce qui fut le premier Club Med d’Asie, un pachyderme tout en bois coincé entre la jungle et la mer. Cherating, c’est surtout un petit village baba où les routards de tous horizons viennent coudoyer les autochtones et prendre du bon temps. Une de ces bourgades d’Orient née du mariage entre la plage et l’envie de ne rien faire, sur fond de cocotiers penchés vers la mer et de bière éclusée au soleil couchant.

Si Cherating accueille les surfeurs du monde entier pendant la mousson (novembre à mars), en saison sèche, elle attire les amoureux de la nature. Mise à part la ponte des tortues marines (d’avril à septembre), la rivière qui baigne le village recèle une foultitude d’animaux. Parmi les singes à tête blanche, serpents et autres bestioles, épinglons une espèce rare : la luciole dite « désynchronisée », un insecte qui transforme chaque soir la mangrove en un véritable sapin de noël !

Cherating ou la Malaisie version farniente. Une étape entre Tioman et ses petites sœurs du nord. Un break salvateur, qui permet de rassembler ses forces avant de confronter ses rêves à la réalité du paradis que sont les îles de Kapas, Perhentian et consorts...

Kapas, l’île où le temps s’est arrêté

Kapas, l’île où le temps s’est arrêté
Kapas © amirul syaidi - Adobe Stock

Au programme du voyage, de Cherating à l’île de Kapas : quelques sachets de pop corn dans un bus pris d’assaut, un stop à Rantau Abang pour le petit musée consacré à la protection des tortues luth, et 45 minutes de rodéo entre les vagues dans une embarcation genre « suppositoire-des-mers-du-sud » propulsée par deux moteurs de 150 chevaux.

À quelques encablures de la côte, Kapas offre la plage comme raison de vivre. Un paradis pour les fainéants contemplatifs (ou l’inverse). Ici, le temps, c’est celui de la lecture, du snorkelling arraché à la sieste et des soirées-guitares parfumées aux effluves d’alcool de riz. Mais, chut ! Nous sommes dans le Terengganu, dans l’un des états islamiques les plus conservateurs de Malaisie…

À Kapas, pas (encore) de béton, ni de clim, mais le tout-en-bois, la douche à l’eau froide et les nuits sous moustiquaire. Mieux vaut avoir fait provision de fruits sur le marché de Marang avant d’y débarquer, car l’île est encore vierge de tout commerce.

Les eaux de Kapas peuvent être troubles en période de vives-eaux. On privilégiera alors le kayak de mer. Ceci dit, Coral Garden est un site de snorkelling absolument remarquable. Il se situe un peu au large de Gem Island, sorte de petit Alcatraz pour clientèle friquée en manque de soleil. On y accède en affrétant un petit bateau à plusieurs.

En août et septembre, on y croise même quelques requins-baleines à l’occasion de leur migration vers le nord. Nager avec le plus grand poisson du monde (jusqu’à 12 m de long !) laisse un souvenir impérissable.

Redang, l’aquarium à touristes

Redang, l’aquarium à touristes
Redang © Alexlky - Shutterstock

En arrivant à Redang, le voyageur a l’impression de débarquer dans un aquarium. L’eau est si limpide que les petits bateaux au mouillage semblent flotter entre terre et ciel. Sans les blocs de béton jetés un peu partout sous les cocotiers, on croirait mettre les pieds au paradis.

Redang, ou l’opposé de Kapas. Une île de carte postale, avec ses hôtels proprets, ses hôtesses en sarong, fleur d’hibiscus à l’oreille, package-discount et tout le tralala. Ici, le porte-monnaie se dégonfle à toute vitesse. Mais Redang reste LE spot de snorkelling et de plongée de la côte Est !

À quelques brasses du rivage débute le monde du silence. Ça grouille de partout : poissons-anges, poissons-ballons, poissons-papillons, chirurgiens, demoiselles, balistes, labres et rascasses. Un florilège de formes et de couleurs, d’attitudes et de comportements qui plonge dans un état d’émerveillement permanent.

La mer de cristal avoisine les 30 degrés et le décor de coraux vous fait avaler l’eau du tuba tellement c’est beau. En plus, inutile de jouer les Jacques Mayol, ni même de savoir nager, car dans 1,50 m de fond, c’est déjà le grand bleu !

Mais soyons honnêtes. Trop, c’est trop : en pleine saison, l’île est surpeuplée, avec tous les dégâts collatéraux que cela engendre : filtres de cigarettes sur les plages, poubelles enterrées, paquets de chips flottant entre deux eaux. Du coup, les plus beaux poissons prennent le large.

À ce train-là, dans moins de 5 ans, il ne restera qu’une petite bande de charognards des mers ! Quant à la « bétonnite », elle gagne chaque année du terrain, et Redang prend aujourd’hui l’allure d’un village de vacances !

Perhentian Kecil, la bien peuplée

Perhentian Kecil, la bien peuplée
Perhentian Kecil © phil - Adobe Stock

Les îles Perhentian ? Une grande claque dans son désir d’ailleurs, le mythe enfin recouvré, celui des plages de sable blond, des rochers ronds qu’on dirait en carton-pâte et des cocotiers penchés vers le large. Les Perhentian, un mélange d’île au trésor, d’île mystérieuse et d’île de Robinson Crusoë.

Pour les littéraires, du Jules Verne revisité par Cendrars, Paul et Virginie pour le romantisme des couchers de soleil. Mais aussi Stevenson ou Segalen pour ce qui est du réel, car cette île pourrait disparaître sous le joug pernicieux du tourisme, si rien n’est fait à temps…

Car, oui, les Perhentian sont bien réelles. Elles sont en quelque sorte les « Seychelles du peuple » et résistent tant bien que mal à la pression touristique. Est-ce dû aux rochers ronds ? Aux pontons ? Aux eaux bardées de poissons multicolores ?

Des deux, Kecil est la plus sollicitée. On y vient depuis les années hippies communier avec la pleine lune sur la plage de Long Beach. Aujourd’hui, ses chaudes nuits prennent des airs d’Ibiza. Musique boum-boum, ça kiffe un max… En pleine saison, on oublierait presque qu’on dort les uns sur les autres.

Heureusement, l’île est grande, et nombreuses sont les criques désertes, où l’on peut se faire déposer pour un après-midi bronzette et snorkelling, voire pour passer la nuit comme sur l’île déserte de Rawa.

À Kecil aussi, le temps s’est envolé. Il est rythmé par les petits déj les pieds dans le sable, la sieste et la lecture. Il fout le camp à toute vitesse dès qu’on pose ses fesses sur une barque à moteur pour s’en aller faire des ronds dans l’eau avec les poissons. Au début, on y croit à peine, on pense à ceux qui bossent. Mais au bout de deux jours, on a déjà des habitudes…

Perhentian Besar, nager avec les tortues

Perhentian Besar, nager avec les tortues
Nager avec les tortues © Andrey Armyagov - Adobe Stock

C’est aux Perhentian (« escale » en malais) que les marins-commerçants malais en route pour Bangkok venaient se mettre à l’abri en cas de coup de tabac. Cas fréquent pour les vraquiers qui assuraient le commerce du sel entre Singgora, la cité des lions (l’actuelle Songkhla en Thaïlande) et la ville de Kuala Terengganu. Mais c’est au XVIIIe siècle, quand une source d’eau potable oubliée depuis des lustres refit parler d’elle, que les îles commencèrent véritablement à se développer.

Besar, c’est Kecil sans le coucher du soleil. Une île plus pépère et familiale. L’offre en matière de logements « les pieds dans l’eau » est plus variée et surtout beaucoup moins roots que sur sa voisine. On y dîne aussi fort bien.

Sur Besar, point de village. La majorité de l’île est couverte par une végétation quasi impénétrable. Il y a bien quelques sentiers tracés à l’huile de coude, mais dès le retour de la mousson, la nature a tôt fait de reprendre ses droits. Mieux vaut, dans ce cas-là, affréter un petit bateau pour partir à sa découverte.

Au nord, la plage de Turtle Beach est le lieu de ponte des tortues imbriquées (Eretmochelys imbricata). Leur commercialisation est frappée d’interdit, mais leurs œufs en forme de balles de ping-pong sont vendus sur pratiquement tous les marchés de la région (photo) ; il faut dire qu’une croyance tenace leur prête des vertus aphrodisiaques…

C’est à Besar que vous aurez le plus de chance de nager avec elles, ainsi qu’avec leurs cousines les tortues vertes (Chelonia mydas). Mais c’est en batifolant avec quelques jolis petits requins à pointe noire (1,80 m quand même !), parfaitement inoffensifs à ce qu’il parait, que vous aurez la plus grande montée d’adrénaline !

Fiche pratique

Fiche pratique
Perhentian Islands © matpit73 - Adobe Stock

Pour préparer votre séjour, consultez notre fiche Malaisie.

Office du tourisme de Malaisie

Comment y aller ?

Vols directs quotidiens depuis l’aéroport de Roissy-CDG sur Kuala Lumpur ou Singapour avec Malaysia Airlines, Singapore Airlines ou Air France.

Les îles de Redang et de Tioman sont desservies depuis Kuala Lumpur ou Singapour par la compagnie Berjaya.

Pour toutes les îles, les liaisons sont effectuées en bateau depuis le continent, depuis Mersing pour Tioman, depuis Marang pour Kapas, depuis Kuala Terengganu ou Merang pour Redang et depuis Kuala Besut pour les Perhentian. Tous les horaires de bus (ou presque) sur le site Journey Malaysia

Formalités

Pas de visa pour les Français et les Belges pour un séjour de moins de 3 mois. En revanche, il en faut un pour les Suisses et les Canadiens.

Quand y aller ?

Sur la côte Est, la meilleure saison s’échelonne de mi-mars à fin octobre. En juillet-août, les vents du sud peuvent, certains jours, rendre la pratique du snorkelling un peu moins agréable sur les îles les plus exposées. En dehors de cette période, les traversées en bateau depuis le continent sont réduites au minimum et mieux vaut prévoir un parapluie.

Où dormir ?

Selon l’île, on trouve à se loger en fonction de son budget : de l’hôtel-spa climatisé avec piscine à la baraque en bois posée sur la plage, matelas en mousse, ventilo et eau froide. Les prix varient énormément suivant la saison.

La plupart du temps, les agences de voyages locales proposent des packages qui comprennent un aller-retour en bateau depuis le continent, 2 ou 3 nuits sur place (avec ou sans les repas) et toutes sortes d’activités : prêt de masque et tuba pour le snorkelling, sortie en bateau pour faire le tour de l’île, etc.

Swiss Cottage à Tioman

Payung Guesthouse à Cherating

Turtle Valley à Kapas

Redang Lagoon à Redang

Mira Beach à Perhentian Kecil

Samudra Beach Chalet à Perhentian Besar

Trouvez votre hôtel en Malaisie.

Où manger ?

Chinoise ou malaise, pas de lézard ! La cuisine des îles met le poisson à l’honneur un peu partout. Les petits budgets préféreront faire des provisions sur le continent, car une fois sur place, c’est pas donné !

La clientèle anglo-saxonne étant très présente, hamburgers et fish & chips sont également de la partie.

Faut-il emporter son matériel de plongée ?

Que nenni ! Pour le snorkelling, on trouve masque et tuba dans la moindre petite structure d’hébergement. Par ailleurs, plusieurs centres PADI se partagent le marché de la plongée.

En saison, nombreux sont les instructeurs francophones qui officient en compagnie des Malais. C’est l’occasion de passer ses différents niveaux car les forfaits sont souvent intéressants.

Un site pour partager votre expérience : skaphandrus.com

Plonger en Malaisie : padi.com

Texte : Eric Milet

Mise en ligne :

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