Arménie, la preuve par le monastère

Mémoire d’Europe aux marches de l’Asie

Mémoire d’Europe aux marches de l’Asie
Claude Hervé-Bazin

Le retour vers la capitale exige une halte à Garni. Cet accueillant village, blotti sur le rebord d’une gorge profonde, conserve l’unique témoignage antique du pays : un temple arménien, de facture grecque, financé par les Romains et dédié au dieu solaire Mithra... On ne peut s’empêcher d’y voir l’héritage mêlé des conquêtes d’Alexandre le Grand en Asie, l’ombre des Parthes (Perses) zoroastriens qui gouvernaient alors la région, mais aussi de Néron, l’empereur félon, qui obtint un moment de l’Arménie qu’elle intègre le giron romain. C’était en l’an 66. Le roi arménien Tiridate, défait par les légions, se rendit alors à Rome à cheval, avec femme et enfants, sans oublier une suite de trois mille cavaliers, pour prêter allégeance, contraint et forcé. Néron, magnanime, finança la reconstruction de la capitale rasée (rebaptisée Neroneia !) et, à Garni, celle du temple.

Dressé sur une ancienne acropole, à fleur de précipice, le sanctuaire s’entoure encore en partie d’une muraille cyclopéenne, bien plus ancienne. Vers l’entrée, quelques « pierres de dragon », précurseurs des khatchkars, témoignent de cette ancienneté ; à l’âge du bronze, on les plaçait auprès des sources pour les protéger. Endommagé par un tremblement de terre au XVIIe siècle, le temple a été méticuleusement relevé par les archéologues soviétiques, retrouvant ses 24 colonnes ioniennes, sa cella (sanctuaire) et son toit aux caissons sculptés. Le soir, la lumière dorée du soleil déclinant l’enrobe majestueusement, avant que la nuit ne le précipite dans l’oubli. Reste à rentrer, dans un vieux bus poussif.

Texte : Claude Hervé-Bazin

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