Arménie, la preuve par le monastère

À l’ombre du mont Ararat

À l’ombre du mont Ararat
Claude Hervé-Bazin

Après, il faut oublier Erevan, sa cascade de marches qui ne mène nulle part, sa statue grandiloquente de Mère Arménie, son effroyable mais nécessaire Musée du Génocide, et mettre le cap vers le phare de toute la nation : le mont Ararat, dont le cône parfait se hisse, auréolé de blanc, jusqu’aux nuages évanescents. Des nuages turcs, pleurent les Arméniens, depuis que l’Union Soviétique octroya ce symbole à l’ennemi en 1921. Malgré un récent rapprochement, à l’occasion d’un match de football, des barbelés hostiles dessinent encore la limite de l’antagonisme.

Indifférent aux querelles territoriales, le monastère de Khor Virap (notre photo) s’amarre au pied de la montagne, sur un terre-plein entouré de vignes. Le lieu a quelque chose de l’image d’Épinal. Son nom signifie « puits profond ». C’est ici, affirme la légende, que saint Grégoire l’Illuminateur, évangélisateur du pays, demeura emprisonné treize longues années au fond d’une oubliette, en compagnie de seuls serpents. Jusqu’au jour où, guérissant miraculeusement le roi Tiridate IV, qui l’y avait fait enfermer, il lui arracha sa conversion et celle de tout le royaume. Une échelle en dévers de 27 marches descend dans le puits, sombre et étouffant. Les fidèles s’y glissent, au prix de tous les efforts, pour prier à l’autel de l’« arménité ». Le pèlerinage effectué, ils se regroupent sur le perron de l’église. Le week-end, on y croise poules et coqs, et des moutons que les jeunes traînent trois fois autour de l’édifice, pour obtenir leur bénédiction. Les agapes suivront, hors les murs.

Texte : Claude Hervé-Bazin

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