Casablanca la méconnue

La Cigale et les fourmis

La Cigale et les fourmis
Tniouni/Nichane

Rare compromis entre cafés traditionnels sans cachet – peuplés d’hommes absorbés par le foot ou les clips moyen-orientaux – et les bars haut standing dont la branchitude aseptisée est calquée sur l’Europe, le bar La Cigale est un endroit idéal pour conclure une bonne escapade casablancaise. À la fois humble bistrot – l’un des premiers de la ville – et tanière underground, temple du kitsch et QG de la nouvelle scène musicale marocaine, La Cigale, fondée en 1914, accueille le client à la manière de son patron L’Haj Samouh, avec une simplicité excentrique.

Ouvert depuis près d’un siècle, sis à l’intersection des boulevards Roudani et Moulay Youssef, le bar a vu petits fonctionnaires, policiers, cadres bancaires, écrivains et stars de la chanson populaire remplacer sa clientèle européenne initiale – friande à l’époque d’une choucroute royale aujourd’hui disparue. Mais on peut toujours y voir, entre tête de sanglier empaillée, aquarium, paysages criards, portraits de rois et d’habitués, la pancarte « Ici mieux qu’ailleurs ! », un souvenir du centre de détention militaire qui faisait face à La Cigale jusqu’à l’indépendance. Aujourd’hui s’y réunit un microcosme éclectique et émancipé typiquement casablancais, fait de musiciens, de journalistes et de réalisateurs.

Une faune très rock’n’roll qui ne louperait pour rien au monde le couscous gratuit du vendredi midi ou le sacro-saint bœuf du samedi soir, joyeux avant-goût des concerts concoctés depuis dix ans par l’équipe de L’Boulevard. Ce festival associatif et déjanté s’est activement mobilisé en 2003 lors du « procès des quatorze musiciens » – des adeptes de heavy metal absurdement accusés de satanisme –, lors duquel s’est réveillée la société civile casablancaise.

Texte : Cerise Maréchaud

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