De l'industrie lourde aux créateurs branchés : les différents visages du tourisme industriel

Savez-vous comment on fabrique un chapeau de feutre ? Avez-vous la moindre idée de ce qui se passe avant qu'un tendre morceau de roquefort aboutisse dans vos assiettes ? Ou un expresso dans votre tasse ? Savez-vous comment sont élaborés les médicaments homéopathiques ? Comment sont triés les déchets ? Le courrier ? Comment on prévoit la météo ? Ce sont quelques-unes des questions auxquelles répond le tourisme industriel en menant les visiteurs dans les coulisses de la vie économique.

Initiatives à grande échelle

Le tourisme de « découverte économique » est devenu l'un des dadas des chambres de commerce et d'industrie. Plusieurs départements ont mis en place, depuis déjà quelques années, des semaines portes ouvertes et des opérations spéciales pour essayer de fédérer les initiatives et d'inciter les entreprises à s'ouvrir au public. Celles d'Angers et de Seine-Saint-Denis, parmi les plus anciennes et les plus importantes, illustrent parfaitement la diversité du tourisme industriel qui revêt des formes bien différentes.

La manifestation « Made in Angers », créée et mise en place par l'office du tourisme d'Angers, a ainsi débuté en 2000 sous le nom « Semaine du tourisme industriel ». Depuis, son succès ne s'est pas démenti et les 60 entreprises participant à l'opération cette année ont encore accueilli cette année plus de 15 000 visiteurs. L'Anjou est peut-être d'ailleurs historiquement une terre propice à ce type de tourisme. Il y a déjà 150 ans, Édouard Cointreau en faisait déjà sans le savoir, en criant aux visiteurs : « Touristes, ne quittez pas Angers sans visiter la maison Cointreau ! ». « Les parfums qui se dégagent sont fabuleux. Il faut avoir vu le déchargement des marmites, ce moment où l'on retire les écorces d'orange fumantes et odorantes. ». Made in Angers, qui se tient au début de chaque année, reflète bien les multiples réalités du tourisme industriel : depuis la visite d'un chantier normalement interdit au public à la saga de la liqueur, en passant par les ateliers très branchés d'Hiroyuki et Agnès Yamakado, designers pointus.
« Aujourd'hui, on n'entre plus sur les chantiers, sauf par effraction, et c'est bien dommage », reconnaît Christian Bachelier, secrétaire général de la fédération du bâtiment de Maine-et-Loire et guide pour l'occasion. La grue culmine à 25 m et sert de repère dans la rue du Docteur Guichard. Des panneaux de béton préfabriqué, à l'aspect « peau d'éléphant », forment l'ossature des murs ; 2 000 m2 de bureaux se construisent, sous les yeux ébahis des visiteurs.

En Seine-Saint-Denis, près de 100 entreprises, sites industriels, laboratoires et ateliers s'ouvrent exceptionnellement au public. Le Comité départemental du tourisme a conçu un cycle de visites dans un esprit innovant qui plongent les visiteurs au cœur des savoir-faire. Chaque visite permet à un groupe réduit de visiteurs (de 10 à 15 personnes) d'observer des gestes techniques, de découvrir des métiers, de se familiariser avec des techniques de pointe, des processus de production, des travaux de recherche, sans autre mise en scène que les conditions réelles d'exercice des professionnels rencontrés.
Depuis 2001, un programme est édité tous les 6 mois par le comité départemental du tourisme (tél. : 01 49 15 98 98 / www.tourisme93.com)
Parmi ces visites : PSA Peugeot Citroën, Air France Cargo, FedEx, les ateliers de la RATP, les Réserves du Musée des arts et métiers , l'Ecole nationale supérieur Louis-Lumière, les ateliers de restauration du musée de l'Air et de l'Espace, les ateliers de moulage du Louvre, Christofle, l'académie Fratellini.

Petit tour de France de quelques sites incontournables

Si vous avez raté ces manifestations, vous croiserez sûrement sur le chemin de vos vacances un site qui mérite le détour. Voici quelques suggestions.

Pionnière
Les brasseries Kronenbourg, fondées en 1664 à Strasbourg et pionnières en matière de tourisme industriel, accueillent près de 30.000 visiteurs par an. En 2006, le parcours de visite entièrement réaménagé, conduit des caves voûtées transformées en musée, à la salle de brassage avec ses superbes cuves en cuivre pour découvrir les secrets des brasseurs alsaciens et l'histoire séculaire de la bière. Visite audio-guidée et spectacle audio-visuel. Site internet : www.brasseries-kronenbourg.com.

Énergique
L'usine marémotrice de la Rance (La Richardais, près de Saint-Malo en Bretagne) est le premier site industriel par le nombre de visites en France : près de 200 000 personnes chaque année viennent découvrir comment est produite l'électricité par la force des marées, qui fait tourner de gigantesques turbines. Dans la salle des machines, les techniciens se baladent à vélo et des images virtuelles entraînent les visiteurs dans les galeries avec une vision panoramique à 360 °.

Germinal
Ce sont trois siècles d'activité minière, industrielle et sociale qui auraient pu s'éteindre avec la fermeture en 1971 de la fosse Delloye à Lewarde près de Douai. Au lieu de ça, le secrétaire général des Houillères du Bassin du Nord Pas-de-Calais a choisi d'en faire un centre historique, véritable conservatoire de la mémoire de la mine dans cette région plutôt sinistrée économiquement. Ce musée de la mine, le plus important de France avec 7 000 m2 de bâtiments industriels et de superstructures sur un site de 8 ha, a déjà accueilli plus de deux millions de visiteurs.
Site internet : www.chm-lewarde.com.

Pharaonique
Haute comme l'Arc de Triomphe, mesurant 490 m de long sur 250 de large, le chantier de l'A380 d'Airbus à Saint-Nazaire tient du gigantisme. « Les visites guidées totalisent à ce jour plus de 66 000 visiteurs payants », souligne Patrick Arbey, directeur de la Siren, la société qui gère les équipements touristiques nazairiens. La construction du plus gros avion du monde a fait grimper les visites de 35 % en un an !
Site internet : www.saint-nazaire-tourisme.com.

Artistique
Dans la catégorie « ouvrage d'art », le viaduc de Millau est un autre haut lieu du tourisme industriel. Le plus haut pont routier au monde, mis en service en décembre 2004, a attiré en deux ans 60 000 visiteurs payants et plus de 500 000 curieux venus au pied des piles de l'ouvrage. « Les visites payantes du chantier ont débuté le 15 juin 2002, on a fait partir des navettes de 17 places du centre-ville, puis on est passé à des bus de 50 places », raconte Sylviane Truchetet, directrice de l'office de tourisme. « À un moment, c'est presque devenu ingérable, le téléphone n'arrêtait pas de sonner, on devenait fous. » Du coup, deux personnes sont venues renforcer les quatre hôtesses d'accueil et l'office est désormais ouvert les samedis, dimanches et jours fériés. Site internet : http://www.leviaducdemillau.com/.

Quelques précisions…
Notez qu'assez souvent, les entreprises ne permettent pas aux visiteurs de prendre des photos, histoire de préserver leurs petits secrets de fabrication… Côté sécurité, le plan Vigipirate a contraint certaines entreprises à cesser leurs visites. C'est le cas par exemple des centrales nucléaires. « Les entreprises sont de plus en plus réticentes à faire visiter leurs coulisses pour des raisons de sécurité et de confidentialité », expliquait Sylvie Lahuna, directrice du comité départemental du tourisme des Yvelines, au journal Le Parisien.

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© 2004 Brasseries Kronenbourg
© La médiathèque EDF / Mickaël Zumstein
© P. Cheuva/Réflexion
© Airbus Saint-Nazaire 2005
© Daniel Jamme pour la Compagnie Eiffage Viaduc de Millau

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