Hanoï ou les secrets de la longévité

Le manoir mandarinal de Tan Xa

Le manoir mandarinal de Tan Xa
Olivier Page

Pour honorer la mémoire de ses ancêtres (un impératif moral du bouddhisme vietnamien), Nghiem Xuan Tue a reconstitué le manoir de son grand-père maternel, qu’il a très bien connu enfant. Pour perpétuer son histoire de famille, il a tout simplement acheté deux vieilles maisons : l’une du XIXe siècle provenant de Hué, l’autre maison datant de 1695, et venue de la région de Tho Ha (Bac Giang). Il les a en réalité fait démonter, transporter et remonter dans son domaine champêtre située au village de Tan Xa, à une quarantaine de kilomètres à l’ouest de Hanoi.

Pour entrer dans la propriété de trois hectares, on passe d’abord sous un joli portail traditionnel, tout en bois et monté sur de curieuses petites roulettes, puis on visite les deux maisons mandarinales. Pour que la réplique soit aussi vraie que l’original, les ouvriers n’ont utilisé aucune jointure en métal ; tout a été assemblé avec des pièces en bois, comme autrefois.

Par le soin apporté aux détails, le décor intérieur des deux maisons est rendu digne d’un plateau de cinéma historique. Ne manquent que les caméras pour tourner les scènes d’une fresque dans le style Tigres et dragons. Chaque objet a retrouvé sa place comme si le grand-père de Monsieur Tue était toujours là. Une incroyable et émouvante remontée dans le temps, une étonnante résurrection du passé au nom de la mémoire. Puissance des souvenirs de l’enfance ! Tan Xa, c’est la madeleine de Proust de Monsieur Tue !

Les meubles anciens sont des pièces d’origine ou des répliques. Tout a été aménagé avec le plus grand soin : le salon, la salle à manger, l’autel des ancêtres, le salon pour les invités de marque, les chambres à coucher. Monsieur Tue présente cet endroit qui lui est cher en évoquant sans cesse des anecdotes et des objets liés à son grand-père maternel : sa pipe à eau, son crachoir en métal, les panneaux sculptés portant des proverbes dédiés aux vertus familiales. On visite aussi le grand jardin planté d’arbres où trois lacs artificiels ont été creusés, comme du temps des mandarins. L’historien Fernand Braudel ne disait-il pas : « Le présent est composé à 95 % du passé » ? Ce manoir mandarinal prouve que le passé refoulé revient parfois animer le présent comme un revenant.

Texte : Olivier Page

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