En Patagonie

Chiloé

Chiloé
Bénédicte Bazaille

Puerto Montt, à peu près à la même latitude que Puerto Madryn en Argentine, marque la fin symbolique de notre parcours en Patagonie. Mais c’est dans l’île de Chiloé toute proche que nous lui faisons véritablement nos adieux. À première vue, Chiloé, avec ses 350 jours de pluie par an, n’a rien d’un paradis touristique. Toutes nos journées s’ouvrent sur un soleil radieux qui nous fausse rapidement compagnie pour laisser place à un crachin déprimant. Bleu, jaune, rose bonbon ou violet vif, les façades des maisons n’arrivent pas à faire oublier un ciel désespérément gris. Même sur la carte postale de l’île, les palafitos colorés de Castro, des maisons sur pilotis, font grise mine. Sous la pluie, le côté pittoresque s’estompe pour révéler l’insalubrité de ces cabanes améliorées, qui paraissent bien fragiles sur leurs piquets de bois.

Alors, une fois n’est pas coutume, nous courons les églises. Il faut dire que sur une île grande comme la Corse, on en compte à peu près 150... dont 16 classées au Patrimoine de l’Humanité.
Entièrement faites de bois d’alerce, sans même un clou (qui rouillerait bien vite dans ce climat humide), elles illustrent l’histoire de cette île si particulière. Car ici, contrairement à la Terre de Feu, les indiens et les colonisateurs ont allié leurs forces pour survivre à l’isolement et au climat. Les jésuites ont apporté leur foi, les indiens leur savoir-faire et leur principale richesse, le bois, pour construire ces églises uniques, en totale adéquation avec leur environnement. Les Chilotes n’ont pas renié leurs croyances sans broncher, comme le dit une mythologie encore bien vivace. Ils ont su s’accommoder de la présence européenne, comme celle-ci a su écouter la sagesse indienne. De là est né le peuple chilote, symbole d’un métissage racial et culturel réussi.

Le triste sort des Alakufs et des Yamana encore bien vif dans la mémoire, j’observe un peu gênée un indien se signer à côté de moi dans l’église d’Achao. Pourtant, en levant les yeux sur la voûte magnifiquement sculptée, je peux y lire toute l’habileté et tout le dévouement de son peuple. Il appartient à cette église et elle fait partie de son histoire.

Texte : Bénédicte Bazaille

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