En Patagonie

Terre de Feu en vue

Terre de Feu en vue
Bénédicte Bazaille

Moment mythique : notre véhicule et son porte-à-faux de 3 m raclent le fond du bac et débarquent en Terre de Feu. Une grande émotion, malgré l’impression de « déjà vu » sur toute la première moitié de l’île : des barbelés, des champs jaunis, des moutons amaigris (après la tonte !). Ce n’est qu’à l’approche de la fin de la cordillère, à une centaine de kilomètres du bout de l’île, que la végétation devient plus dense et qu’apparaissent forêts, lacs et cascades.

Nous ne nous pressons pas pour rejoindre Ushuaia. Sur la route, nous rendons hommage à la belle carcasse échouée du Desdemona, avant de suivre le canal de Beagle, vers l’Estancia Harberton. C’est l’estancia la plus ancienne de l’île (1887), mais elle s’est entièrement reconvertie pour le tourisme et les visites organisées ont remplacé les troupeaux de moutons. La vie de son fondateur, le pasteur Bridges, est intimement liée à la Terre de Feu. Il fut le dernier d’une longue série de missionnaires anglais illuminés venus évangéliser les indiens Yamana. Il s’est entêté à les sédentariser et à les « civiliser », les détachant de leurs traditions séculaires. Les Européens ne leur apprirent l’existence de Dieu… que pour précipiter les retrouvailles ! À la fin du XIXe siècle, le pasteur Bridges tente de faire machine arrière et d’enrayer le génocide. Mais il est déjà trop tard, et il voit les derniers indiens mourir un à un dans la mission d’Ushuaia. Ironie macabre, il passe une bonne partie de sa vie à écrire un dictionnaire anglais-yamana, qu’il termine alors que s’éteignent les derniers représentants de la race. Il démissionne alors et quitte Ushuaia pour s’installer ici, sur le canal de Beagle, comme éleveur de moutons.

L’estancia est immense, elle s’étend sur 20 000 hectares. Et pourtant, cherchant à y camper, nous la dépassons pour atteindre la fin de la route, presque au bout du canal de Beagle. Et là, sous nos yeux, des dauphins batifolent dans l’eau. À l’unanimité de nos 2 votes, ce sera « notre » bout du monde, plus au sud qu’Ushuaia, sauvage et tellement plus paisible. Nous y passons une journée à la fois routinière et magique, transcendés par le sentiment d’être dans un lieu vraiment unique...

Texte : Bénédicte Bazaille

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