En Patagonie

La côte argentine

La côte argentine
Bénédicte Bazaille

Nous poursuivons vers le sud. Objectivement, la ruta 3, longeant le littoral, est désespérante. Toujours les mêmes barbelés à perte de vue, deux ou trois moutons, quelques guanacos et, de temps à autre, sur la route, un tatou en guise de distraction. Des panneaux de bois à la peinture écaillée signalent le passage d’une estancia à l’autre, ces immenses domaines agricoles où la vie ne doit pas avoir beaucoup changé depuis l’arrivée des premiers pionniers. De loin en loin, nous apercevons des gauchos solitaires. La tête rentrée dans leur poncho, courbés sur leur cheval, ils luttent contre le vent et ne voient rien ni personne...

La côte en revanche, sauvage et torturée, nous éblouit. Une faune impressionnante y a élu domicile. La population la plus nombreuse (et la plus drôle !), reste quand même celle des manchots de Magellan. On les croise à Valdés, on fait plus ample connaissance avec eux à Punta Tombo et à Cabo dos Bahias. C’est le printemps, les œufs éclosent et de petites boules grises envahissent les nids. Les heureux parents partent pêcher à tour de rôle : pendant que l’un s’active, que l’autre surveille stoïquement les petits affamés. Dans la colonie règne une belle cacophonie, puisque les manchots retrouvent leur nid à l’oreille, en reconnaissant le chant de leur partenaire. Les manchots solitaires s’époumonent donc, mais les autres, ceux qui sont en couple, poussent également des cris perçants, plus proches de la scène de ménage que de la sérénade… Ces scènes de vie cocasses nous rappellent terriblement les nôtres...

Nous faisons un dernier arrêt sur la côte, au parc Monte Leon. Pas moins de 60 000 hectares et 40 km de littoral, achetés dans un premier temps par le milliardaire écolo Douglas Tompkins (fondateur également du Parque Pumalin au Chili), puis cédés au gouvernement argentin qui en fit un parc national. Une réserve naturelle abritant toutes sortes d’espèces qui nous sont maintenant familières : guanacos, lions de mer, manchots de Magellan, etc. Nous nous promenons à notre guise sur des falaises et des plages où cormorans et goélands sont rois. Notre seule limite : le vent. Pas la petite brise côtière rafraîchissante, non, le vent patagon, implacable et furieux. La portière d’un véhicule est arrachée sous nos yeux ! La Patagonie commence à nous enseigner la patience et l'art de se ruer dehors à la moindre accalmie, car autant être réaliste, ce vent-là fait partie intégrante du paysage et il ne nous lâchera plus.

Texte : Bénédicte Bazaille

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