L'arrivée
Louba Nachba

Nous atterrissons un jeudi soir, aux alentours de 20 h 30, heure locale. Il est déjà 2 h 30 du matin en France, mais nous ne sentons pas la fatigue. Les yeux et les oreilles grand ouverts, nous nous dirigeons vers l'Hôtel Lincoln, dans lequel nous avons réservé notre première nuit : une précaution lorsque l'on arrive à Cuba, car " on " peut éventuellement vous obliger à loger dans un hôtel d'État plus coûteux. Les touristes qui arrivent à Cuba sont censés avoir un point de chute dont ils doivent inscrire l'adresse sur leur carte de tourisme. Difficile, dans ce cas, de laisser sa chance au hasard. Ce qui nous saisit d'emblée, c'est l'odeur, cette odeur si particulière aux pays du Sud, mêlée de gaz d'échappement et d'effluves de cuisine.

Très vite, nous vérifions qu'ici tout se paye en dollars, ou en pesos convertibles qui ont la même valeur que les devises américaines. Le peso cubano, la monnaie locale, ne sert pas à grand-chose et les touristes n'y ont quasiment pas accès.

Première promenade nocturne dans La Havane, premières sensations. Les bâtiments semblent assez dégradés, mais dans certaines rues, les portes entrouvertes laissent apercevoir des intérieurs coquets, des patios à l'andalouse et quelques autres merveilles. Beaucoup de gens sont assis devant les maisons, comme là-bas, dans ces pays méditerranéens que nous connaissons bien.

Mini-jupes, tops moulants et démarche chaloupée, les filles sont sexy. Les compliments fusent à tous les coins de rue, sans jamais aucune agressivité. Mais attention, les chicas ne s'en laissent pas conter. Les relations entre les jeunes de sexe opposé sont profondément différentes de celles que nous connaissons. Peu d'idées sur le couple, le mariage, la fidélité : " La guerre psychologique permanente ", nous expliquera plus tard un jeune Cubain. Des filles beaucoup trop fuertes : c'est peut-être pour cela que les Cubains s'attaquent aux touristes - les croient-ils plus vulnérables ? Mais il y a toujours l'espoir de pouvoir, un jour, algun dia, quitter ce pays.

Algun dia, voici une expression bien cubaine. Il faut y croire, et s'inventer chaque jour les moyens d'y croire un peu plus. Les jeunes qui ont aujourd'hui entre vingt-cinq et trente ans sont arrivés à l'âge adulte au moment de l'effondrement du bloc soviétique, et donc de la disparition de l'unique soutien de Cuba. Résultat : ce que l'on appelle la " période spéciale ", où l'île s'est retrouvée livrée à elle-même. Fidel a tenté de la reconstruire sur le tourisme, en s'ouvrant à des millions d'Européens, d'Américains, qui envahissent chaque année les plages de Varadero. Avec tous les effets pervers que l'on peut imaginer. On voit ces jeunes femmes ravissantes qui se promènent avec des étrangers plus âgés pour le prix d'une robe griffée. La prostitution, sous une forme un peu différente de celle que nous connaissons en France, plus feutrée en tout cas, est probablement en train de ravager le pays.

Sur le Malecon, le soir, les jeunes filles attendent un client pour cinq dollars la nuit. Il faut absolument déambuler sur cette avenue qui longe la mer sur huit kilomètres, et que l'on appelle aussi l'Avenida de Maceo. On y boit une Cristal (la bière locale) le soir en écoutant de la musique. De nombreux guides touristiques racontent que l'on y fait de mauvaises rencontres durant la nuit, à vous de voir. Ce fut pour nous l'occasion de quelques conversations nocturnes avec de jeunes Havanais, ou un poète jamaïcain. Nous parlons beaucoup de la vie ici, de la vie là-bas. La plupart des jeunes n'ont qu'un rêve : partir. Quitte à revenir, mais pouvoir voyager, voir du pays.

Texte : Louba Nachba

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