Histoire Lisbonne

La légende d’Ulysse tombant amoureux de la rade de Lisbonne nous enchante tous. Heureux qui comme lui a pu faire en son temps de si beaux voyages... Il est plus probable que la fondation de la ville soit due, en fait, aux Phéniciens. Ils nommèrent ce site exceptionnel à l’embouchure du Tage Alis Ubo, la « jolie rade ». Grecs et Carthaginois trouvèrent également l’endroit sympathique pour commercer. Quant aux Romains, ils le voulurent pour eux seuls. Ils renommèrent l’ancien port phénicien Olisippo Felicitas Julia. Trop chic !

Les Wisigoths profitèrent un temps de la décadence de Rome pour s’y installer – la ville s’appelle alors Ulixbuna –, avant de céder la place aux Arabes, qui se l’accaparent. Nouveau nom : Al Usbuna. Puis il y eut la reconquête du territoire et de la capitale par les chrétiens, bien moins ardue qu’en Espagne. Au XIVe siècle, enrichie de ses conquêtes successives et de ses apports culturels, la cité du Tage vit au rythme de 3 cultures : chrétienne, maure et juive.

La reine du Tage, clé des mers lointaines

Aux XVe et XVIe siècle, c’est l’âge d’or. Lisbonne est bien plus que la capitale du Portugal : c’est un grand centre du commerce mondial. Après la découverte, en 1498, de la route maritime des Indes par Vasco de Gama et du Brésil, en 1500, par Cabral, les trésors de l’Orient et d’Amérique affluent sur les quais de Lisbonne. Les caravelles débordent de soieries et de porcelaines de Chine, d’ivoires d’Afrique, d’épices d’Inde et des Moluques, de sucre du Brésil. Dans les cours d’Europe, on murmure le nom de cette capitale avec curiosité et envie. L’Espagne rêve d’annexer cette capitale qui rapporte tant.

Un tsunami sur le Tage en 1755

Pendant 50 ans, au Siècle des lumières, « l’or du Brésil inonde le Portugal. Le roi du Portugal attend chaque livraison d’or et de diamants du Brésil pour entamer la construction d’un nouveau palais, comme celui de Mafra par exemple, réplique grandiose de l’Escurial du roi d’Espagne. Mais cet élan euphorique s’arrête soudain. Le 1er novembre 1755, un séisme de 9 mn accompagné d’un terrible raz-de-marée anéantit une grande partie de Lisbonne. Les quartiers médiévaux sont dévastés et livrés aux flammes, sauf l’Alfama sur sa colline, qui tient le choc. Voltaire s’émeut d’une pareille catastrophe : 6 000 à 8 000 morts sur une population de 750 000 habitants. Il fait dire à Candide : « C’est le dernier jour du monde. »

La reconstruction de la ville basse est dirigée par l’énergique marquis de Pombal. Des immeubles, certes un peu sévères, remplacent bientôt les rues médiévales disparues de la Baixa et du Chiado. Quand les troupes de Napoléon envahissent Lisbonne en 1807, elles y trouvent des maisons toujours en ruine depuis 1755.

Lisbonne napoléonienne puis anglaise

En février 1808, le Portugal est officiellement rattaché par le général Junot à l’Empire napoléonien. Le nouvel envahisseur obtient le titre de duc d’Abrantès, et noue une liaison avec la jeune épouse du comte da Ega, Juliana Sofia de Oyenhausen. Il repartira avec elle à Paris. Les pillages des troupes françaises poussent la junte portugaise à appeler au secours les Anglais, qui envoient un corps expéditionnaire commandé par Wellesley. Le 30 août 1808, un accord provisoire est trouvé à Setais, près de Sintra, entre Anglais, Portugais et Français. En juillet 1810, Masséna tente de reprendre Lisbonne, mais il est définitivement arrêté par l’artillerie luso-anglaise à Santarem.

Les troupes napoléoniennes se retirent de Lisbonne. Un clou en chasse un autre : Napoléon vaincu, c’est l’Angleterre qui étend sa mainmise sur le Portugal et Lisbonne après 1815. Les historiens considèrent qu’autour des années 1820 Lisbonne est la capitale d’un Portugal devenu protectorat britannique. Le XIXe siècle est le théâtre de divers mouvements : une alternance de révoltes, révolutions (révolution libérale de 1820, révolution setembrista de 1836) et de luttes civiles tandis que les rois se succèdent sur le trône : Maria II, dom Miguel l’usurpateur, Pedro V (1853), Luis I (1861), Carlos I (1889).

Lisbonne au XXe siècle

Le début du XXe siècle est une période sanglante et confuse avec l’assassinat, près de la grande poste, du roi Carlos I (Charles Ier) et du prince héritier, en 1908. En 1910, on proclame une république plutôt bancale, tandis qu’en 1915 les « interventionnistes » lisboètes mènent grand tapage : ils veulent l’intervention du Portugal aux côtés des Alliés. La République portugaise, affaiblie par ses dissensions, va bientôt être atteinte d’une grave maladie importée d’Italie et qui contaminera l’Europe entière.

À partir de 1928, l’intégriste Salazar, prof d’économie politique de son état, peu enclin à la rigolade, applique au pays une sorte de fascisme chrétien et isolationniste !

Pendant 47 ans, Lisbonne n’a guère l’occasion de loucher hors des œillères salazaristes, et la ville s’encroûte dans une caricature de capitale d’empire. Mais l’interminable guerre des colonies africaines coûte trop cher à Salazar. Au début des années 1970, l’économie intérieure s’effondre. Épuisé et traumatisé par cette guerre coloniale portugaise, le peuple – ceux qui en sont revenus, ceux qui n’en veulent plus – fraternise avec la troupe qui renverse enfin, le 25 avril 1974, une dictature à bout de souffle. Après les œillères de la discorde, les œillets de la concorde ! Sur la praça Dom Pedro IV, à Lisbonne, un fleuriste a en effet offert des brassées d’œillets aux soldats. La révolution des Œillets est en bonne voie.

Lisbonne depuis 1974

La révolution des Œillets est surtout l’occasion d’une explosion de joie populaire. Écœuré par ce qu’il a dû endurer et faire en Angola, Guinée, Mozambique, le Lisboète moyen n’aspire plus qu’à reconstruire dans la dignité une vie commune et communautaire !

À Lisbonne, on compte alors 3 meetings, une manifestation et 10 occupations d’usine par jour. Chaque quartier est autogéré. Les murs se couvrent de fresques naïves, aux slogans généreux et utopistes.

Les grands partis de la gauche orthodoxe, voyant que seule la capitale bouge vraiment, s’appliquent alors à faire du « popu » pour ratisser le pays, tandis que les cadres et l’industrie, alléchés par l’éventuelle entrée – quel hasard ! – du Portugal dans la CEE, reprennent discrètement les rênes de l’économie de marché. En novembre 1975, c’est la fin de l’utopie révolutionnaire. De 1975 à 1985, sur le plan politique, le pays connaît une série de combinaisons politiques de gouvernements hybrides, où le parti socialiste s’allie soit avec la droite (le CDS), soit avec le centre (le parti social-démocrate). Entre-temps, le général Eanes, difficile à classer politiquement mais très attentif au maintien des conquêtes d’avril, est élu par 2 fois président de la République. L’érosion politique naturelle du pouvoir provoque, en octobre 1985, la baisse de popularité de Mario Soares. Malgré tout, il se présente à l’élection présidentielle qui suit et est élu.

Réélu dans un fauteuil en 1991, il est obligé de composer avec un Premier ministre social-démocrate qui domine l’Assemblée : Anibal Cavaco Silva. Le 14 janvier 1996, Mario Soares, non rééligible, quitte la présidence de la République. Après 50 ans de combats politiques et 2 mandats présidentiels, il décide, à 72 ans, de devenir un « citoyen comme les autres ». Jorge Sampaio, membre du parti socialiste et ancien maire de Lisbonne, lui succède.

L’Europe, toujours l’Europe, encore l’Europe

En même temps, le pays se lance dans une vaste offensive culturelle en Europe pour promouvoir son image. Entré dans l’Union européenne en 1986, le Portugal cherche immédiatement à s’intégrer. Le fleuron de cette campagne d’intégration, l’Exposition universelle à Lisbonne en 1998, commémore le premier voyage de Vasco de Gama aux Indes (en 1498). Le thème d’Expo 1998, « Les océans, un patrimoine pour le futur », est à lui seul tout un programme marquant bien la place de la mer dans l’identité nationale.

Aux législatives d’octobre 1999, le parti socialiste d’António Guterres remporte 44 % des votes exprimés, son plus beau score depuis la chute de Salazar, mais il ne dispose toujours pas de la majorité absolue. António Guterres doit donc gouverner avec le soutien du Parti populaire, de droite, ou de la CDU, d’obédience communiste, selon le cas. Mais en décembre 2001, aux élections municipales au cours desquelles d’importants bastions de la gauche (Lisbonne, Porto, Coimbra, Faro...) basculent vers la droite, il donne sa démission, provoquant une anticipation des élections législatives. Celles-ci ont lieu début 2002 et confirment la tendance des municipales. José Manuel Durão Barroso, dernier président du PSD, est alors nommé Premier ministre. Ce gouvernement doit affronter une remontée du chômage et mettre en place un budget de rigueur, une politique pas très populaire mais nécessaire, notamment pour répondre aux exigences de Bruxelles. D’ailleurs, il sera nommé 1 an plus tard à la tête de la présidence de la Commission européenne (jusqu’en 2014) ; il n’y a pas de hasard !

L’organisation de la Coupe d’Europe de football en juin 2004 offre également une possibilité de développement et d’ouverture supplémentaire sur l’Europe. Un élan sur lequel doit s’appuyer le Premier ministre socialiste, José Socrates, élu triomphalement en février 2005 (et réélu en 2009). Depuis, les choses ont bien changé, et il suffit de demander à n’importe quel Portugais ce qu’il pense de lui pour nuancer grandement cet éclat électoral. Après des débats houleux, les Portugais votent par référendum en 2007 pour la dépénalisation de l’avortement (vote à 59,25 %).

En 2008, tenant compte des évolutions politiques, économiques et de société de l’Europe, les députés portugais approuvent le 23 avril la loi autorisant la ratification du traité de Lisbonne.

En 2009, c’est la crise. José Socrates est réélu de justesse suite aux législatives, mais le taux de chômage s’envole et la récession se fait sentir.

En 2010, le pape Benoît XVI attire les foules, mais pas de miracles pour autant. Si, Socrates porte le projet du mariage pour les homosexuels devant l’assemblée qui le vote, mais pas encore l’adoption !

En 2012 et 2013, le chômage continue sa progression (17 %). Les impôts également. Le pouvoir d’achat baisse de façon alarmante. Déjà, certains Portugais s’exilent vers les anciennes colonies. Le secteur public est traumatisé par d’importantes restructurations, grèves et manifestations se succèdent... Mais le déficit refuse obstinément de diminuer et le Portugal reste scruté à la loupe par les instances financières et par ses voisins européens.

L’année 2014 est marquée par une légère amélioration avec un taux de chômage redescendu à 15 % et, en 2015, le Portugal commence à rembourser ses dettes.

En janvier 2016, Marcelo Rebelo de Sousa est élu président de la République au 1er tour de scrutin, avec près de 52 % des suffrages exprimés. Cofondateur de l’hebdomadaire Expresso, il a travaillé comme analyste politique pour des chaînes d’infos ; une carrière qui a largement contribué à sa notoriété publique et à sa popularité. Sa présidence débute dans un contexte de cohabitation, le gouvernement étant soutenu par une majorité de gauche à l’Assemblée, sous l’autorité du Premier ministre António Costa. Sur le plan international, le socialiste et ancien Premier ministre portugais António Guterres devient secrétaire général de l’ONU en 2016.

Depuis 2016, la croissance redémarre, le chômage recule et les déficits publics reculent, du jamais-vu depuis l’avènement de la démocratie, en 1974 ! Le pays fait figure de nouvel eldorado pour les entreprises européennes et joue à fond la carte du bon élève de l’Europe.
C’est surtout la méthode qui surprend : plutôt que de diminuer les dépenses publiques, réformer le travail et diminuer les protections sociales, le gouvernement de gauche a fait... tout le contraire ! Bruxelles est surprise mais applaudit.
Après des années difficiles où le Portugal a frôlé la faillite, un vent nouveau s’est levé, la consommation décolle, l’immobilier flambe et le tourisme explose.
Peut-on parler d’un modèle portugais ? À voir !

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