Culture et arts Grenade

L’occupation française de l’île (1650-1763) a laissé peu de traces visibles : deux forts en ruines sur les hauteurs de St George’s et une panoplie de noms sur les cartes de l’île - parfois avec quelques fautes d’orthographe à la clef... Ainsi les noms de Morne Rouge, Petit Cabrits, Point Salines, Lance aux Épines, Perdmontemps, Pomme Rose, Bellevue, Crochu, Morne Fendue et jusqu’aux falaises de Sauteurs, à la pointe nord, d’où les derniers Indiens Caraïbes se seraient jetés dans le vide plutôt que de se soumettre aux Français. Le patois franco-créole de jadis a graduellement disparu au fil des générations.

La culture grenadienne d’aujourd’hui est avant tout d’origine africaine. L’importance de la musique en témoigne. Ajoutons à cela quelques touches indiennes, perceptibles en particulier dans la cuisine, où le curry et les rotis (crêpes) sont largement présents.

Contes et légendes

Les vieilles histoires grenadiennes tremblent encore devant la menace du ligaroo, le loup-garou, apporté par les colons français dans leurs bagages. Son seul but, disait-on, était de se nourrir de sang humain la nuit venue, à la manière des vampires - mais sans condamner ses victimes au trépas éternel. C’est sur la peau des femmes les plus claires, affirme-t-on, que l’on voyait le mieux la trace de son passage. À travers le ligaroo, la peur africaine du noir rencontrait les mythes médiévaux européens. Pour s’en protéger, on clouait un fer à cheval sur la porte, de l’ail ou une croix, ou l’on chaussait son pyjama devant derrière... Plus efficace encore : le bol de riz ou de sable placé à l’entrée. Le ligaroo ne pouvait s’empêcher de compter chaque grain et cela lui prenait bien jusqu’au matin... Puis les ligaroos ont tout envahi, ils se sont joints au carnaval. Et au lieu de s’évaporer comme par magie, ils se sont enfuis en moto, en voiture, en hélico...

Dans les histoires qui faisaient frémir les enfants, il y avait aussi La Diablesse (alias Lajablaisse), si belle, toujours bien habillée et aux paroles châtiées, qui emportait les hommes avec elle sans qu’on les revoie jamais. On la reconnaissait à son pied de vache (l’autre était humain). Et puis il y avait les crebos, les serpents, si redoutés lors de la récolte du cacao, que l’on rêvait couronnés et dont on espérait réussir à conquérir le trésor.

Il y avait aussi l’anancy, dieu araignée aux mille ruses typiquement africain, et les soucoyants, cousines du ligaroo, amateurs de sang nocturnes. Prenant la forme de vieilles femmes de jour, elles abandonnaient leurs peaux dans un mortier à la nuit tombée pour se transformer en boule de feu et fondre sur leurs victimes en s’introduisant sous la porte, par la serrure ou la cheminée... La seule manière de les détruire consistait à saupoudrer leur peau de sel, de sorte à ce qu’elles ne puissent pas la renfiler.

Muscade

Histoire de la muscade

Découverte aux Moluques par les navigateurs portugais, la muscade fit longtemps l'objet d'un monopole très lucratif. Les Hollandais, après avoir chassé les Lusitaniens des îles de la Sonde, stérilisaient les noix avant de les exporter… La peine de mort était même appliquée à la contrebande des muscadiers ! Malgré toutes ces précautions, les Français, établis dans l'océan Indien, parvinrent au XVIIIe siècle à s'approprier quelques plants. Après plusieurs années d'essais, ils parvinrent à cultiver la muscade ; le monopole était brisé. Vers le milieu du XIXe siècle, les plantations asiatiques furent touchées par une épidémie. Grenade, où venaient d'être plantés quelques pieds (1843), saisit sa chance.

Le marché de Saint George's

Cannelle, clous de girofle, poivre, gingembre, toute-épice, curcuma, laurier, fèves de tonka et de cacao, les épices déferlent chaque samedi sur les étals du marché de Saint George's. Dans une pagaille joyeuse et colorée, entre les balais en pandanus et les empilements de cassettes de calypso, les choux, les tomates en montagnes, les callalous qui finiront bientôt en soupe, les ignames, les pois d'Angole, les plantains, les mangues et les pawpaws (papayes), les odeurs flottent, virevoltent, lourdes au fur et à mesure que le soleil s'élève, chaudes et bientôt entêtantes. Et par-dessus tout, un parfum s'affirme : celui de la muscade.

Les plantations de muscade

Dès que l'on s'élève sur les petites routes en lacets, les plantations sont là : profitant du riche sol volcanique, elles couvrent les pentes élevées des vallées abritées, entre 500 et 800 mètres d'altitude. Beaucoup ont été ravagées par l’ouragan Ivan en 2004, faisant chuter la production de 60 %, mais la plupart ont été replantées. « L'île aux épices » était auparavant le 2e producteur mondial de muscade, avec 30 % de la production. Sur son drapeau figure même une noix entrouverte !

Muscade et macis

Le fruit du muscadier est le seul au monde à donner deux épices : la muscade et le macis. Éclatant en deux lorsqu'il atteint sa pleine maturité, ce drôle de petit abricot, d'un beau jaune pâle, révèle un noyau brun foncé, la muscade proprement dite (qui n'est donc pas une noix), enrobée d'une membrane fibreuse et cassante rouge écarlate, le macis.
Ce dernier, aux arômes assez semblables, quoique un peu plus puissants, est réputé pour sa grande finesse. Plus rare, plus fragile, deux fois plus long à sécher, donc plus cher, il fit, plus encore que la muscade, l'objet de convoitises. Au XVIIe siècle, les autorités hollandaises exigèrent ainsi de leurs colonies que soient plantés plus de macis et moins de muscade !

L'usine de Gouyave

À l'usine de Gouyave, modeste capitale grenadienne de la muscade, ancrée sur une péninsule de la côte ouest, les paysans livrent leur production en sacs de jute toute l’année (et surtout en avril et août).
Les « noix » sont d’abord séchées durant deux mois sur des claies immenses, longues de 80 mètres, puis cassées dans la vénérable cracking machine, triées, mises à flotter pour vérifier leur qualité, séparées par taille, et finalement mises en sac.

La muscade et le macis en cuisine

Idéale pour les viandes, la muscade embaume les ragoûts et les sauces à l'oignon, accompagne le chou, le chou-fleur, les épinards et les pommes de terre. Le macis, trié en trois qualités, relève volontiers les poissons et… les saucisses scandinaves, où est exportée une bonne partie de la production. Les morceaux de moins bonne qualité servent aux cosmétiques comme colorant.
Pour un maximum de saveur, c'est à la fin de la cuisson qu'il faut saupoudrer les plats d'une pincée de muscade râpée pour éviter que les arômes ne soient détruits par la chaleur.

Muscade et macis entrent aussi dans la composition des desserts et des cocktails - dont l'incontournable ti punch grenadin. Mais c'est souvent là le sirop de muscade ou la confiture que l'on utilise, tirés du péricarpe (la bogue) du fruit.
On reconnaissait aussi autrefois à la muscade d'immenses vertus curatives, contre l'arthrite, la mauvaise haleine… À la Grenade, on en faisait même un philtre d'amour !

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