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Votre expérience en étant noir(e) ou pas en Russie

1 réponse

Dernière activité le 17/02/2020 à 21:51 (consulter)

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x-Meanie
Le 15 décembre 2019
Bonjour tout le monde!

Je m'apprête à effectuer mon SVE dans les mois à venir. En attendant je suis encore à la recherche d'une mission de volontariat à effectuer dans un pays d'Europe plus particulièrement.

J'aimerai vraiment beaucoup le faire en Russie car je suis tombée amoureuse de ce pays, sa culture, sa langue, sa diversité...

Mais voilà, je sais pas si je dois oser postuler à des offres en Russie car je suis noire et de ce qu'on entends on est les "mal-venus" là-bas mais je n'ai pas envie de me baser sur les "on dit", mais sur des expériences concrètes.

Après j'ai entendu aussi dire que ça dépendait de certaines régions, certaines villes. Comme par exemple, les régions du Caucase sont plus ouvertes et tolèrentes (?).

J'aimerai savoir quel est leurs comportements à notre égard ? Comment nous voient-ils? etc.

Quelles villes me conseilleriez-vous du coup? Et celles que je devrais totalement éviter ?

Ma question est peut etre bête, dsl, mais sachant que je vais y rester quelques mois, et que je serai seule, le but n'est pas de passer un mauvais séjour et de vouloir rentrer au bout d'une semaine.

Que vous soyez blancs, asiatiques, noires, arabes ou autre; votre expérience en Russie m'intéresse ^^

Merci à ceux qui prendront le temps de me répondre :)

Re: Votre expérience en étant noir(e) ou pas en Russie

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solatriks
Il y a 1 mois
Bonjour !
Je me permets de répondre même si cela fait quelques mois que la question a été posée. Mon expérience en Russie a été plutôt désagréable de ce point de vue. Je suis métis, pas particulièrement foncé de peau mais plutôt tipé, ce qui m'identifie comme un étranger auprès des locaux. Je suis parti début janvier pour une durée d'un mois, dans le cadre d'un échange universitaire, soit une saison moins touristique que l'été par exemple.

Par bien des aspects je partage votre amour pour la culture, la langue et le pays, mais je dois avouer avoir été quelque peu déçu du voyage. Je suis resté deux semaines à Moscou et deux semaines à Ijevsk, dans le district fédéral de la Volga, assez loin des métropoles donc. À Moscou les choses sont assez simples, les regards que l'on vous lance vous font vite comprendre que vous êtes étranger, et certains rudesses liées à la culture peuvent heurter, mais dans l'ensemble je n'ai pas été importuné. Je ne peux pas dire que j'ai été accueilli chaleureusement non plus, mais j'avais des amis sur place, ce qui m'a facilité les visites en ville. Par certains aspects cependant, je crois que l'on aurait été plus aimable avec moi si je m'étais adressé en anglais et non en russe aux vendeurs, personnel des hôtels etc.

Dans les villes dites de "province", les choses se gâtent, tout du moins là où je me suis rendu. Je m'estime chanceux, mais j'avais également été attentif aux "on-dit" et je ne peux pas dire que cela ait été inutile. Izhevsk est une ville à l'origine industrielle, avec une population étudiante mais assez peu d'étrangers, on y retrouve des Tatars et des Bachkirs, mais assez peu de Noirs, au sens de la carnation. J'ai subi des remarques heurtantes pour un Français moyen. À l'époque où je m'y trouvais, j'ai été accueilli en cité universitaire et l'on m'a catalogué avec "les Arabes" parce que j'y ressemblais plus ou moins. Puis je suis monté dans l'estime de l'administratrice de la résidence, car je parlais russe et "pas les Arabes même s'il y en a des différents"... J'ai par la suite appris que des personnes des pays du Golfe y faisaient leurs études. La curiosité des locaux peut sembler brutale cependant. J'ai dû faire face à des questions désagréables, sur mes origines, la supposée "génération de migrants" dont j'étais issu, car le standard du Français ne correspondait pas à leurs attentes. J'ai également subi des remarques sur mes cheveux, mes yeux etc. Une Afro-américaine était en ville pour parler d'instruments ethniques lors d'une conférence, et mes connaissances (des gens issus de milieux éduqués) y faisaient référence en disant "la Noire", ce qui n'a pas manqué de me mettre mal à l'aise. Les barrières quant au racisme et aux représentations de l'autre sont radicalement différentes, cela n'est pas sans requérir une certaine adaptation, pour être honnête. Étant relativement isolé dans une ville peu adaptée à la population étrangère, j'ai souffert de ces choses. Il faut tempérer néanmoins, la saison hivernale et la localité où je me trouvais n'étaient pas optimales non plus.

Cependant, ce n'est que la nuit, dans des endroits peu fréquentés, avec une population alcoolisée que j'ai senti un danger véritable. J'ai eu la prévoyance de cacher mes cheveux, qui sont un marqueur distinctif pour les gens, et de porter une capuche afin de ne pas me faire remarquer. Rien qu'à la vue de mon visage, une partie de jeunes hommes a cependant explosé de rire, ce qui a d'ailleurs mis mal à l'aise certains de mes amis locaux, qui se sont également senti en danger. Anecdote assez insolite ; j'ai pris le train entre les deux villes (Moscou et Izhevsk) et m'étais assis sur un lit couchette qui n'était pas le mien, la dame à qui il revenait me l'a signalé non sans véhémence, et s'est empressé de mettre du parfum à l'emplacement où j'étais assis. Voyager en train est d'ailleurs une expérience sympas si vous voyagez à plusieurs. À éviter si vous êtes seul(e) et relativement identifiable comme étranger. Autant vous dire que par bien des égards je ne me suis pas senti bienvenu. En dehors de ces circonstances, malgré un inconfort qui n'est peut être que mon ressenti, les choses se sont bien déroulées.

Lorsque j'étais introduit par mes connaissances auprès d'autres personnes, la glace était brisée, et les gens parlaient librement. Cela m'a été utile, et m'a permis de me sentir confortable. Les parfaits inconnus se sont contentés du protocole, car je n'étais pas vraiment identifiable pour eux. Au bout d'un certain temps, j'étais connu comme "Martin Fourcade" auprès des secrétaires de la résidence. Je ne m'en suis pas offusqué, je rentrais dans les catégories de l'imaginable pour eux, cela a permis de réduire la rudesse des relations bureaucratiques.

Mon expérience est partiale, elle reflète peut-être le sentiment d'un Français aliénisé dans un milieu russe assez provincial, et les choses sont sûrement différentes dans la capitale, à Pétersbourg et les villes plutôt touristiques. Je n'ai pas de retour à vous fournir sur ces endroits malheureusement, mais je ne peux que vous recommander d'être on ne peut plus prudente la nuit, et dans les endroits isolés. J'ai vécu par ailleurs quelques temps en village, je n'y ai senti aucun inconfort, à part les regards médusés des écoliers, les choses étaient même sympas. J 'y étais introduit par des connaissances, une fois encore. J'ai pris des photos dans un magasin et un adolescent d'une quinzaine d'années à même posé pour l'occasion.

Tout dépend du contexte je pense, mais dans des circonstances où vous êtes isolé(e), il se peut que l'expérience en Russie ne puisse pas être la plus agréable au monde. Je peux vous conseiller de vous entourer d'un cercle d'amis proches qui auront sans doute plaisir à vous faire découvrir les localités et les fiertés des endroits où ils vivent. En dehors de cela, si vous sentez de l'inconfort et de l'isolement, je recommande de rester dans un cercle d'étrangers. En vous déplaçant en groupe vous vous sentirez moins épié(e) ou vulnérable, et serez également identifiables pour les locaux.

J'espère de tout coeur que quelqu'un pourra contredire mes propos dans quelques temps, le pays est une merveille à visiter, et les Russes ne manquent pas de fierté dès qu'il s'agit d'en faire part à des étrangers curieux, où qu'ils soient. Restez prudente néanmoins, mieux vaut prévenir que guérir !

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