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L’héritage sacré de Columba, Iona, Écosse, juin 2015.

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Annette Rossi
Le 21 août 2018
L’héritage sacré de Columba, Iona, Écosse, juin 2015. - Annette-Rossi

L’héritage sacré de Columba, Iona, Écosse, juin 2015.



Rives de sable blanc, rochers de granite rouge et jaune, végétation intensément verte ; palette de couleurs chatoyantes souvent noyée dans la brume. Terre sacrée des druides, Iona, riche de son magnétisme spirituel, fut un haut lieu de mages pratiquant le culte de la nature. Berceau du christianisme en Écosse suite au débarquement de saint Colomba, moine Irlandais du VIe siècle, qui choisit ce petit bout de terre pour faire rayonner l’enseignement de Jésus sur les îles. Nécropole royale jusqu’à la fin du XIe siècle, les premiers rois d’Écosse y furent inhumés. Territoire insulaire convoité, peuplé par les Celtes, envahi par les Vikings, dominé par les Norvégiens. Nommée île des druides, île d’Hy, île d’Iona. Dans l’océan Atlantique, sur la côte ouest de l’Écosse, appartenant aux Hébrides intérieures, Iona est séparée de l’île de Mull par un mince détroit. Minuscule île isolée et battue par des vents glacials, elle s’épanouit dans une atmosphère du bout du monde.


 


L’héritage sacré de Columba, Iona, Écosse, juin 2015.


 


Notre pèlerinage commence à Oban, petite ville portuaire située sur la côte est de l’Écosse. En gaélique Oban signifie « petite baie ». La baie d’Oban, en forme de fer à cheval, est protégée par les îles de Kerrera et de Mull. Et c’est précisément à l’île de Mull que nous devons nous rendre avant de pouvoir procéder vers l’île d’Iona. À neuf heures du matin nous nous retrouvons sur le quai en attendant d’embarquer sur le ferry de la compagnie Caledonian MacBrayne.


 


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À cette heure règne la quiétude. Quelques bateaux de pêche déchargent la prise de la nuit dernière. Des effluves de moules marinières s’élèvent dans l’air humide depuis les cabanes à fruits de mer où des Écossais vêtus d’épaisses chemises à carreaux imprimées aux motifs « tartan » remuent le contenu de grosses marmites. Pour nous c’est encore un peu tôt ; nous venons à peine de digérer les œufs brouillés au bacon et les toast à la marmelade d’orange. Le ferry arrive et soudain le port est en pleine effervescence. L’embarquement s’effectue avec efficacité et rapidité. Un coup de corne et c’est parti ! Nous effectuons la traversé sous un crachin écossais et quarante minutes plus tard nous abordons sur la deuxième île la plus vaste des Hébrides intérieures.


 


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Depuis le port de Craignure, nous entamons la traversé d’est en ouest de l’île de Mull sous une pluie fine tandis que le brouillard se densifie au fur et à mesure que nous progressons. Nous apercevons le château de Duarte, silhouette fantomatique entre terre, mer et ciel. Les paysages sont très sauvages, l’île est marquée par les glaciations. Alternent glens, vallées, et lochs, étendues d’eau. Soudain, la pluie cesse et le brouillard se lève, mais le ciel reste chargé. La route, étroite bande asphaltée, s’étire à l’infini dans un univers de vert et de gris. Désolation.


 


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Nous atteignons une longue péninsule nommée Ross of Mull. S’avançant dans l’océan Atlantique sur vingt huit kilomètres en direction de l’ouest, elle forme la partie méridionale de Mull. Elle est délimitée au nord par le loch Scridain et au sud par le Firth of Lorn. Des maisons basses et un petit pont de pierres se matérialisent : le hameau de Pennyghael. Quelques poules terrifiées se dispersent à notre passage. Autrement pas âme qui vive. L’atmosphère du bout du monde se renforce. Les eaux de l’océan vers le nord sont grises et denses, le ciel menaçant.


 


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Enfin nous arrivons à Fionnphort. Fionnphort est la pointe occidentale de la péninsule, la fin de l’île, la fin de la terre. Le petit port est entouré de plages de sable blanc, de rochers de granite rouge et de champs couverts d’herbe intensément verte. Des bateaux de pêche gisent sur le sable et des casiers à crustacés sont entassés sur le quai, la pêche se limitant pour l’essentiel au crabe et au homard.


 


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Au loin l’horizon se confond dans la mer. Nos regards sont attirés vers la petite île qui se dessine dans le prolongement de Ross of Mull : l’île d’Iona. Ithona d’Ossian, « l’île des Vagues ». La petite étendue verte, longue de six kilomètres et large de deux, est dominée par la montagne de l’Abbé, ou Dun I, qui s’élève à une altitude de 101 mètres, flanqué vers l’ouest d’une chaine de petites collines. Près du rivage se dessine la masse sombre de l’abbaye Saint-Columba.


 


Nous abandonnons notre véhicule. L’île d’Iona est interdite aux voitures, exception faite pour les résidents. Depuis la jetée de Fionnphort un petit ferry nous fait traverser le détroit d’Iona. La mer est mauvaise avec une grosse houle. Nous accostons dans la baie de saint Ronan avec douceur. La rampe du débarcadère est abaissée et mise en place dans un raclement métallique et nous quittons le navire. Iona ne compte que cent vingt cinq habitants et le bourg de Baile Mhor, appelé simplement « le village » est le seul de l’île. Nous décidons de reprendre des forces avec le traditionnel fish & chipspuis nous partons à pied à la découverte de l’île sainte.


 


Au sud du village une plage de galets est appelée « baie des Martyrs » en honneur de soixante huit moines massacrés par les Vikings en 806. Dans un livre daté de 1842, Scotia : souvenirs et récits de voyages, Volume 1, Frédéric Bourgeois de Mercey, décrit son arrivée à Iona à cet endroit. « Nous voici à lly Colum Kill nom populaire ou hébridien d’Iona. Cela dit nos hommes nous prirent sans façon sur leurs épaules car l’île n’a pas de port et marchant dans l’eau jusqu’à la ceinture ils nous déposèrent sur une plage déserte que couvrait un lit de cailloux de couleurs les plus variées. C’est la baie des Martyrs nous dit un de nos bateliers c’est l’endroit où saint Columba ou saint Colum le patron de l’île mit autrefois pied à terre. Ces cailloux ce sont les moines, ses disciples, qui les ont entassés sur cette plage. L’une des punitions que les abbés du couvent infligeaient aux moines qui avaient péché c’était de ramasser ces pierres et de les rassembler en tas la quantité de pierres à ramasser était proportionnée au nombre des péchés que chacun d’eux avait commis. Comme ces tas couvrent une grande étendue du rivage et qu’il en est de fort hauts on doit naturellement conclure qu’il y avait autrefois dans l’île d’incorrigibles pécheurs et que le nombre en était grand. »


 


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Aux premiers temps de l’histoire scandinave, Iona était un haut lieu de la religion des Druides. Son nom ancien en gaélique était Innis nan Druidhneach, « île des druides ». Aucune trace de construction mégalithique n’a été retrouvée, cependant, ceci pourrait confirmer que l’île était considérée comme sacrée. Un voyageur du nom de Démétrius de Tarse a relaté à Plutarque une expédition sur la côte ouest vers 83 après Jésus-Christ. Il témoigne que ce fut un « voyage lugubre dans des îles inhabitées », mais qu’une de ces îles était la retraite d’hommes saints. Il ne fit pas allusion à la présence de druides ni ne cita le nom de l’île mais il aurait pu s’agir d’Iona. Une théorie avance que l‘île de Iona est un des seuls, voire le seul, site terrestre sans aucune négativité, protégée par l’île de Staffa à la géologie très particulière, comprenant de nombreuses orgues basaltiques.


 


« Si vous ressentez l’appel de Iona, répondez à cet appel et faites le voyage envers elle. Elle est comme une très ancienne aïeule, rocheuse et aride et éternellement aimante et douce et solide et sage. Elle est très vieille. Elle est très sainte. Il n’y pas un autre lieu sur terre comme Iona. Comme tous les lieux Shambhala, Iona sera toujours là. Iona est une île illuminée par le Graal. Iona est immortelle. Sur Iona on trouve l’arc-en-ciel qui apporte ciel et terre. » Poème écrit par Philip Carr-Gomm, l’actuel Chef élu de l’Ordre des Bardes et des Druides.


 


Nous traversons le hameau de Baile Mhor sans croiser âme qui vive puis suivons le Sràid nan Marbh, « chemin des morts ». Durant des siècles ce chemin pavé de dalles de marbre fut emprunté par les convois funéraires entre la baie des Martyrs et Reilig Odhràin, le petit cimetière de l’abbaye. Le chemin est bordé de coquettes maisons aux jardins soignés.


 


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Un peu plus loin se dresse la croix Maclean. Commandée par un chef de Maclean de Duart, haute de trois mètres, elle date du XVe siècle. La face ouest porte une crucifixion, tandis que le revers présente des ciselures complexes dans la pure tradition celtique ; vigne et entrelacs. La croix était un lieu de prière sur la route des pèlerins de la plage à l’abbaye. C’est l’une des deux croix qui restent des trois cent soixante exemplaires dont l’île fut hérissée jusqu’à l’époque de la Réforme, vers le milieu du XVIe siècle.


 


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Au milieu de champs verts se dévoilent les ruines d’un couvent de nonnes augustines construit en pierres de granite rouge. Autrefois le plus important couvent du pays, ne restent aujourd’hui que des pans de murs du réfectoire et une partie de l’église avec les arcades de la nef. Le couvent des augustines fut fondé par Ragnald, en gaélique Ragmall Mac Somairle, fils de Somerled, roi des Hébrides, au début du XIII siècle, peu de temps après avoir rétabli l’abbaye bénédictine. La première prieure était sa sœur Beatrix ou Bethag. Les nonnes portaient la robe noire des Augustins et ainsi la population locale appelait le couvent eaglais dhubh, « l’église noire ».


 


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Dans un environnement d’un calme inouï nous suivons le chemin qui mène inexorablement là où tous et chacun veut aller : l’abbaye Saint-Columba, l’un des plus anciens et importants centres religieux de l’Europe de l’Ouest. Le sanctuaire, construit en granite rose, est imposant. Dressé près de la mer il émane de sa masse de la solitude et de la dignité. Au soleil, les pierres doivent certainement rayonner de la douceur, aujourd’hui sous le ciel chargé de nuages sombres, l’image est austère. La croix celtique Saint-Martin, datant du VIIIe siècle, magnifiquement sculptée, veille sur les lieux.


 


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Autrefois, le cœur actuel formait une église entière mais la prospérité d’Iona s’étant accrue, elle était devenue trop petite pour contenir l’affluence des fidèles, et une nouvelle église fut ajoutée composant la nef et les transepts. Ainsi, le clocher se retrouve entre les deux églises à l’intersection des deux branches de la croix. Près de l’entrée de la cathédrale, le sanctuaire de saint Columba marque l’emplacement de la tombe originale du saint. Les différentes constructions accolées forment un vaste ensemble compact.


 


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Mes réminiscences dérivent vers l’homme à l’origine du monastère et la renommée de la petite île. Un homme charismatique qui sut comment attirer l’attention d’un roi pour qu’il lui accorde l’île d’Iona afin de s’y établir. Charismatique au point de convertir ce souverain. Cette alliance va permettre la diffusion inespérée d’une nouvelle religion. Des tribus brittoniques barbares tels les Pics et les Scots, peuples celtes venus d’Irlande, farouches guerriers, vont renoncer à leurs croyances païennes pour embrasser le christianisme. Le désir et la vocation de cet homme, sa collaboration à l’action divine dans le monde fera de lui un saint.


 


Colomba naît le 7 décembre 521 au sein d’un riche clan irlandais : les O’Neill de Tyrconnel, une famille royale régnant à cette époque sur le Donegal, dans le nord de l’Irlande. Il était « plein de superbe et de magnificence » et avait « une voix puissante et mélodieuse qui portait très loin » ainsi qu’un « sale caractère ». Par ses racines il aurait pu être élu grand roi d’Irlande, mais touché par la religion chrétienne il renonce à une carrière prometteuse pour entrer au service de Dieu à l’abbaye de Clonard où il est formé aux préceptes de la vie monastique. Très vite il est ordonné prêtre et il crée plusieurs monastères et écoles dans toute l’Irlande. Fortement impliqué dans la vie politique, Colomba est parfois au centre de conflits et rivalités au sein même de sa famille et à quarante deux ans il se voit forcé à l’exil en Écosse. Selon la légende, il part avec douze compagnons, en analogie au Christ et ses apôtres, pour l’île d’Iona en 563 où il établit le premier monastère d’Écosse qu’il rend célèbre par la discipline de vie et le culte des lettres. Il devient une figure emblématique religieuse en enseignant la nouvelle religion du Christ et va transformer son monastère en lieu de diffusion et de propagation de la foi chrétienne parmi les Pictes et les Scots. Dès lors, il va bénéficier de la protection du roi des Scots Conall mac Comgaill de Dalriada et l’île devient le lieu des couronnements et des enterrements des rois scots. Sous la direction de Colomba, les Scots évangélisèrent la région, encore païenne. Sévère envers lui-même, il fait preuve d’une grande douceur et de gentillesse envers l’autrui, s’inquiétant des problèmes de ceux qui le sollicitent.


 


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Trente quatre ans après avoir pour la première fois foulé le sol de l’île, Colomba s’éteint. Durant la nuit du samedi à dimanche 9 juin 597 un peu avant minuit, cinq moines venus à l’église pour les matines trouvent leur Père étendu, mourant, devant l’autel. On le relève, il esquisse un geste de bénédiction, puis décède devant l’autel du Seigneur. Il est enterré dans le monastère qu’il chérissait tant. Son œuvre perdurera et ses disciples répandent sa foi partout en Europe. En 830 l’abbé Diarmait transporte les reliques de Saint Colomba à Downpatrick, en Irlande, pour les protéger des Vikings. L’un de ses successeurs dira de lui : « Nature d’élite, brillant dans ses paroles, grand dans ses conseils, plein d’amour envers tous, rempli au fond du cœur de la sérénité et de la joie du Saint-Esprit ».


 


Cible de nombreux raids vikings à partir du VIIIe siècle, alors que la prospérité du monastère était à son apogée, l’abbaye finit par être abandonnée au milieu du IXe siècle après avoir été incendiée. En 1203, Ragnald, fils de Somerled, fonda la nouvelle abbaye bénédictine d’Iona, l’Ordre de saint Benoît, le plus ancien ordre monastique d’Occident, pour honorer et commémorer la mémoire de soixante-huit moines massacrés lors d’une attaque de Vikings en 806. L’abbaye connait d’importants travaux d’extension au XVe siècle, mais la Réforme écossaise de 1560 entraîna une fois de plus son abandon et la destruction des bâtiments en 1571 sur ordre du Parlement écossais. Il faudra attendre le début du XXe siècle pour que des restaurations soient entreprises.


 


Nous pénétrons à l’intérieur de la cathédrale, édifice complexe fait de deux églises accouplées, et bâti en forme de croix. Silence. Il fait frais. Austérité. Murs en pierres de granite rose et gris, sol en dalles irrégulières. Le tout rayonne de sobriété. Le cintre des voûtes et la courbure des arcades trahissent une influence romane. La nef et les transepts, faisant partie de la deuxième église, sont gothiques. Le plafond du cœur est en bois, en forme de coque de bateau renversée. Dans la nef subsistent quelques tombeaux de pierre. Mon regard parcourt les chapiteaux sculptés de l’arcade, les voûtes arrondies, les piliers de la croisée, et la table de communion vert clair en marbre d’Iona. Des chaises en bois attendent les dévots. Mes pas résonnent, étouffés, je n’ose pas émettre un son. L’âme de saint Colomba erre-t-elle toujours dans ce lieu ? Est-ce son extraordinaire personnalité galvanisante qui continue à faire battre le cœur de cette église ? Après avoir affronté plus de quinze siècles de troubles ? Ce qui est certain est que son esprit reste vivant, porteur d’espoir de paix et de fraternité.


 


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Columba est un prophète faiseur de miracles, inspiré par la grâce divine, témoin de multiples apparitions d’anges. Par ses dons de divinations il prédit des attaques de baleines sur des navires et prophétise la mort paisible du roi Roderc. Il est l’auteur de nombreuses guérisons miraculeuses et parvient même à ressusciter un mort. Un jour, il change de l’eau en vin. Columba s’oppose aux croyances des druides pictes païens, cependant il bénit une fontaine vénérée par des druides, qui jusqu’à son intervention rendait gravement malade tous les gens qui entraient en contact avec son eau. Au cours de sa vie, Columba est souvent entouré d’éblouissantes lumières divines. Le jour de sa mort, une colonne de feu est aperçue au loin par des pêcheurs.


 


Saint Colomba est également lié au mystère du Loch Ness. La toute première mention que nous ayons de la bête nous vient de la biographie d’un moine rédigée au VIIème siècle, soit un siècle après sa mort. Selon la légende, Colomba se trouvait sur les rives de la rivière Ness en l’an 565 lorsqu’il demanda à un de ses disciples de traverser le lac à la nage pour ramener une barque échouée. Une fois le malheureux à l’eau, un épouvantable monstre fit brusquement surface et se précipita sur lui, « avec de grands rugissements et la gueule ouverte ». Alors que tous les témoins de la scène, pétrifiés d’horreur, restaient impuissants, saint Columba, sur la berge, vola au secours de son ami. Il fit un signe de croix, invoqua la puissance de Dieu, et apostropha le monstre par ces mots : « Ne songe pas à aller plus loin, ni à faire du mal à cet homme, va-t’en vite ! » Niseag, nom celte de Nessie, se retira et, depuis ce jour, ne fit plus jamais de mal à quiconque. Nous sommes dans une contrée de mythes et de légendes, est-ce étonnant que l’un des miracles qu’accomplit Colomba concerne l’emblématique monstre de Loch Ness ?


 


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Une porte sur la gauche s’ouvre sur un cloître gotique. La galerie couverte et fermée en quadrilatère entoure un jardin intérieur, autrefois paisible enclos de rencontre des moines. L’arcade à colonnes jumelées offre de belles perspectives. Les chapiteaux sont sculptés de fleurs, d’oiseaux, images bibliques. Ici, au cœur de l’abbaye d’Iona, le sacré émerge. Non pas austère mais complaisant, non pas pesant mais gracieux. Est-ce ici dans ce lieu où surgit la paix de l’âme de ceux qui suivent la voie de Colomba ?


 


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Au début du XIXe siècle, les édifices d’Iona furent dans un état de délabrement avancé. Le monastère et l’évêché, accolés à la cathédrale, n’étaient qu’un amas de ruines. Après la Réforme, le site fut abandonné et rares furent les visiteurs qui s’aventuraient jusque sur la petite île oubliée. L’église et les chapelles furent utilisées par les habitants comme étables. Les pierres et les poutres furent arrachées aux bâtiments sans état d’âme. Le duc d’Argyll, chef du clan écossais des Campbell mit un terme aux dégradations, fit nettoyer les édifices et construisit un mur et des barrières pour empêcher les bêtes d’y pénétrer.


 


Dans le petit musée, nous admirons des fragments de croix celtiques et des pierres tombales retrouvées dans les environs. Des inscriptions dans des langues anciennes, des images de bateaux, guirlandes et croix, motifs géométriques. Témoignages des temps révolus. Plusieurs chefs de diverses branches du clan Maclean sont représentés armés de pied en cap, tenant l’épée, recouverts d’une cuirasse, équipés d’un bouclier ou même d’un pistolet ! Cette famille fut sollicitée par les premiers rois d’Écosse au IXe siècle pour leur connaissance de la mer et leur importante flotte de vaisseaux, utiles dans la lutte contre les Vikings. Au IXe siècle le clan devient très puissant des Hébrides aux Highlands grâce aux allégeances à l’église catholique. Portraits de héros, de guerriers. Jadis, ces dalles funéraires gisaient dans le cimetière entouré d’une grille de fer.


 


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Dehors, le temps s’est dégradé. Le vent s’est levé et balaye la plaine. La brume vague autour des sanctuaires. La côte est découpée et rocheuse. Dans les anses s’agite une eau verte presque noire. La pluie vient s’immiscer dans cette atmosphère étrange qui incite au recueillement. Nous avons l’impression d’êtres seuls au monde. Près de la plage, du côté sud-ouest, on aperçoit une double muraille percée d’une porte nommée Dorus tragh, « la Porte du rivage ». Selon les historiens il s’agit des restes d’une galerie qui s’étendait du monastère jusqu’à la mer. Aujourd’hui, la porte trône au milieu des prés où broutent des moutons.


 


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Nous traversons le champ d’herbe mouillé jusqu’au cimetière Reilig Odrhain, « reliquaire d’Oran ». Oran fut l’un des compagnons de Colomba et celui-ci fit bâtir une chapelle à son honneur, la chapelle Saint-Oran. Ce fut le premier monument que Colomba construisit sur l’île. Il s’élève au milieu du cimetière. Dissimulé dans l’herbe, sous les ronces et les graminées, gisent les tombes de quarante huit rois écossais, le dernier étant le célèbre Macbeth, huit rois norvégiens et quatre rois irlandais. Leurs âmes reposent ici pour l’éternité. « Que de souvenirs errent au-dessus de cette nécropole d’Iona ! Quel recul l’imagination fait dans le passé, en fouillant le sol de ce Saint-Denis des Hébrides ! » écrit Jules Verne dans Le Rayon vert.


 


Nous rebroussons chemin vers le village sous une pluie battante. Un regard en arrière vers l’abbaye que l’on distingue à travers le brouillard. Le sanctuaire se dissout lentement jusqu’à disparaître dans le néant. Des rafales de vent poussent des rideaux d’eau vers le rivage. Pourtant cette eau qui tombe du ciel n’est pas désagréable. Car ce temps est en parfaite harmonie avec le site. Tous ces tons de gris rehaussent l’importance de ce petit morceau de terre, lui concédant une atmosphère grave, l’aura de sainteté, héritage de Columba…


 


 Texte & photos (sauf images d’archives) : Annette Rossi.


Image d’en tête : L’île d’Iona.

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