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Si vous êtes à Iguazu...

Avis non contrôlés
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Nellytj
Le 19 avril 2018
Bonjour,
Dans le guide du Routard édition 2017 p. 125  "los guaguas del "Yaguarate", on peut lire " Roberto et Carla proposent des promenades en tracteur dans la forêt, à la découverte du mode de vie des Indiens Guarani."
Je voudrais ici dire à quel point j'ai été surprise de cette recommandation dans le Routard (dont je suis une fidèle utilisatrice). Je me permets de mettre en ligne un petit récit de notre visite qui permettra, je l'espère, de comprendre notre malaise dans ce qui est une réserve de quelques Indiens Guarani...

Vacances au zoo


Elles s’étaient régalées devant le spectacle grandiose des chutes d’Iguazu et avaient envie ce jour-là de quitter les chemins balisés. « Une promenade en guagua dans la forêt, à la découverte du mode de vie des Indiens Guarani » ? Pourquoi pas ? Leur logeuse le leur avait chaudement conseillé.


Le couple qui les accueille est bien sympathique. Descendant pour l’un d’immigrants italiens, pour l’autre, d’immigrants espagnols. L’Argentine, quoi ! Mais, et les Indiens alors ? Ah, ce sont donc des Argentins blancs qui vont leur parler des Guarani. Pas si étonnant après tout, ce peuple a été décimé.


Roberto, qui d’après le Routard, a été guide et connait bien les plantes et les animaux, ne leur dira plus un mot, il conduit le tracteur. Carla fait les commentaires. Cette plante utilisée dans le mode de vie traditionnel des Indiens Guaranis… tels arbres et telle croyance ... Mais Nathalie se demande …La forêt est loin d’être primaire et n’est pas si dense, la biodiversité n’est pas si riche, pourquoi avoir choisi cet endroit précisément ? Peut-être parce que le reste de la forêt a été détruit ? (Mis à part bien sûr, ce qui est devenu parc touristique.) « Nous sommes dans la réserve indienne. » dit Carla. Quoi ??? Une réserve ? « Ils ne veulent pas vivre comme nous alors on leur a donné cette forêt pour qu’ils puissent respecter leurs traditions. » Mais alors pourquoi saccager leur territoire avec un tracteur qui se fraye un chemin dans la forêt subtropicale déjà bien abîmée ? se demande Nathalie. Carla, imperturbable, continue ses explications, saupoudrées de réflexions morales sur l’organisation sociale du peuple Guarani. Point de vue d’une femme blanche, occidentale, chrétienne. (Les sièges du tracteur sont décorés de citations de la Bible). Tiens, mais que fait ce court de tennis ici ? « C’est grâce à une association humanitaire, » dit Carla « mais les Indiens ne s’en servent même pas » !!! Nathalie et Amélie sont mal à l’aise, Nathalie a carrément honte d’être là. Et voici un très beau bâtiment entouré de grillage qui surgit au détour du chemin. Carla explique : « C’est un hôtel de luxe, c’est agréable un hôtel dans la fraîcheur des arbres … oui, la moitié de la forêt est aux Indiens mais on a tout de même gardé le reste pour le tourisme ». La balade continue, les premiers Guaranis qu’elles apercevront seront deux enfants en haillons, morve qui coule et regard torve. Elles arrivent ensuite dans le village de la réserve. La plus vieille femme accueille les hôtes, elle prend tout de suite Nathalie par la main pour la conduire jusqu’à la table …où trônent quelques objets artisanaux à vendre. Amélie et Nathalie se sentent piégées et cèdent, bien sûr. Elles achètent un bracelet. Où a-t-il été fabriqué ? Ici ou en Chine ? Impossible d’en discuter, de parler avec qui que ce soit dans ce village. L’ancêtre est repartie, une jeune fille est là pour rendre la monnaie. Point. Elles auront juste le temps d’apercevoir quelques jeunes femmes qui traversent la place, un jeune homme vautré au pied d’un arbre, bouteille à la main et les yeux égarés, une belle maison traditionnelle (terre et feuilles de bananier) à côté d’une maison moderne, pierres et toit de tôle, construite par une association. Les Indiens n’y vont pas, il y fait trop chaud. Retour en tracteur. Au loin, un bâtiment, c’est une école. Là encore, bonne œuvre d’une association. Les enfants indiens la fréquentent-ils régulièrement ? « Plus ou moins » dit Carla qui explique ensuite que « les Indiens, ce n’est pas normal, depuis le gouvernement Menem, profitent des allocations de l’Etat. C’est comme ça qu’ils peuvent venir de temps en temps faire des emplettes en ville… » Un système complètement pernicieux, se dit Nathalie. Retour au point de départ. Fin de la balade.


Qu’ont-elles appris sur le peuple Guarani ? Pas grand-chose. Elles ont surtout participé à un fonctionnement parasitaire, exemple même des dérives du tourisme mondialisé. Deux Européennes qui peuvent payer une visite dans un zoo humain, un couple argentin qui gagne sa vie (bien ? mal ?) en connivence avec un groupe de Guarani. Méconnaissance, voire mépris de tous envers les autres. Le contraire de la compréhension mutuelle et du rapprochement entre les peuples…




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