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The irish rovers

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Dernière activité le 07/11/2016 à 17:24 (consulter)

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nistarok
Le 28 octobre 2016
Bonjour,

Je recommence mon précédent post "Les vagabonds irlandais" (pourriez-vous le supprimer svp ?) car j'y ai rencontré des soucis avec l'éditeur, notamment des photos qui mangent le texte.

Ceci est le récit de mon voyage avec mon mai en Irlande pendant le mois d'Août 2015 (2 semaines). Je m'appelle Florian j'ai 23 ans, il s'appelle Alexandre il a 30 ans.

Bonne lecture !









Vendredi 14 Août :


 


15h : Je suis en mon ami, mon frère de cœur à l’aéroport d’Orly. Ma petite amie nous a salués, nous transmettant chaleureusement ses vœux pour l’accomplissement de notre voyage. Elle ne viendra pas avec nous, seuls moi et Alexandre embarqueront d’ici quelques minutes pour Dublin, la fabuleuse capitale des celtes d’Irlande.


 
The irish rovers - nistarok










Ce n’est pas la première fois que nous voyageons ensemble, Alexandre et moi, c’est pour ainsi dire notre cinquième voyage ensemble, en mode routard, la main sur le volant et le pied sur la pédale de la voiture, filant comme une étoile éphémère et éclatante dans de lointaines mais si proches contrées du fin fond de notre chère vieille Europe.


 


Ainsi, après avoir laissé notre emprunte sur les routes goudronnées, parfois cabossées, parfois défoncées, ensablées voire même inondées, de l’Espagne, de la Croatie, de l’Italie, du Monténégro et autre Portugal nous partons à la découverte de ce pays de légende. Ah toi la belle Erin, terre de promesses et de mystères, aux landes d’émeraudes tapissant ton sol, aux côtes déchirées et à l’océan déchaînée, à ton climat capricieux et à ton peuple chaleureux, à ton histoire tourmentée et à tes légendes enchantées, nous venons conquérir ton cœur, à moins que ce ne fusse toi qui ne nous conquisse !


 


Nous ne sommes pas des parfaits débutant de l’exploration, puisque, comme je l’ai indiqué plus haut, nous avons déjà exploré, et aimé avec passion, la belle cousine écossaise, indomptable et sauvage qui trône fièrement au-dessus du rival anglais, telle une couronne posée sur celle-ci. Un comble quand on sait que Le Royaume-Uni dont fait partie l’Ecosse a comme épicentre du pouvoir royal Londres, capitale de la Perfide Albion, et donc de l’ennemi des écossais. Mais ce ne sont plus que des rivalités désormais désuètes. Ou presque.


 


Mais ne nous épanchons pas dans une longue rhétorique sur la politique de nos chers voisins d’outre-manche, cela n’est pas le propos. Pour être honnête ici assis sur le siège de mon avion, prêt à prendre son envol et à transpercer les cieux, je m’inquiétais de ce que je pouvais trouver, moi et mon ami, en Irlande. En effet, l’Irlande et l’Ecosse peuvent sembler trop similaires quand on y prête à réflexion. Deux peuples celtes réputés pour leur nature sauvage, avec une vraie tradition musicale, deux peuples chaleureux et il est vrai, un penchant inné pour les soirées endiablées où l’alcool coule à flot. Cependant comme je le découvrirai prochainement, ces deux pays fraternels bien que similaires sont totalement uniques, à leur manière.


 


18h : Nous sommes arrivés à Dublin après un vol très court d’à peine deux heures. La voiture, notre comète pour notre voyage temporel, nous a été remise. Une anonyme petite berline qui nous offrait suffisamment d’espace pour deux adultes et leur paquetage.


 


               Nous filâmes par la suite en direction du centre-ville et déjà les choses étaient différentes. Une heure en moins sur le cadran horaire et la circulation à gauche. Très Alex dû reprendre ses réflexes de pilotage apprises en Ecosse d’autant plus que la circulation sur la voie rapide menant à Dublin (l’aéroport se situe en réalité à 15 kilomètres au nord de la ville). Puis déambulant péniblement dans les rues de la ville, nous arrivâmes à notre destination, MEC Hostel.


 


Et nous voici donc dans la cuisine commune à essayer de préparer du café en compagnie de deux américaines avec lesquelles nous conversons formellement. C’est notre première soirée au  pays, les lits en dortoirs sont de qualité correcte mais il nous faut des adaptateurs électriques pour pouvoir brancher et recharger nos appareils électroniques. C’est, la joie aux lèvres que nous descendons cette rue résidentielle tranquille aux hautes maisons de briques rouges, témoin du passé industriel de Dublin vers le centre-ville quelques centaines de mètres plus loin. Ce soir rien de bien fameux au programme, si ce n’est notre première rencontre avec des celtes, des bretons bien de chez nous, passablement enivrés et célébrant leur jeunesse estudiantine dans une ville réputée pour ses pubs et ses soirées enflammées. Reposons-nous mon cher ami, demain un sacré programme nous attend !

Re: The irish rovers

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nistarok
Il y a 4 années
Samedi 15 Août : 9h : La météo est radieuse, le thermomètre dépasse aisément les vingt-deux degrés Celsius. C’est avec mon guide de voyage confortablement glissé dans la poche de mon jean arrière que je dirige avec Alexandre, carte approximative de la ville piochée à l’hostel après un copieux petit déjeuner, vers le centre-ville. L’idée est simple, n’ayant qu’une seule et unique journée à consacrer à Dublin, il faut se concentrer sur les principaux points d’intérêt qu’a à offrir cette chère Baile Atha Cliath, histoire de faire un rallye photo intense et concentré (Alex est un passionné de photographie).                 Alors après un stop de convenance dans une coûteuse boutique de souvenirs pour la forme, où d’horribles bibelots bariolés côtoient les incontournables T-Shirt made in china aux couleurs de la belle Erin, nous descendons l’artère principale puis le pont qui traverse la paisible rivière Liffey vers le vieux Dublin. A droite posé au bord du fleuve se dessine Temple bar, endormi comme un gros ours mal embouteillé, fatigué par la folle nuit qui vient de s’écouler. Nous choisissons de percer le cœur du centre-ville, et de dévaler Grafton Street jusqu’à ce que la non moins prestigieuse Trinity College, faculté la plus prestigieuse du pays où a notamment fait ses classes un certain Oscar Wilde, se dessine sur notre gauche.                Je ne sais que penser de cette ville mais je sais que je l’apprécie. Il y règne une atmosphère libérée et frénétique, où la mélodie funky d’un saxophone alto se mélange à l’agitation et brouhaha de la foule, clamant leur joie de vivre et d’être. L’architecture quoique industrielle et bien moins raffinée que celle de villes françaises telles Paris, Bordeaux ou Strasbourg n’est peut-être pas le premier centre d’intérêt. Ici à Dublin les têtes ne sont pas levées pour observer et caresser du regard moulures, gargouilles, panneaux de bois, vitraux ou autres motifs taillés dans la pierre mais ces ensembles de briques rouge vif et robustes donne de la force et une identité à Dublin. Industrielle et maritime oui (n’oublions pas que Dublin est un port fondé par les vikings descendus de leur Scandinavie), mais également sérieuse, imposante, et avec du caractère. Re: The irish rovers - nistarok




                Revenons-en au Trinity College of Dublin ou TCD. La foule qui se précipite pour visiter ce haut monument de la culture et du patrimoine irlandais est oppressante et opaque. Telle une vague qui s’écrase avec fracas sur les récifs et happe tout nageur imprudent vers ses profondeurs. Il faut dire que j’ai une peur panique de la foule, et la perspective d’entrer dans ce temple du savoir envahi par des dizaines des milliers d’étrangers me me(t relativement à l’aise. Alex, lui, a l’enthousiasme d’un enfant s’apprêtant à déchirer le papier de son cadeau de Noël. Alors je prends mon courage à deux mains, nous nous faufilons comme des anguilles silencieuses à travers la marée puis nous nous joignons à un groupe de francophone et à leur guide dans la cour intérieure de l’université. Cette ravissante étudiante irlandaise parle un français parfait, en plus de connaître l’anglais et le gaëlique. Elle nous apprend, enfin tente de nous apprendre, quelques mots dans la langue irlandaise, sans succès, puis nous révèle que seul cinq petits pourcents de la population de l’île parlent le gaëlique. En effet, ici c’est l’anglais langue de l’ennemi héréditaire qui domine. 
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                Elle nous explique l’histoire de la fondation du collège, les règles en usage dans les dortoirs, l’histoire des présidents importants ayant dirigés la faculté ou encore l’intégration des femmes dans l’université (celle-ci étant au début non mixte). Une visite très intéressante en soi, mais nous nous esquivons la file d’attente interminable pour visiter le livre de Kells. Je ne doute pas de l’intérêt que nous pouvons prêter au plus vieux manuscrit de l’Irlande mais est-ce bien raisonnable d’attendre autant de temps et de payer un ticket relativement cher pour ce qui ne semble être qu’une attraction touristique ?                 Alex semble partager mon opinion semble-t-il, nous reprenons notre chemin vers la cathédrale Saint Patrick et son charmant jardin. Une fois cela fait nous traversons le musée Dublinia par l’extérieur puis nous nous engageons dans le château à l’allure médiéval (mais restauré) de la ville. Etant fatigué, je laisse le soin à mon ami de capturer en photo chaque détail, chaque mur et chaque tableau des parties visibles gratuitement le temps que je me repose sur les marches, observant la valse des voitures angoissées dans les canaux goudronnés de la ville. Re: The irish rovers - nistarok




                13h : Le temps est beau nous prenons notre temps. Nous traversons des zones résidentielles plus pauvres pourtant pas si éloignées du centre et de ses attractions touristiques. Des zones plus modestes et désertes, qui toutefois donnent un air triste jusque-là méconnu de nous. C’est pourquoi, recommandations du guide en tête, nous décidons de marcher vers les quartiers excentrés. Bien que la marche ne soit pas d’une difficulté irraisonnable, la chaleur sans ombre où nous abriter cumulé à l’effort dû à notre longue marche (déjà quatre heures tout de même), nous voulons changer de transport et louer un vélo. Mais hélas, bien que nous essayions de toutes nos forces de comprendre le système de location des véhicules (diable bien plus compliqués que les Vélib parisiens !), nous abandonnons. Ce n’est qu’à 14h que nous atteignons notre objectif : Kilmainham Gaol. Cependant deuxième mauvaise nouvelle, la prison, puisqu’il s’agit d’une prison d’Etat historique ayant eu un grand rôle durant les troubles irlandais, est seulement ouverte à la visite le matin et sur réservation.                 Le cœur déçu, j’active un plan de secours, Phoenix Park. Ce parc, ou plutôt ce domaine boisé public est méconnu du grand public et pourtant il s’agit du poumon vert de Dublin. Et pour cause, le parc est bien plus étendu que les renommés Hyde Park à Londres, Central Park à New York ou Golden Gate Park à San Francisco. A lui seul, Phoenix Park occupe un bon cinquième de la surface de la cité de briques. C’est ainsi que, jeu de cartes en main, nous nous posons prêt du monument emblématique du bois. 
                Après une pause bien méritée, nous décidons de quitter le parc puis d’intercepter un autobus direction du centre-ville. Longeant la Liffey, nous découvrons les quais du fleuve sous un autre angle. Nous descendons à. un superbe bâtiment au dôme vert. Nous remontons une colline industrialisée jusqu’à la St James’ gate, sacro-saint lieu où l’on brasse la célébrissime bière stout Guinness. Mais loin de nous l’idée de dépenser le prix d’admission exorbitant pour visiter la brasserie, une pause photo devant l’imposant portail noir en contre-plaqué affichant le logo de la marque suffira. 20h : Je suis accoudé à un comptoir d’un pub dans Temple bar, Alex est à l’extérieur au téléphone. Ce soir il y a un match important préparatif à la prochaine coupe du monde de rugby en Angleterre. L’Irlande s’est imposée de justesse à domicile face aux voisins écossais. La France elle, affronte l’Angleterre dans un test match qui s’annonce bouillant. Je ne suis pas seul, avec moi se trouve une bande d’amis anglo-australiens. Je ne me rappelle pas de tous les noms, si ce n’est un Josh, un Andrew. Des gars et des filles sympas et tapageurs, embrasant le pub à chacune des actions des leurs. Evidemment en tant que français de service, il fallait bien que je défende ma patrie, que je clame mon amour pour elle en chantant et en dévalant des pintes de bières (bientôt imité par Alex, revenu du téléphone). Bras français dessus-bras anglais dessous nous sautillons et faisons la fête. Mais finalement c’est une victoire anglaise sèche et sans bavure. Nous restons bon joueurs puis nous éclipsons vers un autre plus discret où nous rencontrons, entre autres, deux hongroises. Et puis fin de la partie, passablement éméchés nous rentrons péniblement en taxi à l’auberge de jeunesse. Demain, nous décollons enfin !

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nistarok
Il y a 4 années
Dimanche 16 Août : 10h : Le bout de la route et tout autour une rangée de tristes maisons préfabriquées nous encercle, c’est une impasse. Le ciel est mélancolique et je panique, je ne sais pas où l’on doit se diriger nous avons raté la bonne sortie et nous sommes au milieu de nulle part avec une carte sommaire en guise de navigation assistée et personne pour nous indiquer le chemin. L’enthousiasme a vite cédé à l’anxiété, celle du voyageur qui, malgré toutes les précautions prises et tous les efforts d’organisation du voyage, se retrouve face à l’imprévu, au spectre de la galère et de la désillusion qui plane sournoisement au-dessus de sa proie, prêt à fondre les serres ouvertes comme des pinces retors et mécaniques.                 Et puis je reprends mes esprits, j’indique à Alexandre qui attend patiemment mes instructions pour la route. Nous faisons demi-tour, l’air est frais, les roues crissent sous la manœuvre du conducteur, dérapent puis avalent goulûment les kilomètres de bitume qui défilent au loin. Nous nous dirigeons vers le sud-est, à deux kilomètres de là. La banlieue de Dublin est triste, nous la dépassons et laissons derrière nous sans remords. Bientôt, aux voies à accès rapide se substitue des tourbières tapissées de bruyère violette, de touffes d’herbes sauvages et de petits arbustes. Là-bas un peu plus loin, le sol se soulève, se courbe et se tend de tout son ventre vers son acolyte céleste, forme de grandes collines lilas rebondies et de petites montagnes encaissées et vallonnées. Un mystère inextricable semble se dégager de cette lande, un parfum d’herbes sauvages se mêlant à l’air frais de la montagne envoute les sens du pèlerin de passage. Non loin de là, un petit monastère du sixième siècle tout en pierre et mignonnet observe de ses yeux centenaires avec sérénité le spectacle offert par la nature. Là une cascade, ici un lac, artificiel, mais paisible et endormi, retenu par un barrage hydroélectrique. C’est sur la route descendant jusqu’à l’entrée du barrage que nous décidons de déjeuner sur les hauteurs prêt des cheptels de moutons sauvages. 17h : Nous sommes au Sud-Est du pays. Après avoir traversé les monts Wicklow et son fameux monastère de Glendalough, puis d’anonymes cités de pêcheurs sans grand charme, nous voici à Kilmore Quay, un charmant et minuscule village de la région de Wexford. Un peu à l’écart du centre, nous longeons le front de mer sauvage, là une statue de pierre représentant deux personnages à l’air effaré, ici une réplique miniature d’un bateau en bois commémorant la mer. Quelques rares vélos profitent de la balade tandis que nous nous dirigeons vers une allée de pierres déposée sur l’océan Atlantique. Nous empruntons le chemin avec prudence puis nous arrivons sur un petit récif au milieu de la mer. L’écume nous caresse les joues, les vagues fouettent fougueusement nos chevilles et le vent souffle furieusement dans nos cheveux. 
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                Mais nous devons nous hâter pour trouver un campement pour planter notre tente. Hélas le seul endroit correct pour s’installer ici est déjà pris ! Nous reprenons à contrecœur la route mais non décidons cette fois-ci, de nous affranchir des axes routiers principaux. Nous choisissons donc de bifurquer vers des chemins de traverse perdus en pleine campagne irlandaise et évidemment non répertoriées sur la carte puis, dans ce qui semble être un hameau, nous nous arrêtons. Une imposante ferme aux couleurs turquoise se profile à l’horizon et nous décidons de rester à distance respectable de la propriété. Nous surplombons une longue plage sauvage, le soleil décline, nous jetons la tente. Nous allumons un feu, nous dînons, nous sommes heureux à nous raconter des histoires qui se veulent amusantes ou effrayantes, à jouer aux cartes et à picorer dans le sachet de cacahuètes. Demain on va à Cork !

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nistarok
Il y a 4 années
Lundi 17 Août : 7h : Le soleil se lève et ses premiers rayons nous caressent agréablement à travers la toile. L’océan clapote calmement sur les bancs de sables jaunes, un tracteur s’active prêt de la ferme turquoise. La nuit a été agréable et sans incident. Pour nous réveiller, Alexandre sort les quelques barres céréalières en guise de petit-déjeuner et j’empoigne mon djembé de poche. Face à la mer ici sur un piédestal, mes pieds dans le vide, je tape, frappe, claque la peau de mon instrument avec énergie l’esprit ailleurs. Nous remballons la tente, bien qu’il nous a pris deux secondes pour la déplier nous nous sommes démenés comme de beau diable pour tenter de replier celle-ci et de la glisser dans son fourreau. Puis à force de persévérance et de pugnacité, nous réussissons enfin après quarante-cinq minutes d’effort. Re: The irish rovers - nistarok




La tente en huit dans sa sacoche, nous la jetons dans le coffre, rangeons nos affaires et reprenons la route. Alex me laisse manœuvrer la petite marche arrière malgré le fait que je ne sache pas conduire et que je n’ai pas le permis. La route, le chemin de terre, est défoncé mais je m’en sors avec les honneurs ! Puis je lui transmets le volant et m’installe à sa gauche. 9h : Inistioge. Petit village avec son charmant pont de pierre couvert de lierre aux dix arches et son green (dans le sens jardin) magnifiquement entretenu. Les parterres de fleurs printaniers déposés sur une pelouse verte tondue au cordeau côtoient petits bancs en bois blanc et arbres filiformes. D’un côté la rivière qui coule sous les arches du pont, de l’autre de charmantes maisons blanches aux toits d’ardoise. Nous prenons un vrai petit déjeuner, café pour lui, chocolat pour moi, dans une boulangerie croisée avec un salon de thé. Contre les murs du salon se tient une bibliothèque fourmillant de livres. La serveuse est une jolie étudiante. On échange nos noms, elle comprend le mien, Florian, mais je ne comprends pas le sien. Elle me l’épèle : A-O-I-F-E. Ça se prononce Ifa et cela signifie belle en gaélique je crois. Elle est séduisante, elle veut faire des études en mécanique à l’université de Belfast. Elle cherche à économiser de l’argent pour financer son cursus. Chapeau. Le courant passe bien mais hélas nous devons reprendre la route, à regret.

12h : Le château de Kilkenny, magnifique édifice du douzième siècle, trône face à nous. Un long jardin s’étend sur des dizaines d’hectares et où une horde d’enfants joyeux courent et essayent de pousser un ballon dans une cage improvisée. Des individus lisent, dorment ou s’allongent simplement, les oiseaux chantent. Nous marchons sur The parade vers la vieille ville, de surprenant motifs colorés et arc-en-ciel fait d’attache-plastique ornent une rangée de poteau sur notre droite s’éloignent au loin là où d’élégantes bicoques colorées rangées au garde à vous se tiennent. Nous fouillons le centre-ville et je suis interloqué. Les gens, simples touristes ou autochtones, arborent un sourire large et fier, ils sont fiers et sont heureux de parcourir la ville réputée pour être la plus belle d’Irlande. Re: The irish rovers - nistarokDes jeunes arborent des maillots de sport bleu foncé avec un imposant logo « GAA » blanc. Certains mêmes allaient et vaquaient dans High Street avec une simili cross de hockey sur glace dans la main. Sur le Medieval Mile j’apprends que le rugby n’est pas le seul sport majeur en Irlande. Oh le football est réputé mais les celtes n’ayant pas un grand championnat de football local, ils se rabattent sur le non moins prestigieux championnat anglais. Quelques internationaux du pays jouent dans des clubs aussi réputés qu’Everton, Southampton ou West Ham. A Kilkenny le sport roi, c’est le hurling une espèce hockey sur gazon en plus rapide (il s’agit du sport le plus rapide au monde !) et la ville est une des équipes les plus titrées de l’histoire du championnat. Et ce soir ce joue un match très important, une demi-finale. Plus tard, j’apprendrai que l’équipe locale remportera le championnat. Alors plus loin dans ce bar minuscule recommandé par le guide pour son passé de poètes et être caché derrière un mur, The hole in the wall, une serveuse ennuyée tente de nous expliquer autour de la bière locale les règles de ce sport. En échange Alexandre dans son anglais approximatif tente de lui apprendre en retour les règles de sa pala basque et quelques rudiments de la culture bayonnaise mais malheureusement elle ne semble pas y prêter un grand intérêt et se contente de répondre poliment. Un dessinateur irlandais, basé en France, expose son travail et converse avec moi en anglais. Ceci est fort intéressant de découvrir son univers. On sort du bar et on fouille littéralement la petite surface de la ville. Notre groin affuté de cochon détecte une église gothique, là un pub ancien à la vieille façade de pierre, une distillerie, un pont qui traverse la Nore là où un couple d’un certain âge et visiblement amoureux se promène à vélo. Les drapeaux à damiers flottent sur les façades, de pseudo chevaliers se baladent et claquent leurs armures clinquantes sur les pavés de dalle. 
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17h : Autre ville, autre forteresse, nous menons une vie de châtelain ma parole ! En redescendant vers Cork on arrive à Cashel là où une glorieuse ruine d’un vieux château celte veille la bucolique plaine de Tipperary tel une sentinelle ancestrale juchée sur sa colline. Fait intéressant pendant notre visite (les billets ont été attrapés juste avant la fermeture du guichet), il se trouve également une cathédrale du douzième siècle avec sa tour ronde en parfait état de conservation.

C’est ici que Saint Patrick, patron des irlandais, évangélisa les peuplades celtiques en leurs expliquant le principe de la trinité en se servant d’un trèfle à trois feuilles. C’est également pour cela que le shamrock est l’emblème national, au même titre que la harpe où l’anneau de Claddagh. Le lieu est calme et les visiteurs respectueux, on admire tous le tombeau sculpté, la croix effondré et la nef germanique. L’endroit y est vaste et aéré, je m’assoie sur le rempart à quelques dizaines de mètres de haut, Alex en fait de même et nous contemplons la vallée et ses pâturages et revivons une quelconque bataille ayant eu lieu dans un temps lointain. 
Re: The irish rovers - nistarok


21h : Cork, deuxième ville de la république irlandaise, troisième de l’île (après Dublin, et Belfast). Grosse ville portuaire du Sud, très industrielle avec ses docks et ses maisons colorées rose, bleu et jaune le long de l’embouchure Lee. Le parking y est cher, la petite chambre double en auberge à côté de Saint Anne’s church est sans grand intérêt. Le vieux Cork et son quartier huguenot sont vides, il n’y a même pas un chat qui ose se promener tant la ville est morte. Les gens doivent être partis en vacances me suggère Alex. On mange sur le pouce et on finit la soirée au Sin’é sur Coburg Street, charmant pub éclairé à la chandelle. Pas de session de musique traditionnelle ce-soir malgré la (bonne) réputation du lieu. Des drapeaux, écharpes, affiches et tableaux forment un patchwork confus et mal défini sur les murs du bar, et côtoient de fiers corkonians vidant leur pichet de bière autour d’une discussion animée. Lauryne me manque cependant et tellement fortement que je ne peux m’empêcher de l’appeler. Nous rentrons ensuite à l’hôtel et nous glissons sans regret vers un sommeil lent et profond.

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nistarok
Il y a 4 années
Mardi 18 Août : 7h : Nous devons faire un choix cornélien. En effet ce soir nous n’avons pas prévu d’hôtel car nous avions décidé de renouveler l’expérience camping sauvage de Wexford dans le non moins célèbre ring of Kerry. Alors au départ de Cork nous avons le choix entre plusieurs d’intérêt tous plus intéressants les uns que les autres.- Et si on allait embrasser la pierre d’éloquence au château de Blarney ? » Dis-je à Alex.- Piège à touriste » rétorque-t-il. Prenons la Wild Atlantic Way !- Ok mais par où, on a aussi bien le Sud avec Kinsale que le Sud-Ouest avec les ring de Béara et Kerry.- Ecoute si tu veux sortir de la route avec le temps que nous avons, il vaut mieux se concentrer sur le Kerry. C’est ainsi que nous avons choisi notre plan de route pour la journée. On devait sacrifier une partie pour mieux apprécier la seconde, celle élue. On s’est laissé par notre cœur et les fantasmes de paysages somptueux et de côtes déchirées qu’offre l’Irlande. Alors après une étape d’une heure et demie de route, on atteint la côte et l’entrée du ring of Béara dans le village de Bantry. Et là on ne peut qu’admirer la vue à couper le souffle qui s‘offre à nous. En fait j’ai l’impression de revoir les côtes galiciennes, certes en plus humides. La Galice pourrait s’apparenter à notre Bretagne en plus ensoleillée et plus développée dans ses infrastructures touristiques toutefois loin de la folie de masse de la côté catalane. En effet dans ce coin d’Irlande on a l’impression de revoir les mêmes petites plages de sables fins confinés dans des criques, l’océan profond agit à l’horizon et les mêmes familles qui s’agitent autour de leurs parasols. Mais à la différence notable que le vert de l’herbe est plus émeraude et que les maisons sont typées irlandaises.Re: The irish rovers - nistarok


C’est donc à la sortie de Bantry que nous nous engageons. A notre gauche un bras de mer d’un bleu pâle s’engouffre et tend sa main aquatique au voyageur. Un petit bateau tout de blanc est tranquillement bercé sur son dos, des forêts de conifères se hérissent comme des poils sur ses flancs. Au loin on devine de grandes collines boisées. Nous nous arrêtons un peu plus loin et déjeuner un sandwich en bord de route. Une maison solitaire nous fixe plus bas prêt de plats rochers bruns. Encore au-delà à quelques miles de distance, une minuscule baie abrite une flopée de barques et de voiliers. Quelques camping-cars bordent la route. Le coin est authentique et à des faux airs du golfe du Morbihan prêt de Vannes. Re: The irish rovers - nistarok



La route se défile, se déroule, se délie tel un fil de coton évadé de sa pelote de laine. Il forme un lacet sur la droite et dévoile mille nuances de vert, émeraude, kaki, olive, bouteille, citron cousues dans le sol fertile de la belle île. Un autre coude, cette fois-ci à gauche laisse la petite automobile guidée par Alexandre vers une côte plus déchirée et dangereuse. Le climat même se prête au jeu. Là où le soleil brillait de mille feux quelques kilomètres en arrière, ici l’orage gronde et les nuages sombres s’amoncèlent de manière fort menaçante. On s’arrête quelques instants prêt d’une vieille bâtisse semble-t-il à l’abandon et imitons un couple roux quadragénaire qui contemple le spectacle violent des éléments. L’eau contre la roche, le vent contre le sol. Re: The irish rovers - nistarok




Re: The irish rovers - nistarok


Nous repartons sitôt lassés et dans sa précipitation (son inattention devrais-je dire), Alexandre heurte légèrement la voiture du couple garé. Nous entendons un cri de colère et l’individu roux, fort barbu par ailleurs, fonce vers notre voiture, prêt à en découdre. Il aurait eu une hache de guerre dans la main cela aurait été la même. Nous avons énervé un irlandais et la sentence allait être terrible ! Et puis après un gros coup de pression et de nombreuses injures en anglais (que je comprenais puisque je suis le seul interprète) et après avoir négocié le constat, lui et sa femme se sont radoucis, trop inquiets des pénalités qu’ils encouraient sur leur voiture de location. Re: The irish rovers - nistarok


Alors après avoir sermonné longuement mon ami et on a repris la route. Route qui se rétrécit, rétrécit, trécit… On aperçoit une longue trace de pneus de voiture en zigzag sur quelques centaines de mètres et on se dit qu’il vaudrait mieux être prudent. Nous sommes sur une côte, serpentant sur les versants de celle-ci et sans aucune visibilité. La route est très étroite et à double-sens, bien que la limitation soit fixée à quatre-vingt-dix kilomètres par heure nous décidons de la réduire à trente, d’autant plus qu’on roule à gauche. Bientôt un cortège se forme derrière nous et en bon chef de file, nous klaxonnons à l’approche d’un tournant ou d’un col à la visibilité nulle. Il est assez amusant d’entendre à l’unisson (plutôt en canon) les autres véhicules klaxonner en cœur avec nous pour avertir du danger. C’est assez inhabituel en fait. Quelques troupeaux de moutons succèdent à de rares villages ou plutôt de conglomérats d’habitations échoués en épave sur la façade maritime. Re: The irish rovers - nistarok




Re: The irish rovers - nistarok


14h : On entre sur le ring of Kerry porteur de grands espoirs. Après tout on sortait d’un endroit fabuleux et on se dirigeait vers un lieu mythique. Et puis c’est une grande déception. Oh les paysages sont beaux mais la route plus monotones, les arbres cachent l’océan, les zones de travaux succèdent aux hameaux bétonnés pour harponner le touriste. Mais il y a quand mêmes quelques beaux points de vue.

Re: The irish rovers - nistarok

On effectue un arrêt essence puis on se jette dans la péninsule de Dingle. A l’entrée une station balnéaire apparaît puis on glisse le long de la N86 et on observe d’apprentis kayakistes s’exercer. La route étant à sens unique, on décide de prendre les petits chemins goudronnés à une voie (en double-sens de circulation bien entendu) et traversons des pâturages et des champs proprement entretenus encadrés par de petits murets de pierres. On aperçoit quelques fermiers et leurs tracteurs. On fait un détour pour aller au bout de la péninsule, un jardinier tond la pelouse au milieu de nulle-part, une plaque commémore une date. Bien que la brume se soit installée cela confère un certain charme à la vue panoramique du coin.Re: The irish rovers - nistarok


20h : Où allons-nous dormir ? Nous souhaitons nous rabattre sur le parc national de Killarney, plus précisément le Gap of Dunloe une espèce de grosse molaire rocheuse fendue en deux. IL s’agit plus exactement de la jonction entre deux cols montagneux traversé par une petite rivière et où repose à sa base une ribambelle de petits lacs ainsi que des ruines d’habitations abandonnées. La route grimpe tellement et le soleil tellement bas qu’Alex doit déployer toute son expérience de conduite de montagne acquise dans le Pays Basque pour se hisser, virage après virage, pont de pierre après pont de pierre au sommet. Il fait froid et nous sommes seuls, le sol est marécageux, impossible d’y fixer la tente et en plus il pleut. Satané pluie. Nous nous garons difficilement sur le bas-côté, de l’autre côté du vide, glissons dans nos couchages climatisation nous aidant à nous réchauffer puis nous déplions pour la première fois du voyage l’écran de mon ordinateur. Nous regardons un honnête film d’horreur puis nous nous endormons.

Re: The irish rovers

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nistarok
Il y a 4 années
Mercredi 19 Août : 8h : Ayant séjourné dans la voiture toute la nuit, nous nous avons aucune difficulté à remballer notre package. On enroule le sac de couchage et hop !, on le jette à l’arrière. On attrape une plaque de chocolat et on met les turbo, inutile de rester même si je l’avoue j’ai de la peine pour ce valeureux cycliste qui brave les mauvais temps et le fort dénivelé du sommet de si bon matin.

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                Plutôt que de revenir sur nos pas et d’emprunter la route principale, nous choisissons de continuer notre périple sur les toujours aussi peu larges routes de campagne (et toujours autant limitées à quatre-vingt-dix kilomètres par heure). La route zigzague sur de hautes collines verdoyantes, contourne de tous petits sommets rocailleux. Parfois un mouton se met en travers de notre chemin et loin d’être effrayé, traverse tranquillement et poursuit sa route. A l’exception d’une ferme çà et là il n’y a pas de trace de vie humaine. On débouche finalement sur une route mieux goudronnée et agrandie. Au bord de celle-ci, une vue plongeante sur le bucolique Upper lake, curieusement lové tel un gros chat assoupi dans son panier. Le panorama s’appelle « Ladies view » en hommage à la reine Victoria et ses demoiselles de compagnie venues admirer par hasard le paysage au détour d’une visite officielle. Re: The irish rovers - nistarokLa suite du voyage est moins passionnante, une longue et morne autoroute mal embouteillée, saturée de trafic et n’offrant qu’un triste spectacle d’aciéries et d’entrepôt se succédant les uns aux autres. Au lieu de l’heure et demie de trajet entre Limerick, ville réputée pour être la plus ennuyeuse d’Irlande et Galway, notre destination finale, ce sont trois heures et quart qui défilent péniblement dans l’habitacle de la voiture. Cependant, le cd de musique traditionnelle tout juste acheté nous aide à tuer le temps et à découvrir une autre facette de la culture irlandaise. Tuer le temps… Pour le batteur et percussionniste que je suis-je trouve cette expression assez amusante, d’autant plus dans le contexte actuel. 15h : Presque arrivés à Galway nous décidons de faire volte-face. Puisqu’il nous reste du temps autant taper la route vers les falaises de Moher. En prenant du recul, il aurait plus judicieux de bifurquer à Ennis mais bon, ce sont les aléas de l’improvisation. Alors nous filons le long de la côte morcelée de ce bout de Munster aux petits villages de pêcheurs prénommés Kinvara, Bealaclugga , Ballyvaughan… Puis un chemin impeccable déroule plus à l’intérieur de terres encadré par les mêmes murets de pierre et les mêmes poteaux électriques. La lande est clairsemée de petits bois et est battue par les vents marins soufflés par le Dieu Kirk. Plus loin, de grands amas naturels de minéraux et de pierre, le Burren, recouvre le sol de sa parure. Re: The irish rovers - nistarokUn parking se dessine, nous nous garons. Nous traversons la lande jusqu’à ce que se profile une petite place en béton, laquelle est encerclée à demie d’habitations, de boutiques devrais-je dire, faussement troglodytes. Nous esquivons rapidement le lieu et bientôt le sentier se meurt sur le rebord de la falaise. Puis, nous choisissons d’aller vers la droite. Une harpe mélodieuse se confond avec la voix enchanteresse de sa soliste, déploie ses ailes tels des tourbillons harmonieux et saisit de ses serres l’âme du contemplateur béat d’admiration, emporté au-delà vers de nouvelles et fascinantes perspectives. Une petite tour siège au bord de la côte et semble surveiller d’un regard attentif la sauvage falaise qui se prolonge à l’infini. C’est ici qu’Harry Potter accompagné de son mentor Dumbledore est allé chercher un artefact relatif au mage noir, du moins dans la fiction. Un couple de bretons nous confie qu’ils partent tous les ans en camping-car dans les pays celtes et nous partageons ce panorama pendant un instant éternel. Re: The irish rovers - nistarok21h : Tout juste arrivés à Galway, siège du comté du même nom et de la fameuse équipe de rugby à quinze du Connacht et après partagé un café avec des biscuits faits maisons (par ailleurs délicieux !) avec la propriétaire du B&B tout juste débarqué de Swords dans la banlieue nord de Dublin, nous allons vers le centre-ville (le gîte étant assez excentré). Autant le dire, nous n’avons vu eu très peu de chose de l’architecture semi-médiévale et bohème de la ville et de la vue prétendue spectaculaire sur la baie de Galway. Mais pour l’ambiance, le propos est à tout à fait différent. J’avais entendu parler de la réputation d’une ancienne collègue de travail, qui avait fait un an d’Erasmus dans cette ville. Elle me racontait ses folles soirées estudiantines et l’atmosphère très chaleureuse et accueillante qui y régnait. Là on doit chercher de quoi se sustenter et Alex me montre clairement son envie de goûter à la cuisine locale. Evidemment les restaurants de Galway ferment aussi tôt que ceux du reste de l’île et malgré nos efforts pour tenter de trouver une table fût-elle convenable, nous nous rabattus sur un fast-food de mauvaise facture (conseillé tant bien que mal par une compatriote qui office comme serveur pour la saison dans un pub). Re: The irish rovers - nistarok











                C’est après que les choses deviennent magiques et improbables. Bon, dans beaucoup de grandes villes il y a des musiciens de rue, et partout l’on voit un guitariste qui gratte quelques accord blue / folk et qui chante une chanson d’une voix éraillée, où parfois caverneuse. Là on a bien un gars la cinquantaine et s’il n’aurait pas eu une guitare et un micro à la main, j’aurais juré qu’il s’agissait en réalité d’un mendiant. Mais qu’importent les reprises de Clapton ou Beck sonnent juste. Là je reconnais un morceau plus traditionnel, le très connu Dirty Old Town du groupe emblématique irlandais, The Pogues. L’histoire d’un homme qui tombe amoureux de sa belle dans une ville industrielle et crasseuse. Ce morceau est très connu des harmonicistes qui font leurs premières armes sur l’instrument dessus. Un peu comme Seven Nation Army pour les guitaristes ou Billie Jean pour les batteurs. Et là on a une douzaine de jeunes de notre âge fortement imbibés d’alcools, certains avec un mégot de cigarette aux lèvres, qui s’accroupissent et encerclent le bougre, chuchotent le refrain pour l’accompagner puis explosent en saut de cabri, tapent dans les mains et chantent avec ardeur et enthousiasme leur hymne et évidemment me renverse de l’alcool ou m’écrasent les pieds avec maladresse. Mais je ne leur en tiens pas rigueur car j’avais déjà saisi les épaules qui trainaient par là et je dansais comme un fou. Alex lui se contente d’observer le sourire s’un gamin amusé et rêveur aux lèvres. On franchit la porte en bois d’un pub, en face une mezzanine en bois ou se produisent un groupe de musique folk local. Un guitariste acoustique assis sur une chaise accompagne l’ensemble musical et tape du pied en rythme, un joueur de fiddle, sorte de violon irlandais, joue sa mélodie et s’emmêle dans les lignes de la basse. Un bodhran, tambourin celtique, martèle les temps fort en un son doux et grave et les temps faibles par un claquement sec. Ils sont en train d’interpréter Galway Girl, l’hymne officieux de la ville. L’endroit est chaleureux et tout en bois, nous descendons une pinte. Puis nous ressortons sur Shop Street. Re: The irish rovers - nistarokLà un autre pub à la devanture rouge. La salle y est plus petite et grossièrement de la taille d’un carré. Le pub est également plus éclairé, dans le coin nord-est se situe le comptoir, et dans le coin sud-ouest, à côté de l’entrée, une foule d’une trentaine de personnes, certains attablés avec une boisson, regardent jouent une petite formation de musiciens là encore traditionnel. C’est sur un solo de fiddle que j’accroche ma carte électorale sur le bar, entre billets américains, britanniques ou français car mon choix de vie et mon choix politique est fait. Pourquoi voter un candidat aux dents longues et à la sacoche pleine de fausses promesses, je choisis ce qui a réellement sens pour ma vie, la musique, l’amitié et une pinte ou deux de bière mousseuse bien forte. On rencontre un couple d’américains quinquagénaires originaires du Connecticut sur la côte Est des Etats-Unis, Tess et Jack (qui est un formidable saxophoniste de jazz paraît-il), de leur ami anglais Lloyd et de Gareth, ancien rugbyman semi-professionnel du Leinster et qui parcourt l’île pour vendre ses assurances. Re: The irish rovers - nistarokJe crois qu’au fur et à mesure de la soirée et des bières ingurgitées, nos langues se sont déliées, même pour Alexandre qui est d’un naturel timide et peu à l’aise avec la langue de Shakespeare. Alors oui, nous avons chanté faussement Bohemian Rhapsodie en cœur et j’ai même tenté de soulever Gareth, gros rock de un mètre quatre-vingts et cent kilogrammes de muscles et de tenter de le défier sur la force et la puissance, mais c’est lui petit râblé qui me soulève glorieusement en l’air malgré mon mètre quatre-vingt-quatorze. A chacun son bouclier de Brennus. Puis après une heureuse soirée en leur compagnie nous les congédions et filons vers le Roisin Dubh (rose noire en gaélique). Je crois que c’est la plus belle soirée que j’ai passé de toute ma vie. Alors oui on est passablement (très) éméchés mais ça ne m’a pas empêché de danser, ou plutôt de me contorsionner comme un possédé sur la piste de danse. Je m’amuse même à faire peur de manière fort taquine de jeunes demoiselles. Je fais tout simplement n’importe quoi. Alex lui, tente de converser avec des russes. Et puis une jolie italienne se joint à ma folie, je l’ai fait voltiger dans les airs et dans les espaces de la pièce, je la soulève, la bascule en arrière sur de lourds sons rock et punk. Elle s’éclate on hurle comme des fous, mais elle veut conclure l’affaire de manière plus intime et privée. Je refuse, je meurs d’envie d’y aller mais je suis déjà engagé à Lauryne. Les jambes fracassées et les têtes tournoyantes nous tentons de récupérer la voiture laissées dans un garage du centre-ville évidemment fermé. Nous attrapons un taxi, il est quatre heures du matin.

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nistarok
Il y a 4 années
Jeudi 20 Août :               10h : Nous sommes heureux, nous n’avons pas la gueule de bois. Alors on ne perd pas de temps, nous remercions notre hôtesse puis nous enfourchons notre fidèle destrier mécanique en direction du … Connemara ! Tout de suite nous sommes accueillis par un panneau indicatif vert nous souhaitant la bienvenue dans le parc en irlandais. Il faut dire qu’il subsiste des gaeltacht, zones où la langue irlandaise est parlée majoritairement dans les foyers, dans quelques endroits de l’Ouest du pays et effectivement nous sommes en plein Ouest. La météo ne s’annonce pas prodigieuse et la route longe l’océan. Les nuages gris s’amoncèlement mais il y a tout de même quelques éclaircies, même si cela n’allait pas durer longtemps. Je souhaite voir l’île de Inishbofin lieu où a été tourné le très bon mais méconnu film « L’Irlandais » avec les dublinois Brendan Gleeson (Kingdom of Heaven) et Liam Cunningham (Game of Thrones) car la beauté poétique qui se dégage de ce lieu désolé et perdu au large du Connemara m’avait touché, bien plus que les paroles de Sardou. Re: The irish rovers - nistarokMais nous choisissons plutôt de longer la côte en premier lieu, d’autant plus que nous sommes en retard au vu de notre départ tardif. Je comprends pourquoi le peuple irlandais a souffert quand l’anglais Cromwell les a relégués dans ce coin perdu. Le climat y est difficile, toute activité agricole très difficile car le sol est marécageux et humide et il peu aisé d’élever des bêtes dans un environnement pareil. Ici la tourbière y est omniprésente, jaune pâle et désertique. De multiples points d’eau, étangs ou lacs sont peints d’un bleu profond çà et là, sur le versant d’une montagne où creusant et tâchant la lande tel un gruyère. Quelques très rares habitations demeurent et il n’est pas rare de croiser un poney local nous saluer de son élégante crinière blanche ou rousse sur le bord de la route, bien campé sur ses sabots derrière le mince grillage de son pré. De grandes montagnes, ayant poussées comme des champignons bossus, se forment en de petites chaînes plus loin au cœur de la vallée. Re: The irish rovers - nistarok



L’endroit n’est pas à première vue spectaculaire, vous savez comme lorsque vous êtes juchés sur un point en hauteur à trois cents quatre-vingts et degrés où vous pouvez admirer la vue à couper la respiration qui se présente à votre regard avide d’esthétisme et de grandiose mais il s’agit plus d’une question d’impression visuelle. On se croirait sur la Lune, celle-ci étant enveloppée dans un ciel aux gros nuages de pluie bas et d’une bleu-gris moitié obscure, moitié électrique. Une Lune silencieuse et toujours aussi vierge de civilisation, où seule une capsule spatiale ou deux ose glisser sur son flanc. Au lieu des habituelles pierres sélénites et des profonds cratères encaissés, le sol ici y est plus plat, parfois un petit peu nivelé ou incliné certes. Mais surtout on se verrait revenu sur une Lune jadis intacte à l’aube de la Création, aux jeunes arbres dressés comme des totems sont enracinés dans un sol aux herbes de feu. L’eau, père de toute vie, coule et serpente dans la plaine, s’enroule, se déroule. Un trait longiligne se prolonge à l’horizon derrière les montagnes d’argile, et laisse l’émerveillement du voyageur céleste face à la beauté de son corps. Un champ percé de centaines de lacs et d’étangs brillant tels les larmes d’un nouveau abreuvent la lande de son innocence. L’herbe enflammée et ensoleillée explose en mille feux incandescents à son regard indolent et évasif, laisse un doux sourire rêveur au spectateur qui se surprend à caresser la crinière de ce lion féroce et indomptable. Re: The irish rovers - nistarok




Le berger céleste lâche leurs moutons frêles dans la grande prairie azurée, bêlant et courant gaiement laine contre laine. Le Grand berger les guide vers sa nouvelle architecture, sa nouvelle œuvre artistique là où ils pourront enfin s’abriter et vivre en paix et en sérénité, leur terre promise. Carrefour des monts et des flots, le splendide fjord éblouit par sa majestuosité là où dorment les passeurs et leurs barques. Si on le contourne et qu’on se dirige vers le port de Clifden, de charmants et élégants cavaliers, juchant leurs montures tels de fiers indiens au visage maquillé et à la tête emplumée, glissent avec aisance et fugacité dans les airs. Re: The irish rovers - nistarok



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Le soir venu, nous roulons sur un long chemin caillouteux, épine dorsale d’un lac au monstre marin assoupi, que nous décidons de séjourner pour la nuit. Sous un climat infernal, crachin sans discontinuité et vent à arracher même le plus puissant saule de ses racines terrestres, que nous tentons de faire un feu de camp. Installés dans un minuscule pâturage vert pomme, Alexandre et moi décidons de faire le feu sur le palier d’une maison, probablement d’un garde forestier et inoccupée. Le cercle de pierres (subtilisés temporairement dans la cour extérieure) formée, Alex allume avec fierté et enthousiasme le feu sous un déluge. Le vent souffle tellement fort que nous n’entendons rien à dix mètres à la ronde, il nous est donc impossible de deviner la présence d’un véhicule (celui du résident) s’engager sur l’unique et tortueux chemin tout terrain au loin. C’est avec l’angoisse solidement accroché au cœur et nos vêtements et nos corps inondés que nous dégustons notre repas, nos saucisses cuites, nos hamburgers artisanaux, nos bières et nos chamallows. Re: The irish rovers - nistarok




Deux grands gaillards affamés et perdus dans la nature impitoyable du Connemara et complètement essorés, envisageant tous les scénarios possibles en cas d’imprévu et d’un potentiel retour de notre hôte forcé. Même un examen depuis l’extérieur ne nous révéla pas grand-chose si ce n’est quelques relevés de gasoil d’une station-essence (un routier ?). Mais on est fier tout de même, sans réseau téléphonique et sales comme des rats, les yeux embués d’eau car tout de même on a enfin fait notre premier feu du voyage et dans quels conditions !

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nistarok
Il y a 4 années
Vendredi 21 Août : 6h : Bon autant être honnête, la nuit fût affreuse. Nous étions recroquevillés sous nos duvets grelotant de froid tandis que le vent secouait avec fracas notre voilier de fortune, rugissant comme un lion des mers affamé. Notre embarcation était la proie d’assaut de vagues puissantes et impétueuses, et nous entrainaient non pas vers un sommeil agréable et paisible comme nous l’espérions mais plutôt vers un abominable typhon. Nous ne sommes fait secouer, avaler, mâcher puis recracher dans ce qui était la plus grande tempête que nous ayons jamais vécu. Mais même congelés et exténués, nous sommes là à éclater de rire comme deux grands enfants et à nous promettre que la prochaine ne sera pas de sitôt ! Alors on déballe la routine du campeur sauvage habituelle, on nettoie et on range tout puis on file fissa vers notre nouvelle destination. Une fois le chemin caillouteux réemprunté, Alex prend la nationale direction l’intérieur des terres du Connemara et la ville Castlebar, plus au Nord. Des panneaux nous indiquent que nous avions séjourné sur les rives du Kylemore lough, et que nous avions raté de quelques mètres l’abbaye du même nom. Et c’est en réalité aujourd’hui que nous traversons ce havre de paix qu’est le fjord de Killary, coincé entre les deux bourgs de Derrynasliggaun et Clog. Nous sommes à la frontière des comtés de Galway et de Mayo (prononcez Mai-O). Alors toujours sur les mêmes routes étroites et serpentées, une bosse ici puis un creux, un tournant à gauche puis à droite !, on grimpe sur les montagnes et on se fraie un chemin sur une voie vertigineuse qui rappelle à bien des égards les Pyrénées si chères à Alexandre. Un mouton perché à l’extrême limite du précipice nous observe avec dédain, les sabots plantés dans la terre et les cornes fièrement arborées. Re: The irish rovers - nistarok





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A l’approche du Lough Nafooey, la route se raccourci encore plus et ne laisse la place qu’à une seule voiture. Les maisons se raréfient plus encore et mon ami de chauffeur se laisse aller à une conduite dangereuse mais maitrisée de rally-cross à mon plus grand désespoir. Nous franchissons tel le prophète Moïse guidant son peuple une bande de terre de quelques kilomètres qui sépare Lough Mask et Lough Corrib. Mais le troupeau de moutons sauvages n’en a cure du berger, il traverse en flânant et avec lenteur la route au mépris des règles du code la route et des vaillants automobilistes. La suite du chemin est moins alpine et beaucoup plus bucolique, de longs champs aux murs de pierres, aux pâturages bien gras et à ses troupeaux bien heureux. Nous sommes définitivement entrés dans le comté de Mayo et nous allons vers Castlebar.

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Castlebar est la capitale du comté et la ville qui connait le plus fort taux de croissance du pays. Elle reste petite et assez peu significative avec ses six mille habitants comparés aux géantes dublinoises ou galwégiennes mais à un certain charme… Et les problèmes de trafic inhérents à son statut. On en profite pour boire des litres de café et de prendre un petit-déjeuner typiquement local. Mais je ne peux en profiter réellement car je dois bientôt m’absenter pour prendre un appelle de ma dulcinée.

 15h : Une porte sur l’île, voilà ce qu’est ce petit pont blanc. Je déplie avec grande peine la carte et me démène pour tenter de la plaquer contre le capot de la voiture. Plusieurs rafales nous mitraillent et tentent d’emporter notre bien au large. L’île d’Achille nous tend les bras et nous ne comptons pas nous laisser intimider même si on se demandait si le pont est suffisamment solide pour résister à ces assauts chiffrés à cent soixante kilomètres par heure. Cet endroit est peu connu des étrangers et est évité du fait de sa situation géographique mais nous voulons tenter notre chance et braver les éléments pour pouvoir ce qu’a à offrir ce coin perdu d’Irlande. Re: The irish rovers - nistarok








Nous pénétrons dans un sanctuaire encerclé et protégés par des colosses immortels de pierre, immuables et taciturnes. Le ciel est haut, le soleil est souriant, quelques moutons célestes effectuent une amusante ronde dansante en totale harmonie avec leurs compères terres. Les uns se repaissent des rêves illuminés dans les astres, les autres des espoirs labourés et cultivés dans l’humus par des générations d’êtres. Une interminable tourbière dorée par l’éclat de Lugh, la divinité soleil, tricotait un pull de laine confortable et de petites chaumières blanches et crémeuses dessinent leurs contours à l’horizon, Keel. Plus en hauteur un autre village mais délaissé depuis des décennies, vestige d’un passé trouble. 

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La route prend de la hauteur et escalade le col du Croaghaun et nous saluons une jolie bergère partie à la cueillette. Là encore des moutons perchés on ne sait pas par quelle providence sur un versant très pentu et très glissant au bord du vide nous saluent et observent, tel le peintre admiratif et appliqué devant son inspiration, l’océan. Arrivés à l’ultime portion de bitume praticable de l’île, une baie secrète et préservée du temps et des envahisseurs avec la longue plage de sable jaune en demi-lune. Enfin pas si secrète que cela, de nombreuses familles se reposent tranquillement ou pratiquent des activités nautiques en vogue tels le jet-ski ou le surf. Il fait chaud. Re: The irish rovers - nistarok








19h : Fin de journée, et on enchaîne avec un deuxième camping sauvage. Autant dire qu’une douche va vite devoir s’imposer. Nous avons, après notre excursion sur l’île d’Achille, longé la côte maritime du Mayo et comme à l’accoutumé roulé sur des chemins paumés et non répertoriés sur la carte.

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De gigantesques bois de conifères nous enfermaient sur la droites avec pour unique horizon des collines chocolat et ondulées et une mer d’huile sur notre gauche, et toujours les mêmes panneaux annonçant les gaeltacht et toujours les mêmes ovidés qui n’en font qu’à leur tête avec la sécurité routière. Une pointe qui s’enfonce comme un poignard dans l’eau, nous nous arrêtions. Une baie marécageuse tout ce qui a de plus de plus sauvage, nous observions. Des amoureux français en extase devant les joyaux de la nature irlandaise, nous discutions. Re: The irish rovers - nistarok




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On a trouvé un spot peu après cette baie marécageuse, aux confins de la civilisation et à l’écart d’une ferme privée, il y a une plage. Une plage sans rien ni personne, à l’exception de deux amis ânes venus nous saluer et réclamer à manger à grand battage d’oreilles. On a donc garé la voiture, je me souviens c’est une Kia, et enfoncé à travers le long chemin à travers la dune les bras chargés de matériel et le souffle coupé mais au maximum de notre capacité de concentration (il était facile de se tordre une cheville ou de faire tomber notre barda dans le sable irrégulier). Là-bas notre refuge, un creux de vingt mètres carrés dans une dune. Parfait pour nous protéger du vent ! A l’aide de mon canif, je découpe un vieux bidon d’huile trouvé sur le parking et Alexandre prépare le feu, piquet de clôture abandonné cassé en deux en disposé en croix dans ma barrique. Quelques comburants, du papier récolté çà et là puis une allumette, deux, trois et le feu part. Réchauffés et affamés, je m’occupe de la cuisson des viandes, du bacon, de la dinde, du steak, des saucisses, des travers, bref tout ce que vous souhaitez voir déchiqueté entre vos crocs et digéré dans votre estomac, est là sur ce grill improvisé. Les flammes crépitent et dévorent le charbon et éclaire d’un halo rougeâtre et mystique notre campement. On mange, on se régale, on se repaît, on vide les bières et les tonneaux de soda. On est une compagnie de deux nains tapageurs et fêtards autour d’un banquet pour dix. Ça c’est la vraie vie !

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nistarok
Il y a 4 années
Samedi 22 Août : 11h : Après avoir salué nos deux compères équidés, on reprend la route.

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On a déjà fait plus de la moitié du voyage mais il reste tant de belles chose à découvrir. Les falaises qu’on aperçoit témoignent d’une histoire de batailles navales, de conquêtes et de domination anglaise non loin de Killala et Ballina. C’est en effet à Ballina que l’armée française est allée chasser l’occupant et depuis des siècles, les habitants de ce bourg de l’Irlande occidental organisent une fête en l’honneur de notre pays, petits pavillons bleu-blanc-rouge en guirlande dans les rues, grand plat gastronomiques français, musique et artisanat local. Tout ceci c’est notre serveuse au dinner irlandais du quartier qui nous l’apprend et c’est plutôt amusant car cette fête est oubliée et méconnue par les principaux intéressés, nous les français. Le reste de la journée va s’annoncer plutôt plate. Re: The irish rovers - nistarok




15h : On est à Athlone, ville sans grand intérêt et au trafic routier épouvantable. Enfin s’il y en a un peu à l’écart dans une profonde campagne tirée du seigneur des anneaux. Des vaches meuglent, des tracteurs broutent. Un domaine de luxe reconverti en spa attend ses riches clients dans un sous-bois. Tout ce qui a de plus banal même s’il est assez curieux de découvrir une autre facette du pays, celle de l’intérieur, sans lac ni Wild Atlantic Way à proximité. C’est l’Irlande des humbles et des laboureurs. Alors pourquoi sommes-nous ici ? Il y a un château ici, ou plutôt une ruine très bien conservée d’un château, enveloppé dans son épais manteau de lierre grimpant et se préparant, même si les températures estivales sont encore chaudes, à affronter un hiver bien plus rigoureux. Devant, des hectares de terres sur lesquelles se promènent quelques chevaux. Ce château est surtout connu pour être sur la pochette de l’album « The Unforgettable fire » du groupe rock U2. Le château de Moydrum, puisque c’est son nom, est une propriété privée et nulle n’est censé franchir le grillage couvert de barbelés et de s’y aventurer à l’intérieur. Mais ça ne décourage pas le moins du monde Alexandre, qui s’empresse d’enjamber l’obstacle de ferraille et de tôle en s’appuyant sur un poteau en bois branlant. Moi je fais le gai à l’extérieur du périmètre et lui intime de se cacher lorsque le tracteur refait son apparition sur le chemin de traverse. Il essaie de prendre des photos de l’extérieur, règle son objectif et son cadre. Les chevaux de nature amicale viennent l’encercler pendant sa manœuvre et le renâcle de haut en bas. Un canasson, puis deux bientôt trois, mon ami a du succès avec les animaux ! Re: The irish rovers - nistarok





Il s’engouffre entre les deux piliers centraux de la ruine et s’absente une vingtaine de minutes. Sur ces piliers sont gravées deux croix à l’aspect catholique et j’aperçois de solides tourelles carrées sur les ailes opposées de la demeure. Je suis bientôt rejoint par d’autres curieux, un jeune couple italien et une famille nombreuse allemande et nous échangeons brièvement sur le propos de notre curiosité. Bientôt, les italiens nous quittent et les allemands tentent leur chance en franchissant à nouveau le Rubicon. Et, bien qu’Alex me confiera plus tard dans la voiture avoir aperçu la présence d’un jardinier sur la propriété, ils ont naturellement pris la pause avec tout l’enthousiasme possible devant les colonnes principales du château. 19h : On est fatigué, harassé, exténué. Vivement que Laghey, petit patelin du Sud de Donegal, face son apparition ! On s’ennuie un peu et la musique celtique nous tape sur le système. Alors je branche mon téléphone et lance un morceau garage punk qui tape fort nos tympans et nous secoue dans tous les sens. Moi je fais de la batterie sur le tableau de bord, Alex se laisse encore une fois aller vers une conduite plus que sportive. Je suis terrorisé mais finalement je lâche prise et on rigole bien. On voit le village, désert et dans les ténèbres, un joli pont à sept arches et une grande bâtisse jaune pâle, le Seven Arch bar. Re: The irish rovers - nistarok







La soirée est en soi très intéressante même si dans ce coin d’Irlande où l’accent est très poussé et le gaélique assez présent la communication se révèle vite assez difficile. On a un habitué du coin, pilier de comptoir, qui nous conseille de venir passer le soir. Je ne pensais pas que dans un village de deux cents âmes il pouvait y avoir autant d’ambiance dans l’unique lieu de vie du coin. C’est un bar tout simple, assez spacieux et tout en bois. Un match de football anglais est diffusé sur l’unique écran plan. Je parle avec un vieil homme roux en train de fumer et de discuter. Lui c’est Eamon, l’autre c’est Jacob. Je discute avec eux enfin j’essaie, Alex lui a déjà abandonné. Leur accent est impossible et j’ai même la certitude qu’ils ne se comprennent même pas entre eux. Je crois qu’ils me parlent de la vie et de sa philosophie puis de chose plus terre à terre comme les femmes, l’alcool, l’Irlande en général. En tout cas je me fais chambrer amicalement, c’est à peu près la seule chose que j’ai retenu. Un jeune de notre âge s’avance vers nous deux et demande s’il peut se joindre à nous. Evidemment ! On fait donc la rencontre de Dennis, un allemand de Rhénanie Nord Westphalie (NRW comme il aime le préciser) et d’une petite ville entre Dusseldorf et Monchengladbach. Il parle un anglais très moyen ce qui aide Alexandre et me force à m’adapter. On parle de nos copines, de nos pays, de la bière surtout. Lui qui est fan de métal et qui a rencontré Denitza, sa copine, au Wacken, je lui conseille le Hellfest qui bizarrement, lui est inconnu. Puis on se quitte, il doit rejoindre sa famille. Avec Alex on finit la soirée sur une compétition acharnée. Celui qui vide le plus de pinte de Carling le plus rapidement possible vaincra. Bon. C’est un nul mais nos corps eux, n’allaient pas apprécier.

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nistarok
Il y a 4 années
Dimanche 23 Août : 12h : Mon Dieu, on n’avait jamais eu aussi mal à la tête de toute notre vie ! Pourquoi est-ce que c’est toujours une fois le méfait commis qu’on se dit qu’on aurait dû être plus raisonnable ? Cette sensation de crâne broyé et de tête qui tourne sans arrêt, en plus des intestins lessivés. On doit se secouer et avancer quitte à en faire moins que d’habitude, et à avaler moins de distance d’un coup. On s’est dit que l’idéal serait de prendre un bon bol d’air marin. Pas loin d’ici et de la ville de Donegal se trouve une pointe, une head dans le jargon local avec un prétendu phare en bord de falaise, à l’image du sémaphore de la pointe de Raz dans le Finistère.



On a récupéré une carte grossière avec des dessins plutôt corrects des lieux d’intérêt du comté de Donegal. On a donc pris la même, route très étroite d’un noir d’encre, vu les mêmes chaumières à la poudre blanche et la même mer, les mêmes vaches marron et le même océan limpide. On n’a pas trop le cœur à apprécier le panorama d’autant plus que la conduite est difficile, une averse de pluie s’abat sur notre capot, puis le ciel pointe le bout de son nez azur, puis à nouveau une averse, le même cycle sans arrêt. Quatre saisons dans une journée disent les écossais, je pense que l’on peut aisément appliquer cette maxime à leur cousine irlandaise.

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Un golden retriever noir d’aspect jovial vient renifler nos pneus et aboie de contentement et nous souhaite certainement un bon rétablissement. Un véhicule tout terrain nous fait face, nous devons lui céder le chemin. Parfois la route s’éloigne un peu de la rive et s’enfonce dans la tourbière, décrit d’élégantes courbes et surprend l’observateur. Les jeux de lumière et ses contrastes au gré de la météo, illuminent ou éteignent la lande, et créent un patchwork de nuances et de teintes de bleu, de vert, de blanc et de brun qui se meuvent et se mélangent tels des ombres dansantes sur une toile immaculée. Ainsi selon l’heure de la journée et les conditions météorologiques le même échantillon de paysage, une côte, une tourbe, un océan pourra être perçu mélancolique, sinistre, élégant, charmant, dévasté, désolé, passionné ou déluré. Re: The irish rovers - nistarok







Le salut nous viendra du phare de Tullymore, une exacte copie de la fameuse pointe finistérienne susmentionnée en miniature et plus préservée. Le climat est difficile, les nuages sont lourds, bas et sombres et déversent une pluie glacée qui se mêle à la violence de l’écume de l’Atlantique.

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Les courants aériens marins nous secouent de notre torpeur et nous essayons tant bien que mal, migraine ancrée comme un parasite dans nos cerveaux, de se frayer un chemin dans les flaques et trous boueux qui nous séparent du bout du bout de la falaise. Nous ne sommes pas seul cependant, un groupe de seniors et de leurs encadrants bravent également les colères divines et encaissés comme une tortue, lente et fragile et écoutent les consignes d’usage des responsables.



Un homme s’avance à nous s’interrogeant sur notre port de l’anorak et se présente. Aidan, comme le mot celte feu, un prénom que j’aime beaucoup par ailleurs, nous raconte l’histoire des invasions Viking sur l’île d’Irlande et de leurs activités par ici il y a fort longtemps. Imaginez un homme d’âge moyen emmitouflé sous son K-Way noir et avec les lunettes embuées de gouttes d’eau, qui nous fait un cours d’histoire avec son accent délicieux et impossible. A nous transit de froid, et matraqués par notre dernière soirée alcoolisée. Non seulement c’est très intéressante car il semble avoir le don pour conter mais en plus, la météo et l’air marin aidant, nous nous sentons vite fortement ragaillardi, quoique assez fatigués tout de même ! 17h : Bon je ne pense pas que ça utile de décrire encore et toujours les mêmes paysages que nous traversons, ça sonnerait répétitif. On voulait se diriger vers Slieve league et selon le plan on aurait dû tourner à une intersection à Carrick. Le Donegal est une très belle région du Nord de l’Irlande mais totalement méconnue et en plus les chemins sont très mal indiqués ! Donc c’est après deux heures à tourner en rond et à essayer de trouver la voie qu’on trouve, enfin, une petite rue dans Carrick avec un panneau caché. Après plusieurs pérégrinations, on arrive et il pleut toujours. C’est indécent ! Le visitor center est fermé et il n’y a pas âme qui vive. On lâche la voiture sur le parking et on tente de monter la pente menant jusqu’au point de vue à pied. Mais l’air est trop humide. On reprend finalement notre carrosse et on finit les quelques mètres restants de manière prudente. La Slieve League s’offre à nous là devant, il y a même un promontoire spécialement conçu pour… Mais le brouillard est épais, nous ne voyons que la base de la falaise. Je me lâche, je me déshabille pour ne laisser que les sous-vêtements (après tout il n’y a que nous deux) et je commence à courir comme un dératé, boxer à l’air, en direction d’un mouton, posé sur le sommet d’une colline. Mais le sol était tellement imbibé d’eau qu’au premier appui je voltige comme un saltimbanque et m’effondre de tout mon point sur le postérieur. C’en est trop pour Alexandre qui explose de rire et qui évidemment a pris soin de tout enregistrer sur son appareil photo. Pour me venger de cette météo abominable et pour obtenir tout de même une photo mémorable de Slieve League, je me présente sur l’estrade, j’écarte les bras et les jambes et je crie, vêtements à la main. Il doit faire à peine dix degrés et j’ai très très froid. Au moins j’aurais pris ma douche pour la soirée.

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Il y a 4 années
Lundi 24 Août : 9h : Alex et moi avions passé la nuit dans la voiture sur le bord d’une route isolée. Il voulait absolument se rapprocher et s’installer sur une petite plage qu’il avait repérée sur la carte. Mais la nuit était tombée comme un voile lourd et sombre conjugué à notre incapacité à trouver le lieu en question avait eu raison de nous. Après avoir bouclé trois fois la loupe de vingt kilomètres et réveillé autant de fois les chiens domestiqués des propriétés rencontrées, nous avions abandonné nos espoirs et, l’air du dehors fortement chargée en sel de mer, nous nous endormîmes dans le plus grand des inconforts. Nous avions également passé la soirée précédente avec des amis d’enfance dans un pub sportif anonyme d’un village du Donegal anonyme et après des retrouvailles réjouissantes et sommes toutes reposantes, nous nous promîmes de nous rencontrer dans deux jours à Belfast. Re: The irish rovers - nistarok









On a donc comme à l’accoutumé repris la route, avec quelques milliers de kilomètres dans les pieds d’Alex, moi l’assistant comme co-pilote puisque je ne peux conduire. Hier dans la fraiche nuit aoûtienne la chaussée était une piste d’atterrissage illuminée de rangées de signaux réfléchissants, aujourd’hui elle a désormais repris son aspect le plus banal. La machine à rêve projette toujours autant nos rêves et nos désirs, subtilise à nos yeux un moment déjà oublié, déjà vécu et écrit son immortalité sur dans nos consciences.

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Elle lance son filet sur un lac enchanté aux roseaux pâles et aux hérons agiles et vaillants, en extraie d’une bouteille usée et décolorée une vieille ruine d’une forteresse oubliée et expose à la vue du pèlerin qui souhaiterait regarder les trésors fantastiques extirpés des abysses.

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Le serpent goudronné rampe sur des paysages préservés et ignorés et dévore avec gloutonnerie le joyau vert, si éclatant, si étincelant, une émeraude vierge et solitaire déposée sur une mer de saphirs infinies. Inishowen ma sublime étoile, aux iris cobalt et aux sourcils sablonneux, aux douces courbes fertiles et verdoyantes et à ta peau boisée et parfumée d’agrumes, peux-tu me révéler la clé de ta pureté ? L’astre caresse chaudement ton corps et ton cœur bat des vies qui te peuplent et vivent sur tes terres. Fougères folles, pins tranquilles, moutons enjoués et bœufs impassibles te partagent en symbiose et te vénèrent. Moi aussi, humble voyageur sans le sou que je suis, je te vénère. Tu es si merveilleuse, si fantastique que j’en ai le souffle coupé et le cerveau chaviré. Tu me manqueras mon admirée mais à tout jamais mon âme te sera, mon innocence tu as prise. Re: The irish rovers - nistarok




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18h : Fin de journée plus tranquille à Londonderry, ou Derry pour les irlandais. Je joue un solo sur la voiture, improvisée en percussion géante. Je fais un vacarme, il est vrai bien amplifié par le parking à étage qui agit comme une caisse de résonnance naturelle. Mais il n’y a personne donc il n’y a pas de problème à ce que je me fasse plaisir. Bémol une grande trainée jaune s’est incrustée dans la peinture métallique de la portière gauche arrière, et pourtant je n’avais pas vu Alexandre rater sa manœuvre. Mais les faits sont là, il avait frotté le pilier du parking. Bon concernant Derry ce soir-là on a rien fait et on s’est reposé. On a bien dragué deux allemandes, une de Francfort l’autre de Berlin, des créatures de rêves à la plastique parfaite et j’ai plutôt bien réussi mon coup. On les a rencontré dans la cuisine commune de l’auberge de jeunesse et j’ai vendu à la berlinoise aux cheveux auburn mes folles aventures autour du monde, surtout celle de mon passé militaire. Puis j’ai attrapé son livre pendant qu’elle fait sa vaisselle et essayé de comprendre, mais rien à faire c’est de l’allemand pour moi. Alex s’est isolé dans une autre pièce avec la francfortoise blonde. Elle m’apprend à prononcer quelques mots dans sa langue et tente de m’expliquer en anglais les phrases. Je lui plais même si j’ai les cheveux en pétard. Je n’ai plus qu’à conclure tout son corps me réclame je le vois… Mais n’oubliez pas que je suis déjà pris par Lauryne et je ne peux absolument pas me permettre de déraper même si cette fille serait la plus belle prise de toute ma vie. Je ne cède pas à la tentation même si le stress et le désir se mélangent en un cocktail explosif dans ma tête. Je fais tout capoter, elle m’en veut à mort mais au moins je n’arrive pas à me dépêtrer de cette dangereuse situation. Je ferai mieux d’aller me coucher …

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Il y a 4 années
Mardi 25 Août : Re: The irish rovers - nistarok
Malin head, Donegal.






8h : Quelle est la différence entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord ? Sans me lancer dans d’interminables et barbantes explications sur le passé difficile et encore récent de leur histoire. Première surprise, il n’y a pas de frontière réelle entre les deux pays et on peut librement circuler d’un côté à un autre sans contrainte. Il n’y a même pas de panneau qui indique « Welcome to United Kingdom », enfin sur les routes que nous avons prises. Le paysage est le même et l’architecture des deux grandes villes, Belfast et Derry, assez similaire aux villes du Sud de l’île. La langue est la même et on y trouve même quelques gaeltacht dans le Nord. Ici, le vert-blanc-orange des drapeaux de l’Eire est troqué par l’Union Jack britannique. L’Euro se transforme en livres sterling (ce qui explique que le coût de la vie est sensiblement plus cher dans le Nord). Le Nord est donc britannique, le Sud indépendant. Re: The irish rovers - nistarok





Derry est une ville triste et ennuyeuse mais chargée d’histoire. C’est ici qu’à lieu le Sunday Bloody Sunday dans le quartier (alors ghetto) catholique du Bogside, cerclé de ses vieilles murales. La borne du Free Derry Corner trône au centre des maisons en brique rouge et un rapide coup d’œil m’indiique que la population d’ici reste assez pauvre. De grandes peintures et fresques illustrent les violences et les révoltes qui ont eu lieu ici ou ailleurs en Irlande. On y voit une militante tout en pull vert et jean bleu hurler sa colère dans un micro et aussi un effrayant manifestant arborant un masque à gaz et tenant un cocktail molotov à la main. Il y a même un bar mettant à l’honneur Ché Guévara !

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Avec Alex on se sépare quelques instants, il va prendre en photo les fresques murales et moi je regarde avec curiosité des gens coller sur le free corner les portraits papiers de militants pro-gay et homosexuels en vue de la gay pride qui se tiendrait là quelques jours plus tard. Autre temps, autre combat. Nous nous empressons de quitter la ville qui n’avait plus rien à nous offrir, hormis le petit stade football avec sa charmante fresque murale (oui encore une). Re: The irish rovers - nistarok






11h : Un fier château formidablement conservé siège sur une falaise déchirée par l’océan. Au loin des navires de guerre imaginaires bombardent de leurs canons puissants l’enceinte, une flotte de barques occupées par des assaillants assoiffés de sang se dirigent dangereusement vers les plages de débarquement. Des archers tout aussi imaginaires sous le commandement d’un fier homme à la barbe longue et brune, dégainent leurs flèches des carquois, mettent en joue l’adversaire, vise et décochent un trait mortel. Le pont de granit, unique accès à la place forte, est défendu par de courageux hères lances et claymore à la main, casque en fer vissés sur leurs têtes chevelues.

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Le Dunluce Castle ou le château de Pyke dans la série télévisée « Game of Thrones ». Ici c’est le fief fictif des Greyjoy et la seigneurie des îles de fer. En vrai, le climat est beaucoup clément et très peu orageux et il n’y a pas d’île au large. Au loin le minuscule port de Ballintoy accueille l’héritier du fief, Théon Greyjoy. Le coin est charmant, une minuscule darse est aménagée pour les quelques voiliers du coin, et un immense cimetière de pierres rondes, biscornues ou percées s’étalent à perte de vue dans les eaux. On dirait Biarritz, avec ce côté plus intimiste et irlandais. Loin du tumulte de la guerre à la télévision, nous consommons un thé dans un chaleureux mais cher cottage à l’écart de la ruine. Finie l’épopée héroÏc-fantasy du jour, on décide de s’orienter vers un itinéraire plus classique et très connu : la chaussée des Géants. Une fois arrivée à proximité du monument touristique, on consulte les tarifs. Soixante euros pour garer la voiture, accéder au musée et prendre la navette qui dépose les plus fainéants au pied de la marche. Pour nous c’est une aberration et on préfère garer la voiture plus loin sur le bas-côté, traverser un pâturage à pied (avec des moutons noirs !) et atteindre l’arête de la falaise la plus proche possible.

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Rien d’illégal nous avons veillé à cela. Plusieurs sentiers de randonnées s’offrent à nous, la chaussée est quelques centaines de mètres en dessous. Alors on marche un peu, on profite de l’air frais tout en esquivant les autres touristes. On se dirige tout d’abord à l’opposé des colonnes de basaltes réputées jusqu’à ce que le chemin de terre soit clôt, en raison d’un chemin impraticable et d’un éboulement tout frais ayant eu lieu plus loin. Alexandre me confie qu’il peut aisément traverser ce passage car il le fait déjà dans le Pays Basque, je lui rétorque qu’il est fou, que moi je ne le ferai pas. On retrousse nos pas et on dévale avec prudence le sentier qui pique du nez, la chaussée des Géants se dévoile progressivement à nous ? Pourquoi ce nom me direz-vous ? Je me rappelle de ce conte que nous avait enseigné un professeur de langue anglaise que j’ai eu la chance d’avoir au collège. Deux rivaux celtiques, le géant irlandais Finn McCool et le géant écossais Benandonner souhaitaient se battre, le second ayant humilié le premier. McCool jeta un morceau de terre vers l’Ecosse (dès lors l’île de Man) puis construisit un pont de pierre, la fameuse chaussée des Géants pour aller affronter le rival écossais. Ce dernier, suite à une ruse de McCool, pris peur et détruisit la passerelle entre les deux pays. Re: The irish rovers - nistarok





La chaussée des Géants est un des lieux les plus visités d’Irlande et il n’est pas rare de croiser beaucoup de monde de nationalités et de faciès différents. Des chinois, des américains, des espagnols, des anglais, des japonais et tant d’autres sur ce bout de caillou volcanique échoué sur les rivages nord-irlandais. Cela ressemblait un amas de colonnes de basalte refroidi, longs et rectangulaires, de tailles plus ou moins variables. L’ensemble de couleur brun-rouge forme un orgue géologique ramassé et encaissé, qui joue de concert ses notes aquatiques et mousseuses au tambour du vent se fracassant sur les rochers et se superposant aux profondes et graves mélopées entonnées par de lointaines sirènes. Re: The irish rovers - nistarok





18h : Au cours de nos pérégrinations sur la côte septentrionale irlandaise, nous avons repéré un panneau marron nous indiquant une attraction touristique proche, un pont suspendu. Mais en arrivant sur place, il n’y a pas âme qui vive, tout au plus deux voitures stationnées sur le parking. Le pont est fermé apprenons-nous, mais cela ne décourage pas pour faire la petite marche d’une demi-heure aller vers celle-ci. La côte est charmante et ressemble à un croisement entre les falaises jurassiques du Dorset et celle de Moher déjà visitées dans le comté de Clare, peut-être moins blanche et moins impressionnantes. Mais nous sommes seuls avec pour compagnons de route quelques dociles moutons broutant nonchalamment l’herbe bien grasse qui pousse en désordre sous nos pieds.


Le pont de Carrick, lieu de passage essentiel pour accéder au microscopique point de terre du même nom et repère à saumon, est verrouillé par une lourde porte en acier, cadenacé à son verrou.. Impossible de passer me direz-vous mais Alex, casse-cou invétéré, ne peut s’empêcher de grimper la paroi poreuse de la roche, de s’appuyer sur la corde mise à disposition pour je ne sais quel motif pour enjamber le portique et ce malgré l’interdiction écrite dessus de manière plus que visible de le faire. Il est fier et se marre de ma rigueur et de ma terreur a l’idée de l’imiter. Ce n’est pas comme si l’on surplombait trente mètres de vide jusqu’à l’océan et ce sans protection adéquate ! Je le laisse traverser le solide pont suspendu et faire le tour de l’île. Au loin, j’aperçois une barque en bois pour rapatrier les moins courageux de l’autre côté de la baie puis la silhouette massive et hirsute de mon ami disparaît de l’autre côté du sommet. Re: The irish rovers - nistarok







19h : Nous sommes retournés au parking auprès de notre point. Une vieille dame, presque nonagénaire d’apparence, me demande le chemin que je lui indique volontiers. Un homme, la cinquantaine obèse et très jovial en costume trois-pièce a l’air d’apprécier notre intervention. Il se présente, Tony. Le courant passe tout de suite et on parle d’une myriade de chose. Il a même essayé de nous expliquer sa maxime préférée, quelque chose basée sur « Be, best, better », je crois que c’est « Be the best to be the better » mais après il oppose cette phrase à une âme et malgré ses efforts, nous ne comprenons rien. Toujours est-il qu’il souhaite nous inviter prochainement chez lui car Tony a une petite activité de location de logements saisonniers prêts de Cavan. 
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21h : On est à Belfast à l’écart du centre-ville dans un hôtel chic et conventionnel. Nous veillons toute la nuit, jusqu’à très tard, à regarder de mauvais thrillers et films d’épouvante à la télé.

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nistarok
Il y a 4 années
Mercredi 26 Août : 15h : Que dire il est tard et nous avons attaqué la journée du mauvais pied. Nous sommes fatigués et nous ne voulons plus courir les attractions et lieux d’intérêt. Le musée du Titanic de Belfast nous semble trop cher et semble, malgré sa bonne réputation, être qu’un entonnoir à touristes. On lui préfère une balade dans le centre-ville, le City Hall ou hôtel de ville, un imposant et charmant édifice de pierre blanche sur Donegall Square et incontournable. Plus loin l’Assemblée d’Irlande du Nord ou encore l’université Queen’s. Les rues sont quadrillées à l’américaine, les parkings hors de prix. On sent encore les blessures de la guerre civile et de nombreuses fresques ornent la ville comme des toiles de peinture dans un musée à ciel ouvert et gratuit. La ville abrite également un très grand port et une importante industrie navale.

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On se contente de visiter le château (oui encore un) de Belfast curieusement très peu mentionné dans les guides touristiques et qui pourtant est la vraie bonne surprise de notre escale jusque-là ratée à Belfast. Tout en haut de sa colline, il regarde impassiblement la ville et son port en contrebas. Un mariage se prépare entre les murs et nous préférons nous attarder dans son jardin, un lion en airain nous observant les crocs ouverts. 
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21h : Il pleut, il fait gris. Nos amis rencontrés quelques jours plus tôt dans le Donégal nous ont rejoints. On essaye de se poser dans un bar organisé façon saloon où l’on piétine la couronne britannique faite en mosaïque à l’entrée. Trop bruyant et une ambiance plus appropriée pour les gens plus âgées. On traverse la ville sous la pluie, la ville est vraiment grisâtre et terne. Il n’y pas d’ambiance dans les bars en semaine. On a soudainement espoir, on entend de la musique électronique dans un recoin de ruelle. Mais le bar est vide aussi. Décidément ce n’est pas notre soir ! Dans notre quête d’un lieu de festivité on lit l’histoire de l’Irlande sur les murs et on redécouvre certaines facettes de l’Irlande déjà connues. On trouve enfin un bar confiné et pas trop suffocant. Un groupe local joue un rock hypnotique, les bières sont chères. On doit bientôt se séparer pour nos hôtels. De Belfast je ne retiendrai que l’image d’une ville portuaire triste et peu aventureuse, encore tourmentée par les fantômes d’un douloureux passé.

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nistarok
Il y a 4 années
Jeudi 27 Août : 9h : Il nous reste deux jours à profiter du pays, l’avion décolle pour Paris demain à 16h. Je vais enfin revoir ma belle. Mais pour l’instant nous devons ranger la voiture. Les sacs se mélangent aux papiers à jeter qui se mélangent à la nourriture restante qui elle-même se mélange à nos couchages. C’est un immense chantier qui nous attend et, musique à fond de rigueur, nous sortons tout notre matériel de manière à mieux organiser et ranger nos affaires en prévision de demain. Ça prend du temps, trois heures, mais nous y parvenons enfin et bientôt, là encore nous prenons la route et faisons un crochet à l’aéroport pour y déposer nos amis, en se perdant plusieurs fois sur le chemin. On passa à Newry, le trafic est lent. A Armagh il y a une superbe cathédrale. A Cavan, où je m’amuse à frotter la trace jaune sur la portière au polish, il n’y a rien, même pas une trace de The Strypes. Entre, il n’y a rien, que des forêts et des champs labourés voire des drumlins (petites collines).

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18h : Ce n’est que le soir que nous arrivons chez Tony, car en train nous avions accepté son invitation. Il nous emmène voir une abbaye en reconstruction puis nous confie qu’il a un compagnon, un polonais du nom de Zbigniew ou « Zibi » comme il le surnomme affectueusement mais cela ne l’empêche pas de me lancer des œillades et de se permettre des gestes un peu trop affectueux. Alex et moi comprenons la même chose au même instant et il explose de rire en voyant ma gêne et mon inconfort face à la situation. Vous auriez dû le voir à se marrer et se gausser, la gueule rouge et la respiration peinée alors que moi je suis crispé sur le siège passager et que j’essaie de m’extraire de cette situation délicate. Après tout me rassurais-je, il a un copain ce Tony et il ne me fera rien, il est juste un poil trop tactile. Mais pas avec Alex, seigneur. C’est à ce moment-là que je me remémore les vagues recherches effectués sur Internet concernant notre hôte après notre première rencontre. Car, je ne vous l’avais pas dit auparavant, on n’allait pas se lancer dans l’inconnu sans savoir de quoi il en retourne, il fallait rester prudent même si le gars qui nous invitait ressemblait à un gros nounours jovial. Et effectivement il y avait de quoi frissonner à la lecture d’une poignée de web-journaux irlandais. Ce Tony avait été condamné en justice pour attouchement sur mineur. Mais allez savoir pourquoi nous n’avions pas voulu le prendre en compte, peut-être par envie du risque. Les choses sont tellement plus intéressantes et passionnantes quand elles sont totalement improvisées, et j’avais raison. Nous n’allions pas être déçus ! On a donc pénétré la maison de Tony, une espèce de capharnaüm grouillant où des cartons s’entassent dans tous l’espace du hall d’entrée et où des papiers et reliures côtoient les visages de tableaux poussiéreux. Pas très sérieux pour un entrepreneur. Il nous invite à descendre quelques bières, de la Budweiser essentiellement et une américaine originaire du Montana se joint à nous. Jessica est une écrivaine en freelance qui parcourt le monde, elle nous raconte ses aventures en Thaïlande, en Irlande forcément mais également ses projeter de visiter l’Italie, Paris, l’Espagne et le Maroc avec son petit frère pompier dans l’Alaska prochainement. Ce que je ne savais pas encore à ce moment-là, c’est que je serai leur guide à Jessica et Nicholas (le frère en question) quelques mois plus tard dans la capitale lumière, et qu’elle me rendrait la pareille lorsqu’Alex et moi feront notre road trip tant fantasmé l’été suivant aux Etats-Unis. Cette grande blonde anglophone nous parle de son projet en cours, une biographie à finir, puis après quelques cannettes vidées nous prenons la direction du restaurant thaï du village. Caroline est la propriétaire de l’établissement et est comme on peut s’en douter, thaïlandaise. Je lui commande le plat le plus épicé car je suis un vrai amoureux de ce genre de cuisine. La tablée est presque vide et c’est donc tout naturellement que nous accaparons l’espace sonore et visuel. Les langues se délient au rythme des verres de vin rouges qui descendent, et je tente tant bien que mal d’apaiser le soufre du dragon qui me ronge les amygdales. Je n’ai jamais rien mangé d’aussi fort de toute ma vie et je suis à la peine, même le piment d’Espelette me semble doux comparé à ça. Je ne saurais dire ce qu’il y a dans mon plat. De la viande blanche fine et tendre, peut-être du poulet, qui trempe dans une sauce acacia. Différents légumes, rouges, jaunes ou verts décorent l’assiette. J’ai mal mais j’assume, je sais que j’aurai la gorge endolorie pour les trois semaines qui vont suivre. C’est après que les choses se corsent. On rentre tous les quatre chez lui et on continue la soirée jusqu’à tard dans la même pièce du début. On vide les verres de whisky et on parle de tout et de rien, de manière bruyante et enjouée mais je ne me rappelle plus le propos, l’alcool sans doute. Alex décroche de la conversation puis revient dans la partie, je parle très vite mon anglais, le whisky a désinhibé mes barrières mentales et mon manque de confiance dans mon niveau de langue pourtant bon. Minuit : J’ai envie d’aller aux toilettes et je suis déconnecté de la réalité. Tony ronfle comme un gros cochon et je me vois un créneau pour faire mon affaire car, même ivre, je suis sur mes gardes. Mais évidemment il doit être doté d’un sixième sens et insiste pour m’accompagner à l’étage. Il m’isole dans le couloir du haut et il tente sa chance trop tactilement. Je le repousse dégoûté, pour qui il se prend ? Je refuse, je lui ai dit que j’ai quelqu’un et que je reste fidèle et que je n’ai pas de tendance homosexuelle. Contrarié et effrayé, je m’enferme dans les cabinets, je fais mon affaire puis je retourne prestement en bas. Au moins il a le mérite de ne pas insister. Jessica nous fait part de son envie de se reposer et nous congédie. On prend la perche au vol et on suit sa direction en titubant vers notre chambre. Je me jette dans le lit, le plafond tourne comme une tornade et rapidement m’entraîne dans son œil. Alex me dit que Tony l’appelle. Je grommèle un avertissement inaudible et je sombre dans le sommeil, quasi inconscient. Alexandre revient quelques minutes plus tard et me réveille. Il fait des bonds de cabri dans toute la pièce surexcité come un âne, bats comme des moulins ses membres et s’escrime contre des ennemis invisibles. Le cheveu hirsute et les lunettes de travers il s’exprime avec peine et émotion. Il semble être dans un état intense de peur et d’amusement, c’est assez étrange je ne pensais pas que cela pouvait être possible. A nouveau lucide et revigoré de cette énergie nouvelle, je lui demande ce qu’il se passe. Le gros Tony l’avait appelé, prétextant un problème et ensuite l’avait embrassé à peine langue, l’invitant à le rejoindre dans son lit. Paralysé par le whisky ou la crainte, il n’avait pas réagi tout de suite puis le repoussa violemment pour finalement s’enfuir dans notre chambre. Je le vois s’afférer et déboulonner dans le hall de notre appartement. Il se saisit de la clé  et verrouille toutes les portes et s’assure que les fenêtres soient closes. J’aurais pu me moquer de lui comme il l’avait fait lors de la visite de l’abbaye plus tôt dans la journée mais la situation était exceptionnelle, tout au plus grave. On ne dort pas de la nuit suite à ces évènements.

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nistarok
Il y a 4 années
Vendredi 28 Août :                 9h : Au vue des évènements de la nuit dernière on décide de filer en douce. On se sent coupable d’avoir profité du gîte offert par notre hôte, hôte qui a justement voulu abuser de nous en retour. On a décidé que la meilleure chose est de prendre la voiture et de prendre la poudre d’escampette le plus rapidement possible. Mais la voiture a décidé de caler au moment où il ne faut pas, et je ne pense pas que j’aide Alexandre à se concentrer et à faire démarrer l’engin avec mes soupirs exaspérés et petits cris angoissés. Evidemment le sort s’acharne sur nous et c’est le visage de Tony plus maussade qu’à l’accoutumé qui se colle sur la vitre latérale d’Alexandre. Il nous demande une faveur et j’accepte, le poids de la culpabilité sur les épaules. Il nous emmène dans son bureau, pas un mot sur la folle soirée d’hier. Il me donne ses consignes, je dois appeler un client français pour démêler un problème quant à son arrivée. Je laisse un message sur sa boîte vocale, Tony nous laisse partir, la gêne est immense, mais nous n’y pouvons rien. On quitte Belturbet et le comté de Cavan. 11h : On boucle progressivement la boucle et on se rapproche de la côte Est de la République d’Irlande ; Peu avant Dundalk (ville où est originaire la fratrie Corr), il y a un site mégalithique majeur, Newgrange mais aussi un château connu pour tous les amateurs de musique, Slane castle. Il y a également les vestiges d’un champ de bataille plus loin mais on n’aura pas le temps de tout faire. C’est donc Slane que l’on choisit, étrangement le lieu est calme et peu visité. La propriété est privée mais autorise des visiteurs à effectuer une visite guidée pour un coût relativement modeste. Le château est une espèce de grosse bâtisse carrée en granit du dix-huitième siècle, cachée derrière une épaisse forêt de jade et aux hautes herbes mentholées. On y pénètre par une haute arche mystique et on dévale un torrent de boue jusqu’à ce que l’on atteigne la cour extérieure. Nous prenons connaissance des horaires de visites guidées et on s ‘offre un muffin avec café dans la salle de réception. La visite commence lorsque notre guide estime le nombre de personnes présentes suffisant. Elle nous emmène sur un parcours balisé où il est interdit de photographier (bien essayé Alex mais si tu continues sur cette voie, tu risques de la froisser).

C’est normal c’est une propriété privée. Je n’ai pas grand-chose à dire sur les lieux, je ne suis pas fan d’architecture et, bien que j’apprécie les ornements, peintures et autres décorations, je serais incapable de deviner l’influence et l’époque de réalisation de ceux-ci. Lauryne saurait dire si c’est du baroque, du Louis-Philippe ou Renaissance, elle est passionnée d’art et connait beaucoup de chose. C’est le genre de personne la tête en l’air dans les rues à regarder les gravures, l’ébénisterie, les gargouilles. Elle aurait aimé être là j’en suis sûr ! 13h : Que faire quand vous avez des tonnes de nourriture sur les bras (achetés à déraison par Alexandre) et que vous devez rendre la voiture deux heures plus tard ? Et bien vous improvisez un barbecue nature géant ! Pas besoin de faire compliquer, il y avait un petit parking jouxtant un torrent assez agité sur la droite, quelques kilomètres après le village de Slane. Et surtout personne, hormis quelques pêcheurs avides de truites et saumons plus loin dans les fourrés. On a accaparé le long et bas muret de pierre qui cadrait une espèce d’arbre difforme et broussailleux. Nos victuailles sont donc là exposées sur les six sept mètres de notre plan de travail improvisé. On a créé un cercle de pierres pour le feu, toujours en s’aidant du muret, et j’ai commencé le travail. Aujourd’hui c’est moi le maître du feu qui règne sur la plaine ! Il faut bien s’imaginer une demi-douzaine de paquets de chips, une dizaine de barquette de diverses viandes entassées, des litres de soda et de bière, du fromage à foison, de la salade, des pains pour hamburgers, du chocolat et des sucreries.

Re: The irish rovers - nistarok






Ça m’amuse de contrôler les flammes dans mon mini grill inventé et également un vieillard. Curieux, il regarde nos manœuvres d’un œil observateur mais refuse mon invitation à grignoter un morceau en notre compagnie. Le bougre bien qu’attiré demeure être avant un homme réservé. Il n’est pas aisé de contrôler le feu quand incessamment, à une fréquence approximative de vingt minutes d’intervalle, la pluie s’abat soudainement sur nous et sur notre pique-nique. Heureusement notre arbre nous porte bonheur et bloque les attaques de l’eau comme un parapluie végétal déployé vers le ciel. C’est bon tout ça, on se casse le ventre plusieurs fois jusqu’à ce qu’on ne puisse plus, nous sommes gras et lourd diable ! Il faut se dépêcher et malheureusement, jeter ce qui n’a pu être consommé. Je déteste gaspiller mais nous n’avons pas d’autres solutions, même pas un mendiant (puisque nous sommes en pleine campagne) à qui offrir le couvert… C’est triste. Nous reprenons la route, et même l’autoroute. La campagne est délaissée, les aires urbaines de Dundalk, Drogheda puis Dublin se succèdent, l’avion décolle dans deux heures trente. J’ai le cafard à l’idée de laisser un pays aussi sublime et chaleureux que celui-là derrière moi. Alexandre le sait aussi, on a tous les deux la mine basse. Notre chère France ne nous donne pas envie soudainement, mais j’ai beau envisager plusieurs scénarii (impossible à réaliser malheureusement) je prends conscience d’un fait important, comme une illumination. Nous avions fait le tour du pays, certes plus délaissé le centre du pays malgré nos escales à Cavan ou à Athlone pour se concentrer sur l’indomptable côte irlandaise. En chiffre, cela revient à vingt-huit comtés traversés et explorés sur les trente-deux existants et les quatre provinces, Ulster au Nord (Belfast), Leinster à l’Est (Dublin), Munster au Sud (Cork et le Connacht à l’ouest (Galway).Mais qu’importe les statistiques. Je me sens libre et heureux et parcouru d’un intense sentiment d’amour pour la verte Erin. Un frisson me hérisse l’échine, je me promets d’y revenir bientôt. Mon âme appartient à cette terre celte, lande ravagée par les affres du climat, secouée par la fureur des vagues mais aux mille joyaux naturels, à son peuple bruyant et accueillant, à ses soirées festives et arrosées, à ses femmes aux cheveux orangés et aux charmes bienveillants, à ses cités de brique à l’atmosphère dansante. Comme un ultime adieu, un feu d’artifice délivrant son bouquet final, le destin me fait une fleur, comme un signe. Le sympathique dublinois qui nous dépose au terminal est un fou du volant qui explose les enceintes de son véhicule en balançant un gros son rock, You better you bet de The Who, mon groupe préféré, et chante avec entrain les paroles de Daltrey. Comme quoi on peut être irlandais et aimer une formation musicale anglaise. Le bon goût ne s’arrête pas à une nationalité. Au revoir chanteur surexcité, au revoir Irlande. Nous nous reverrons.

Re: The irish rovers

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Wildmind
Il y a 4 années
Merci - je suis irlandais de Galway et votre récit m'a fait beaucoup rire, excellent

Merci pour cette belle contribution !

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Sabine de Routard.com
Il y a 4 années
Bonjour,
Retrouvez votre carnet, et bien d'autres !, dans notre dossier "Les carnets de voyage de la communauté Routard".
 Merci pour cette belle contribution ! - Sabine de routard.com
Nous y avons rassemblé les meilleurs carnets de voyage récemment postés par les membres de la communauté de Routard.com : une vraie source d'inspiration pour vos futurs voyages !

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