Henry-David Cohen, le tour du monde de l'humour

Henry-David Cohen, HDC, pour ceux qui ont pu voir son spectacle. Ce jeune-homme nous a contacté car à la suite de son tour du monde, il a écrit un stand-up pour raconter ses aventures. Il vous présente ci-dessous son aventure avec des anecdotes croustillantes et en plus vous pouvez voir son spectacle sur sa page Youtube. Pour un tour du monde du rire et d'émotion c'est parti !

Pourquoi se lancer dans l’aventure d’un tour du monde ?

Pourquoi se lancer dans l’aventure d’un tour du monde ?
Sénégal © Henri-David Cohen

Pour découvrir le monde, sa beauté, ses peuples, cultures, traditions et surfer les plus belles vagues du monde. Avant, je voyageais déjà beaucoup. Pour cette aventure, l’idée était de faire une vingtaine de destinations d'un coup, à la suite, pour perdre un peu mes repères. Je continue à voyager fréquemment.

Comment avez-vous préparé votre périple autour du monde ? Et pour le circuit ? Quels conseils pouvez-vous donner pour les préparatifs ?

J'ai peu préparé ce périple autour du monde, j'ai pris ma décision en juin et je suis parti en novembre. Entre les deux, j'ai passé tout le mois d'août au Mexique. Je n'ai pas préparé en détail, j'ai juste établi un itinéraire provisoire avant mon départ, ce que j'étais obligé de faire puisque j'avais un billet « tour du monde ». Pour pouvoir surfer dans les meilleures conditions, il me fallait être au bon endroit au bon moment, car pour les vagues il y a des saisons à suivre pour chaque zone de la planète. Certains spots ne marchent bien que quelques mois par an. Je n'avais réservé aucun hébergement à l'avance, j'étais beaucoup dans l'improvisation, ce qui me semble la meilleure manière de voyager. Je fais mien ces deux dictons : "Quand rien n'est prévu, tout est possible", et « Si l'on sait exactement ce qu'on va faire, à quoi bon le faire ? ». Cette méthode me permettait d'être libre, ce qui est pour moi l'essence du voyage que je vois un peu comme du vagabondage. Souvent, j'arrivais dans une nouvelle destination de mon périple sans même savoir où j'allais dormir le soir-même. Et parfois, je finissais ainsi sur le canapé de mon voisin d'avion, ou chez quelqu'un rencontré à l'aéroport, à la gare, dans la rue, etc... C'est l'inattendu et l'imprévu que je trouve excitants. D'ailleurs, si c'était à refaire ou si on me demandait conseil, je n'opterais pas pour un billet type "tour du monde". En général, cela force à établir un itinéraire à l'avance, ce qui à mon sens est trop contraignant, même si ils permettent tout de même d'être flexible sur ses dates de voyages. Si je refaisais un tour du monde ou un autre type de long voyage intercontinental aujourd'hui, je prendrais juste un billet aller simple pour mon point de départ, puis j'organiserais mes déplacements au fur et à mesure en fonction des événements, des rencontres et des opportunités. Cette liberté absolue de se laisser porter et guider par ce qui arrive sur la route me semble absolument essentielle. Mais évidemment cela implique un goût prononcé pour l'Aventure, de la sérénité, un peu d'expérience probablement en termes de voyages, et une certaine confiance en soi et dans le destin. C'est très excitant de voyager sans savoir ce qui va suivre.

Une aventure de cette sorte se prépare combien de temps à l’avance ?

Une aventure de cette sorte se prépare combien de temps à l’avance ?
Colombie © Henri-David Cohen

Ça dépend de chacun, en fonction des obligations familiales et professionnelles qui pèsent sur chacun, en fonction de la conception que chacun se fait du voyage, comme je l'ai expliqué. Certains s'y prennent très longtemps à l'avance, organisent très précisément le déroulé de leur voyage etc, d'autres sont encore plus radicaux que moi et partent sans préparation. Je pense qu'​ un mois ou deux peuvent suffire, car il y a quand même des vaccins et des visas à faire pour certaines destinations.

Comment avez-vous budgété vos dépenses ?

J'ai voulu, par choix et non par nécessité, limiter mon budget quotidien à 11€ par jour tout compris (hors billets d'avion et trains longue distance).

11€ par jour, c'est bien plus que nécessaire dans certains pays, trop peu dans d'autres. J'ai donc respecté ce budget en moyenne sur la longueur, certains jours je dépensais 3€, d'autres 30€. Ça s'équilibrait au final. La plupart du temps, je dormais chez l'habitant et donc ne payais pas l'hébergement. Et dans certains pays comme la Colombie, l'Indonésie, le Mozambique, le Cap-Vert ou Madagascar, je louais des piaules à moins de 3€ la nuit.

Je mangeais "local", je ne faisais pas de folies et j'évitais les trucs touristiques, même si parfois je me faisais des petits plaisirs plus ou moins onéreux comme des plongées sous-marines qui évidemment n'entraient pas dans mon budget quotidien.

Quel a été le coût financier global de votre tour du monde ?

Quel a été le coût financier global de votre tour du monde ?
Indonésie © Henri-David Cohen

Pour un voyage qui devait durer un an, j'avais budgété 10 000€ : 4000€ pour le billet TDM, 2000€ pour les billets d'avion ou train en plus du billet TDM, 4000€ pour les 365 jours à 11€. Mon voyage a finalement duré 14 mois et non 12 comme prévu, donc j'ai dû dépenser environ 11 000€ en tout, mais c'est une estimation car je n'ai jamais tenu la moindre comptabilité précise. C'est sûrement nécessaire pour ceux qui ont un budget précis à respecter strictement, ce qui, j'ai de la chance, n'était pas mon cas.

Je tiens à ajouter qu'au bout du compte, mon voyage m'a financièrement rapporté, directement et indirectement, à peu près autant qu'il m'a coûté. Deux mois avant mon départ, j'ai conclu un accord avec un magazine mensuel de surf et de voyages appelé "Tripsurf" (qui a disparu depuis). Ils ont publié dans chacun de leur numéro pendant un an mes reportages textes / photos sur mon périple, et me payaient à la pige pour cela. Cette visibilité médiatique m'a permis en plus de conclure un petit partenariat avec la fameuse marque américaine de surfwear "O'Neil". Ils m'ont donné pas mal de fringues et de matos de surf, et devaient me verser une aide exceptionnelle de 1000€, dont je n'ai au final malheureusement jamais vu la couleur... Pas de comptes précis sur mes recettes, mais entre les articles que j'ai vendus à Tripsurf, les nombreuses photos de voyages que j'ai vendues après mon retour (expos, calendriers,...) et le spectacle que j'ai créé à partir de mes expériences de voyages (200 représentations), je crois que mon tour du monde m'a rapporté à peu près autant d'argent qu'il m'en a coûté. C'est une matière très intéressante à exploiter, ce que beaucoup font, plus ou moins bien, à travers des blogs, sites, etc... Pour ma part, je n'étais à l'époque sur aucun réseau social. D’ailleurs, aujourd'hui encore je suis très peu sur les réseaux sociaux, je suis juste sur Facebook, le virtuel m'intéresse peu... Je préfère vivre les choses à 100% sans perdre du temps à me mettre en scène et m'exposer sur les réseaux. Mon style c'est plus "Into the wild". Tenir un blog de qualité prend beaucoup de temps, et le temps est ce qu'il y a de plus précieux. Je m'en fous d'avoir une chambre d'hôtel 4 étoiles gratuite en échange d'une visibilité offerte à l'hôtel. Je préfère dormir dans une cabane au sein d'une famille locale et partager mon temps avec eux, plutôt que dormir dans un palace et profiter de sa wifi pour passer du temps à lui faire de la pub. D'ailleurs, je m'interroge sur le degré de réelle satisfaction des principaux blogueurs voyages... Ils sont payés pour parcourir le monde en permanence dans de très bonnes conditions, mais j'ai l'impression qu'en retour ils abandonnent leur liberté. Ils sont obligés d'apporter de la visibilité à leurs nombreux partenaires, de partager leurs expériences, et bien le faire prend du temps. Ce n'est pas simplement en partageant 1 ou 2 photos qu'on sort du lot dans ce milieu des blogueurs devenu me semble-t-il très compétitif. Franchement, je ne crois pas que j'aimerais être à leur place. À ce que je sais, certains des principaux blogueurs français ont fait des burn-out, ou ont au moins levé le pied pour prendre du recul et repenser leur façon de voyager.

Comment avez-vous sélectionné votre bagage idéal (sac à dos, vêtements, matériel spécial ultraléger…) ?

Je n'ai rien sélectionné de spécial niveau équipement, j'ai pris un gros sac à dos de baroudeur que j'avais acheté pas cher sur un marché à Mexico 3 mois avant mon grand départ. J'ai pris une seule planche de surf (qui a tenu tout le voyage !), et des fringues normales, notamment celles offertes par mon sponsor. Il faut dire que j'ai passé les 2/3 de mon tour du monde en short de bain et en tongs... Si j'avais suivi la route de la soie, c'est sûr que j'aurais dû m'équiper plus sérieusement !

Quels sont vos coups de cœur dans le monde ?

Quels sont vos coups de cœur dans le monde ?
Colombie © Henri-David Cohen

Mongolie, Colombie, Cap-Vert, Madagascar, Polynésie, Brésil, Israël, Bali... et d'autres !

Je ne mets pas le Japon dans mes coups de cœur mais je trouve que c'est un pays où il est très intéressant pour un occidental de voyager, car les Japonais ont une culture si différente de la nôtre que c'est fascinant et déroutant ! Comme je l'ai dit, pour moi l'essence du voyage c'est de perdre ses repères, et au Japon pour ça on est bien servi, comme le montre un peu le film "Lost in Translation". Je parle 5 langues, le Japon est le seul pays où j'avais malgré tout souvent du mal à communiquer avec les locaux. En Mongolie, cela peut aussi être un souci majeur en dehors de la capitale, mais j'ai fait ce voyage avec deux amis il y a très longtemps et on avait un guide/interprète, donc le problème ne s'était pas posé. La Mongolie est probablement l'endroit le plus dépaysant que j'ai visité dans ma vie ; c'est un magnifique voyage, dans le temps et dans l'espace, une autre civilisation...

Pour les escapades proches de la France, je conseillerais les îles grecques à mi-saison (avril/mai, sep/oct), la campagne irlandaise, l'Ukraine en été, etc...

Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?

Qu’avez-vous retiré de cette expérience ?
Porto-Rico © Henri-David Cohen

Plein !! C'est pour cette raison, entre autres, que j'ai écrit un one man show qui raconte mes voyages ! D'ailleurs, désormais que j'ai arrêté ce spectacle, j'écris un film inspiré lui aussi de mon tour du monde et de la soixantaine de pays que j'ai visités.

Voici une anecdote mignonne qui n'est pas dans le spectacle et qui témoigne de l’hospitalité sans limite du peuple polynésien.

A Hawaï, un jour, je me fais prendre en stop par un Samoan. Quand je lui dis que j'ai justement prévu de visiter les Iles Samoa juste après, il me dit d'aller voir sa famille de sa part. Il m'a alors écrit une lettre à l'intention de ses parents dans laquelle il leur demandait de bien vouloir m'accueillir, et m'a dessiné un plan pour que je puisse trouver leur maison, car là-bas les maisons n'ont pas de numéro et les rues pas de nom. Un mois plus tard, grâce à son plan, je me retrouve devant la maison familiale, dans un magnifique décor polynésien. Le patriarche, qui n'était au courant de rien, vient m'accueillir devant leur portail, je lui tends alors la lettre de son fils sans trop savoir quoi dire. Il lit la lettre, ému, et m'invite à entre chez eux. Puis, il me fait asseoir sur un majestueux fauteuil au milieu d'une grande pièce vide et ouverte sur les côtés (le fale polynésien traditionnel), et me pose tout un tas de questions sur qui je suis, ce que je fais, pourquoi, ce que je veux, etc...une sorte d'entretien d'embauche un peu surréaliste. A l'issue de ce mignon interrogatoire, le verdict tombe : d'un ton très solennel, il se lève et me dit: "Henry, you can stay !". Après ça, durant les 3 jours de mon séjour chez eux, j'ai été traité comme un roi, à tel point que ça en était souvent gênant. Il voulait que j'occupe le seul vrai lit du fale, les parents insistant pour dormir par terre avec le reste de la famille. Au dîner, je m'attablais seul avec le patriarche, on mangeait à notre faim pendant qu'une jeune fille de la famille éventait mon assiette pour chasser les mouches ! Une fois qu'on avait fini de (bien) manger, le reste de la famille mangeait ce qu'il restait dans les plats ! Lors du premier repas, je ne savais pas que ça allait se passer ainsi donc j'avais beaucoup mangé, surtout que c'était très bon, il ne restait donc presque plus rien à manger pour les autres après... J’étais tellement gêné quand j'ai réalisé que eux se nourrissaient de nos restes ! Du coup, dès le second repas, je me suis efforcé de manger peu pour en laisser un max au reste de la famille derrière. Le reste de la journée, ils m'emmenaient partout, leur gentillesse était incroyable... Ils m'ont proposé de rester plusieurs mois !

Votre TDM vous a permis d'écrire un spectacle, que vous avez eu la chance de pouvoir partager sur les planches avec un public réceptif, quand et comment avez-vous eu cette idée ?

Au début, j'avais prévu d'écrire un livre sur mon voyage, mais en cours d'écriture, j'ai changé de projet et tout repris depuis le début pour écrire un one man show. Car j'ai réalisé que c'était une idée bien meilleure, plus originale, et surtout qui me correspondait davantage. J'étais comédien, je voulais justement faire de la scène et faire rire, d'ailleurs naturellement mon écriture tendait souvent vers le comique, c'est ma vraie nature. Donc je me suis lancé, après un long travail d'écriture, j'ai commencé à rôder mes sketches un par un sur des petites scènes, et je réécrivais en fonction des réactions des spectateurs. C'est vraiment beaucoup de travail, de ciseler un texte qui fasse rire toutes les 20 secondes tout en racontant une histoire. Il s'est écoulé 6 ans entre le début de l'écriture et la première du spectacle intégral à Paris ! Et loin d'être un aboutissement, cette première était en fait le début d'une longue aventure, puisque j'ai joué ce spectacle "Le tour du monde en 180 vannes" pendant 6 ans : environ 200 représentations aux 4 coins de la France et dans 10 autres pays répartis sur 4 continents, devant en tout près de 18 000 spectateurs. C'est une expérience intense et enivrante que d'être seul sur scène et de faire rire les gens pendant 1h. Et bien que j'ai décidé de ne plus le jouer, l'aventure continue puisque le DVD du spectacle vient de sortir (on peut le commander sur la page Facebook du spectacle pour seulement 10€). De plus, poussé par un gros producteur de cinéma qui était venu voir mon spectacle, j'écris actuellement un film inspiré de mes expériences de voyages, une comédie d'aventures qui raconte un tour du monde.

On termine par une question portrait chinois : Si vous étiez un pays… lequel, et pourquoi ?

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Je dirais le Cap-Vert, pour son métissage, sa chaleur, sa diversité : chacune des 9 îles a sa propre personnalité, elles sont toutes différentes, ce qui fait que le pays a plusieurs facettes, comme moi. Aussi parce que l'archipel baigne dans l'océan et consacre à la musique une part importante de son identité, comme moi.

Retrouvez Henry-David Cohen sur Internet

@letourdumondeen180vannes

Texte : Routard.com

Mise en ligne :

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