La randonnée, toute une histoire

La randonnée, toute une histoire
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"Randonnée", un mot qui ne disait rien il y a quelques décennies. Seul le Littré l’évoquait, remontant au vieux terme de vénerie "randon", à propos de "la course impétueuse et rapide d’un animal sauvage autour de son terroir". Soldats, pèlerins ou bergers marchaient, eux, par nécessité. Aujourd’hui, la marche est devenu un sport. Des milliers de kilomètres se déroulent sous les pas de plusieurs millions de randonneurs. Randonnée, d’où viens-tu ?

Les premiers marcheurs

Concernant la nature, comme d’habitude, on se réfère à Jean-Jacques Rousseau, botanisant dans la forêt de Montmorency.

1832 : le sylvain Charles-François Denecourt balise les sentiers de la forêt de Fontainebleau. Peintres et écrivains s’y précipitent, George Sand en tête… Premier topoguide du Touring-Club de France, premier best-seller.

1872 : Le Club Vosgien, inspiré des marcheurs saxons, applique son balisage géométrique, toujours en vigueur sur le massif des Vosges. En 1897, les Excursionnistes Marseillais délimitent leurs chemins.

À la fin du XIXe siècle, les jeunes marcheurs se retrouvent ballotés entre différentes idéologies marquées par l’église et la politique sociale. En 1911, un jeune Français épris de grand air peut choisir entre le scoutisme chrétien ou le mouvement laïque des Éclaireurs de France.

Essayant de réunir ces tendances, le journaliste Marc Sangnier avait fondé le Sillon en 1894. Son journal social, d’inspiration chrétienne, est condamné par le pape en 1910. Sangnier se tourne alors définitivement vers la laïcité et l’accueil des jeunes.

En 1929, il construit la première auberge de jeunesse, L’Épi d’Or, en Essonne. Favorisé par le Front Populaire de 1936 et les tout nouveaux congés payés, les "Pères Aub" se multiplient. L’alpiniste Roger Beaumont et le photographe Pierre Jamet lisent les manuscrits de Prévert en Île-de-France. Le cinéaste François Morenas anime Regain en Vaucluse.

Jean Loiseau, le père de la randonnée

Ancien scout, Jean Loiseau (1896-1982) est architecte-archiviste à la Banque de France de Paris en 1914. Indépendant, il créé son propre univers de la marche, inspiré de l’observation de la nature, lance un journal, un club des Jeunes Éclaireurs, une maison des scouts.

Puis, en 1934, traçant ses propres itinéraires à travers la France, il fonde Les Compagnons Voyageurs, dits C.V., dont il est "Le Patron". Ses nombreux ouvrages sur la randonnée, illustrés avec humour, sont pour la plupart épuisés. Le premier véritable manuel du randonneur pratique apparaît sous le titre de Voyages pour les Jeunes (éd. Susse, 1944). On y parle de "sentiers de tourisme à pied" et de "camping pédestrian".

Dès 1943, Jean Loiseau préconise d’utiliser les sentiers de nos campagnes et, surtout, de les entretenir… Il en détaille toutes les pratiques, indique les circuits de 32 Routes du Marcheur, et propose son projet au puissant Touring-Club-de-France, section Plein-Air… qui l’accepte en 1945.

En 1946, le mot "randonnée" apparaît pour la première fois dans Les Compagnons de la Bonne Humeur, sans pour autant être encore dans le dictionnaire…

Balisage et bénévolat

1947. Le Comité National des Sentiers de Grande Randonnée (CNSGR) est fondé. Les routes du marcheur deviennent les sentiers de Grande Randonnée GR. Une croisade de bénévoles se constitue autour de Raymond Isnardy, Roger Beaumont, Roger Dugourd, Guy Richard, Jean-Claude Nivois et Alain Chevalier. Loiseau préconise un balisage blanc-rouge "pour être mieux vu à la tombée de la nuit et le différencier du rouge des forestiers".

Le premier tronçon du GR3 est inauguré en 1948, suivi des GR5 et GR1. Philippe Lamour et Paul Cabouat balisent les GR7, GR6 et GR4 en Cévennes-Languedoc et GR5.58 en Queyras. Michel Fabrikant, le GR20 en Corse, Marc de Seyssel le TMB sur le Tour du Mont-Blanc et Louis Laborde-Balen le GR10 en Pyrénées-Atlantiques.

C’est l’époque heureuse de l’après-guerre où l’on peut enfin circuler librement en pantalon-golf et chaussures cloutées, où la lourde tente Itisa est dressée sans problème autour d’un feu le soir.

La Fédération européenne du tourisme pédestre est née, les GR figurent sur les cartes IGN. 1970 voit apparaître les premiers gîtes d’étapes et la mise en place d’un tourisme de terroir.

Pendant 40 ans, trois présidents garantirent ainsi la permanence de cette action sur le réseau français : Raymond Siroux, le docteur Bernard Woimant et l’alpiniste Henri Viaux. Ce dernier contribuera fortement à la sauvegarde des sentiers et des petits édifices ruraux.

Ça marche à fond !

En 1978, le CNSGR, reconnu d’utilité publique, devient la Fédération Française de la Randonnée Pédestre (FFRP), ou plus simplement "la Fédé".

Médiatiquement, des noms comme Jacques Lacarrière avec Chemin faisant, mille kilomètres à pied à travers la France d’aujourd’hui (1974) ou Jacques Lanzmann et son best-seller Fou de la Marche (1985), soutiennent la randonnée.

Faisant suite à Informations-Sentiers (1969), la revue Randonnée Magazine est la première du genre à paraître en 1977. L’ouvrage de Pierre Barret et Jean-Noël Gurgand, Priez pour nous à Compostelle, relancera en 1999 les chemins de Compostelle, leur donnant la fabuleuse impulsion que l’on connaît.

Suite aux GR au tracé linéaire balisé en blanc-rouge, apparaissent les GR de Pays en jaune-rouge et les PR en circuit jaune. Une charte du balisage les normalise. "80 000 km de sentiers et 240 GR sont balisés", annonce avantageusement le président Maurice Bruzek lors du 50e anniversaire de la Randonnée, en 1997.

Dix ans plus tard, en 2007, ce seront 180 000 km de sentiers balisés et 200 000 adhérents qui feront la force de la FFRandonnée.

Loin des regrets lus dans un guide de Tourisme de 1913 sur "le voyage à pied qui sera bientôt une chose du passé", la FFRP projette maintenant de numériser l’ensemble des itinéraires de randonnées et leurs cartes sur internet.

Pour en savoir plus

FFRP 2013

- 180 000 km de sentiers balisés, homologués ou labellisé répondant à des critères de qualité ;

- 220 000 adhérents dont 62 % de femmes ;

- 3 450 clubs ;

- 20 000 bénévoles dont 7 000 baliseurs ;

- 90 départements en "éco-veille" respectueux de l’environnement ;

- 320 comités départementaux et régionaux ;

- un magazine, Passion-rando (70 000 ex) et 260 titres de topoguides de randonnée.

Le Ministère des Sports évoque 36 millions de marcheurs, mais il n’y a pas encore de billeterie sur les sentiers…

Fédération Française de la Randonnée Pédestre : 64, rue du Dessous-des-Berges, 75013 Paris. Centre d’Info. Tél. : 01 44 89 93 93.   

Site de la FFRP

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Texte : Anne-Marie Minvielle

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