L'espéranto

Interview de Bruno Robineau

Interview de Bruno Robineau
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Bruno et Maryvonne Robineau ont parcouru la planète pendant huit ans à la découverte du monde rural en vivant avec les paysans. Echangeant leur travail contre gîte et couverts, l'espéranto leur fut bien utile durant leur périple.

Parliez-vous déjà espéranto avant vos huit années de tour du monde ?
Tout ce que je savais au sujet de l'espéranto, c'était qu'il s'agissait d'une langue dite internationale. J'étais agriculteur. Lors d'une foire écologique où je vendais du fromage de chèvre, j'ai repéré une pancarte sur un stand : « Faites le tour du monde avec l'espéranto ». L'idée m'a séduite et j'ai décidé de suivre des cours d'espéranto par correspondance avec ma femme. Ce fut très fructueux : au bout de trois mois, on avait vraiment fait le tour de la langue.

Comment l'espéranto a-t-il débarqué dans votre voyage ?
Un an après le début de notre tour du monde, en Bulgarie. On a voulu s'y remettre, alors on a décidé de suivre un cours intensif de 35 jours, dans une école. Une immersion totale avec neuf heures de cours par jour. On était les deux seuls Français, avec nous il y avait des gens d'un peu partout, surtout de l'est de l'Europe. Et à la fin, on se débrouillait vraiment très bien. Je me souviens du premier roman historique que j'ai lu en espéranto. C'était une première grande expérience : j'avais accès à de la littérature !

Par la suite, comment avez-vous mis en pratique vos connaissances en espéranto ?
Nous avons passé trois mois en Hongrie. En tant qu'ancien agriculteur, je m'intéressais à l'organisation de l'agriculture hongroise. Nous avons rencontré le secrétaire national des coopératives agricoles, un espérantiste avec qui nous avons sympathisé. Il nous a organisé des rencontres un peu partout dans le pays, avec des ingénieurs agronomes, des responsables à différents niveaux agricoles, des agriculteurs. Un circuit dans tout le pays, où il y avait toujours quelqu'un qui parlait espéranto. Ce séjour n'a pu se faire que grâce au fait qu'on parlait espéranto.

Pourquoi ne vous êtes-vous pas contenté d'utiliser l'anglais ?
Je parle couramment l'anglais. Et je me suis rendu compte que même en le parlant bien, il était enrichissant d'avoir accès à un réseau de gens qui parlaient espéranto. Il ne faut pas opposer anglais et espéranto, ça n'a rien à voir. Qu'il s'agisse de l'anglais, de l'arabe ou du japonais, une langue est un prolongement de soi. Ce qui veut dire que quand on a plusieurs langues, eh bien, on a plusieurs possibilités d'accès à différentes cultures. Ceci dit, on ne peut pas apprendre toutes les langues, c'est impossible. J'aime beaucoup l'anglais, mais lorsque l'on parle espéranto, on a accès à des réseaux différents. L'espéranto, on l'a utilisé partout. Grâce aux réseaux d'espérantistes, on sait que n'importe où dans le monde, dans telle ville ou tel village, il y a quelqu'un avec qui on a une langue en commun.

À quel moment l'espéranto a-t-il été le plus intéressant pour votre voyage ?
Nous avons passé neuf mois au Japon. Un séjour, qui, du point de vue du budget était a priori impossible. Je suis entré en contact avec une famille espérantophone japonaise. Et ils nous ont proposé de rester chez eux en échange de cours d'espéranto. Donc on s'est occupé du groupe local d'espéranto, on donnait des cours de conversation, en échange du gîte et du couvert. Et par le biais de l'espéranto, nous avons eu accès à toute la richesse de la culture japonaise traditionnelle : la cérémonie du thé, le théâtre Kabouki…

Vous est-il arrivé de tomber par hasard sur des espérantistes ?
On rencontre en général les espérantistes par différents réseaux comme le « pasporta servo » ou en prenant contact avec les associations d'espéranto de la ville où on va. Quand les gens parlent espéranto, ce n'est bien sûr pas marqué sur leur front. Néanmoins, il m'est arrivé à quatre reprises de rencontrer par hasard des gens qui parlaient espéranto : en Bulgarie, en Hongrie, au Japon et à Hong Kong.

Quel est l'intérêt de l'espéranto dans un voyage ?
L'espéranto donne un plus indéniable, en nous donnant accès à l'intimité des familles. Je voyage pour la rencontre des autres, et je ne conçois pas de voyager de manière strictement touristique. Pendant notre tour du monde, nous avons voyagé en vivant dans les familles ; on a échangé notre travail contre la nourriture et le logement pour quelques semaines ou pour quelques mois. Ce qui est drôlement intéressant par rapport aux autres langues, c'est que ça nous donne accès à différents réseaux, dans lesquels les gens sont prêts à ouvrir leur maison. Avec, toujours, ce principe d'échange.

Aujourd'hui, de retour en France, êtes-vous en lien avec ce réseau de voyageurs espérantistes ?
Je dis souvent en plaisantant que chez nous, c'est l'ONU ! On reçoit des voyageurs du monde entier : Ukraine, Pologne, Chili, Italie, Brésil, Bulgarie. On a constamment des gens, qui parfois ne restent à la maison que deux ou trois jours, parfois trois semaines.

Est-ce que vous conseilleriez aux voyageurs d'apprendre l'espéranto ?
Sans équivoque, c'est important d'apprendre l'espéranto, ça donne un plus, en termes de rencontres intimistes. Mais il est important que les gens se mettent sérieusement à la langue. Si quelqu'un veut utiliser les réseaux de l'espéranto, qu'il fasse d'abord l'effort d'apprendre la langue. C'est infiniment plus facile que n'importe quelle autre langue, mais il faut s'y mettre. L'espéranto ne doit pas être uniquement un prétexte pour profiter des réseaux en se disant « je parle trois ou quatre phrases-types et je me pointe chez quelqu'un ». L'espéranto nous donne accès à une super culture. Beaucoup de choses sont traduites en espéranto. Je suis un grand lecteur, je lis beaucoup sur les autres pays l'importante littérature qui a été traduite en espéranto. On voyage aussi dans son siège, en restant chez soi !

Texte : Leïla Chaibi

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