Russie : dans les rues de Moscou

11 mai 2015

Marquée par l’histoire, à la fois proche et déroutante, l’ancienne cité des Tsars fascine depuis toujours. Moscou vibre du souvenir de ses innombrables artistes, écrivains et musiciens, mais se vit aussi et surtout au présent.
À l’image du pays, elle porte la marque de sa soif de grandeur, de sa volonté de puissance, mais aussi de ses contradictions. Aujourd’hui que les plaies de la Guerre Froide sont ravivées, il ne faut pas oublier que la population russe ne se confond guère avec ses dirigeants.
Entre splendeur historique et effervescence contemporaine, il est temps de (re)découvrir cette très grande capitale. Petit guide en forme de balade à travers les rues et les quartiers incontournables de Moscou.
La Place Rouge et le Kremlin

C’est l’une des places les plus célèbres du monde, l’emblème de Moscou. Cœur historique, spirituel et politique de la Russie, la Place Rouge, édifiée par Ivan II, est le siège des défilés militaires et célébrations officielles… mais fut aussi le lieu privilégié de contestation du pays.
C’est ici qu’eurent lieu les manifestations qui précipitèrent la chute de l’URSS. Ici aussi que Lénine fut enterré : le Mausolée de Lénine attire d’ailleurs de nombreux pèlerins, presque autant que le magasin d’État GOUM, temple de la consommation à l’ère soviétique.
Symbole du pouvoir russe, la forteresse du Kremlin est en réalité une véritable cité dans la ville. Sa première construction date de 1156, avant d’être détruite par les Tatars et reconstruite à plusieurs reprises. En 1485, Ivan III donne l’ordre d’édifier son enceinte emblématique en briques rouges. Surplombant Moscou depuis une colline, ses églises et palais parsemés de fresques et icônes rivalisent de somptuosité.
Située à l’intérieur du Kremlin, la Cathédrale de la Dormition est connue pour son iconostase foisonnante, joyau de la religion orthodoxe. Très impressionnant, le Palais des armures – l’une des plus riches collections d’objets d’art au monde –, mérite également le détour.
Face au Kremlin, l’étincelante Cathédrale Basile-Le-Bienheureux brille de mille feux. Avec ses bulbes polychromes hérissés de pics colorés, elle évoque une église en pain d’épice, surgie d’un conte de fées. Construite par Ivan IV le Terrible en 1552, elle abrite neuf chapelles, surplombées de dômes imposants. D’après la légende, le Tsar aurait fait crever les yeux de ses architectes afin qu’ils ne puissent plus jamais rien construire d’aussi beau…
Au cœur de la capitale : d’Arbat à Kitaï-Gorod

Bordée par l’imposante Bibliothèque d’État (ex-Lénine), chef-d’œuvre d’architecture stalinienne, la rue de l’Arbat est l’une des rues les plus touristiques de Moscou. Autrefois bohème, elle arbore aujourd’hui des airs de cour des miracles avec ses nombreux artistes de rue, diseurs de bonne aventure, bus reconvertis en music-hall et tramways du désir…
L’élégante Maison-musée de Pouchkine, toute en teintes bleu ciel, est nichée dans l’une de ses rues parallèles. Tout droit, on arrive au Ministère des Affaires étrangères, l’un des sept immenses gratte-ciel commandés par Staline, dans le cadre du chantier du Palais des Soviets, demeuré inachevé.
De l’autre côté de l’Arbat, se trouve le quartier de Tverskaya, traversé par la rue éponyme. Uliza Tverskaya fut longtemps considérée comme l’équivalent moscovite des Champs-Élysées. Au n° 21, le Musée d’Histoire contemporaine est dédié à l’Histoire russe, de 1905 à 1980. Ici, on découvre la représentation officielle des années soviétiques : le Goulag et les crimes du régime sont simplement passés sous silence.
Plus loin, on arrive à la Place Teatralnaya, entourée de théâtres, dont le mythique Théâtre du Bolchoï, avec sa façade majestueuse à huit colonnes, dominée par un quadrige d’Apollon. Les plus grands compositeurs, artistes, chanteurs, danseurs et chefs d’orchestre russes ont été acclamés sur sa scène prestigieuse.
En passant devant le bâtiment gris et sinistre de la Loubianka, ex-prison du KGB et siège des services secrets actuels, on arrive jusqu’au quartier le plus ancien de la capitale, Kitaï-Gorod. Dans ses ruelles poussiéreuses, règne une atmosphère chaleureuse. En pénétrant dans ses petites cours ombragées, ceinturées d’arbres en fleurs, on hume le parfum d’un Moscou intemporel.
De musée en musée

Ville où l’intensité créatrice est reine, Moscou est une capitale artistique, aux musées passionnants.
Commençons par la Galerie Tretiakov, l’un des plus grands musées du monde. Elle porte le nom de son principal donateur, Pavel Tretiakov, marchand d’art et mécène passionné, qui légua près de 1 287 toiles et 518 dessins à la ville de Moscou, en 1892. Le musée édifié grâce à son don offre à voir un panorama inoubliable de la peinture russe, du 18e au début du 20e siècle.
On y découvre des portraits édifiants, des toiles à la profondeur pénétrante, représentant les gouffres de l’existence russe à l’époque du servage… Sans oublier les salles consacrées à l’art russe ancien, avec de nombreuses icônes héritées du Moyen Âge, dont la célébrissime Trinité d’Andreï Roublev.
Premier musée consacré à l’art international, le Musée des Beaux-Arts Pouchkine abrite les œuvres des plus grands peintres occidentaux. L’éblouissement semble à son comble lorsque l’on arpente les salles de la galerie d’Art européen du musée Pouchkine, avec sa superbe collection d’art impressionniste.
Siège des avant-gardes, la Nouvelle Galerie Tretiakov prend le relais au début du 20e siècle. Ici, on assiste à la transformation de l’art russe : les formes et les couleurs se brouillent, sous l’impulsion de coups de pinceaux toujours plus incontrôlables…
Au menu : des toiles de Kandinsky, de Chagall ainsi que de nombreux très bons peintres russes moins connus, suivies d’un tour d’horizon des révolutions cubistes, futuristes, constructivistes… Jusqu’à la débâcle du réalisme soviétique, qui plonge la ferveur artistique russe dans les ténèbres pendant plus de 50 ans.
Le long de la Moskova

La Moskova, affluent de la Volga, s’enroule autour de la capitale en une boucle serpentine. Au sud du Kremlin, elle est dominée par la majestueuse Cathédrale du Christ-Sauveur, l’emblème russe de la spiritualité chrétienne. Détruite à l’explosif par Staline en 1931, elle fut reconstruite à l’identique dans une opération record, pour célébrer le 850e anniversaire de Moscou en 1997. C’est ici que les Pussy Riot ont fait leur performance contre le régime de Poutine.
L’ancienne chocolaterie Octobre rouge s’élève juste de l’autre côté du Pont des patriarches. Sous ses airs d’usine désaffectée aux briques rouges écarlates, elle est aujourd’hui un complexe ultra branché, très apprécié de la jeunesse dorée russe.
Plus loin sur les berges, on parvient à l’entrée de l’immense Parc Gorki. Connu pour son parc d’attractions à l’époque soviétique, il a été entièrement réaménagé. Balades en pédalo sur l’étang, cours de yoga proposés par le tout nouveau centre d’art contemporain Garage… Les activités ne manquent pas.
Juste au bord des rives, la surprenante forêt sauvage de Neskuchniy Sad conduit jusqu’au panorama le plus impressionnant de la capitale : l’esplanade de l’Université de Moscou. Point culminant de la ville, cette construction stalinienne exprime la hiérarchie des savoirs par une ascension architecturale en forme de flèche – surmontée d’une étoile rouge, bien sûr.
Au retour, une pause méditation au Monastère de Novodievitchi s’impose. Une atmosphère paisible s’exhale de ses hautes murailles de briques rouges, couronnées de bulbes dorés. La beauté et l’harmonie de son architecture permettent de jouir d’une sérénité absolue.
Descente dans le métro de Moscou

Conçu par Staline dans les années 1930, le métro moscovite est enfoui à plus de 70 m de profondeur, auxquels on accède par des escalators vertigineux. Il fut édifié par près de 10 000 travailleurs, qui gravèrent ainsi le rêve communiste dans la pierre.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, les femmes et les enfants furent appelés à se réfugier dans ce nouvel abri antiaérien dès les premières attaques des allemands. Ce véritable monde souterrain a inspiré le roman post-apocalyptique Métro 2033 de Dmitri Gloukhovski.
Ode à l’école néoclassique, le métro moscovite nous plonge dans un dédale de galeries prestigieuses, couloirs en marbres et lustres hautains, le tout parsemé de gravures et statues, en l’honneur de la révolution ouvrière.
Tout au centre, la station Plochad Revolyoutsii s’ouvre sur une galerie de 76 sculptures de bronze, représentant le peuple lors de la révolution : ouvriers, soldats, paysans sont incarnés avec un réalisme impressionnant. De là, un passage mène directement vers Teatralnaya, ornée de personnages de porcelaine vêtus de costumes traditionnels, à l’image de sept républiques soviétiques.
Non loin, la station Maïakovskaya, en l’honneur du grand peintre et poète Vladimir Maïakovski, a remporté le grand prix de l’Exposition universelle de 1938 avec ses plafonds constellés de mosaïques.
Sur la ligne circulaire, la prestigieuse Komsomolskaya, en hommage aux jeunesses communistes, impressionne avec ses panneaux de mosaïque de style byzantin, à l’effigie des héros militaires russes. Et enfin, la plus belle de toutes, Kievskaya avait été conçue comme emblème de l’amitié des peuples russes et ukrainiens. On en a froid dans le dos aujourd’hui…
Moskva by night

Plus belles que les jours, la réputation des nuits moscovites n’est plus à faire. Depuis la chute du régime communiste, l’industrie de la nuit a multiplié ses efforts pour offrir une vie nocturne de très bonne qualité.
Les concepts de lieux créatifs, à la programmation exigeante et à la déco déboussolante sont désormais légion dans la capitale russe. Bon à savoir : la plupart des clubs sont aussi des bars et restaurants, qui se transforment en pistes de danse à la tombée de la nuit.
De nombreux lieux branchés ont élu domicile dans le quartier de Kitaï-Gorod. On commence par prendre un verre dans le grand jardin arboré de l’Art-Garbage Zapasnik, à l’entrée jonchée de sculptures intrigantes. Le lieu accueille régulièrement de bons concerts de pop-rock.
Juste à côté, le club The Chinese Pilot Jao-Da (Kitaïskiy Letchik Jao-Da, en russe) est une institution incontournable depuis quinze ans. Manu Chao, Emir Kusturica et bien d’autres se sont produits dans cette cave, aux allures de vieux cargo. Ses murs sont tapissés de cartes et de fiches retraçant la trajectoire du fameux pilote… Une aile de son avion a d’ailleurs échoué sur le comptoir du bar !
À quelques rues de là, les technophiles ne manqueront pas de tomber amoureux du Propaganda, l’un des clubs cultes de Moscou. Les murs sont ornés de tableaux à bas-reliefs : imitations de vitraux et gravures de scènes quotidiennes soviétiques tranchent avec le décor en rambarde, façon matériel de chantier. Dès minuit, on envoie les tables et chaises valser, au rythme de beats électro de plus en plus percussifs…
Les grands noms de la techno et de la house, souvent venus de Berlin, Rotterdam ou d’ailleurs se produisent ici. Un lieu chaleureux et gay-friendly, connu pour ses soirées endiablées !
Fiche pratique

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Comment y aller ?
Vols directs quotidiens Paris-CDG–Moscou avec Aeroflot et Air France.
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Où dormir ?
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Que manger ?
Impossible de passer du temps à Moscou sans goûter les pelmeni, les raviolis locaux, les blinis, petites crêpes fourrées à la viande, au fromage ou aux fruits, le bortsch, la célèbre soupe à la betterave ou encore les cornichons marinés Malossol, arrosés de vodka. Et bien sûr, l’Ikra, le légendaire caviar russe, qui coûte trois fois rien ici.
Le midi, de nombreux restaurants proposent des Business-Lunchs : des menus complets sont alors proposés pour moins de 10 €.
Plusieurs chaînes permettent de découvrir la cuisine du Caucase à des prix avantageux : on conseille surtout les restaurants ouzbeks « Chech-bech » et leurs fameux buffets, le midi.
On profitera également d’un séjour à Moscou pour se régaler avec l’excellente cuisine géorgienne : chachliks (brochettes de bœuf ou d’agneau), xhinkali (raviolis fondants à la viande), khachapuri (feuilletés au fromage), le tout agrémenté de vins rouges délicieux.
Comment se déplacer ?
En métro, pardi ! 300 km de métro, 180 stations, le tout à près de 100 m de profondeur… Le réseau est divisé en 11 lignes, dont l’une est circulaire et fait le tour du premier anneau, l’équivalent de la petite couronne à Paris. Depuis peu, les noms des lignes sont aussi indiqués en caractères latins… un soulagement pour tous ceux qui désespèrent de pouvoir déchiffrer le cyrillique !
Adresses coups de cœur
- Chinese Pilot Jao Da : Loubianski Proezd, 25/12, à Kitaï-Gorod. Un haut lieu de la jeunesse moscovite bohème. Resto type brasserie, bars, concerts. Très sympa.
- Café Pouchkine : Tverskoï boulvar, 26A, quartier Tverskaya. Pour prendre un chocolat dans un cadre somptueux.
- Club-Restaurant CDL : ul. Povarskaya, 50. Le célèbre resto de la maison des Écrivains, évoqué par Boulgakov dans Le Maître et Marguerite. Un lieu remarquable, dans le style barocco-gothique.
- Guenatzvali : ul.Ostojenk, 14/2. Une bonne adresse pour goûter à la cuisine géorgienne.
- Propaganda : Bolchoï Zlatounstinskyi, per. 7. Le temple de la musique techno et électro à Moscou.
Insolite :
Le Buro Nakhodok, littéralement Bureau des objets trouvés, est une vraie petite caverne d’Ali Baba. Idéal pour vos cadeaux, on y trouve des objets bricolés, rafistolés, intelligents, émouvants, pour tous les goûts… Et la plus grande collection de Chebourachkas du pays : cet animal indéfinissable, mélange improbable entre Mickey-Mouse et koala en peluche, la star des dessins animés soviétiques !
Psst... En plus, il y a un cadeau à l'inscription à nos newsletters !
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