Pérou, Bolivie : à fleur de coca

Pérou, Bolivie : à fleur de coca
Los Viajes del Cangrejo - Flickr - CC BY 2.0

Zoom sur la coca, feuille sacrée des Incas, consommée quotidiennement par les Andins, mais interdite ailleurs. Effets, utilisation et même géopolitique : voici tout ce qu’il faut savoir sur la coca.

Coca : une plante stupéfiante

L'arbuste de coca pousse dans les Andes de 500 à 2 000 m d'altitude. Ses feuilles (Erythroxylum coca pour les collectionneurs de noms savants) portent en elles 14 alcaloïdes aux vertus pharmacologiques exceptionnelles : de la papaïne (digestion) à l'atropine (puissant réhydratant) et de la coniine (anesthésique local) à la globuline (cardiotonique parfait contre le mal de l'altitude). On l’utilise pour lutter contre le mal aigu des montagnes (MAM) ou soroche en quechua, que les routards croiseront sur les routes andines.

Certes, les rois du tube à essai et de l'alambic tirent aussi de la coca la trop fameuse cocaïne. Désormais sévèrement interdite, cette poudre blanche fut pourtant en vogue au 19e s., lorsque artistes et créateurs en (ab)usaient pour taquiner l'inspiration... Dépendance, dépravation physique et psychologique à la clef !

Plus anecdotique, le vin Mariani (décoction de coca dans du bordeaux), aujourd'hui oublié, fit un tabac dès 1863 dans les sphères mondaines, recevant même une médaille du pape Léon XIII, avant d'inspirer quelques copies, dont le fameux Coca-Cola.

Un phénomène de société

La tradition précolombienne porte depuis 5 000 ans l'usage de celle que les Indiens nomment Mama Inala, ou Mama Coca. Ses vertus énergisantes lui confèrent un caractère quasi sacré.

Les Espagnols, confrontés au phénomène, crièrent d'abord à l'infamie : plante du diable, pratiques immorales... et puis, à la réflexion, la très catholique Inquisition mit un peu de maté de coca dans son vin de messe. Après tout, cette feuille permettait de soumettre les Indiens à des labeurs harassants : travailler plus pour produire plus (presque un slogan électoral !).

Aujourd'hui, au Pérou comme en Bolivie, on chique toujours de la coca au quotidien, comme on boit du café dans les sociétés occidentales. Les marchés alignent des sacs entiers de cette petite feuille verte. Au supermarché, sachets de maté (infusion) de coca et camomille font bon ménage. Même dans le nord-ouest argentin, où subsistent bien peu d'Indiens, la coca est autorisée à la vente et à la consommation (mais sa culture reste interdite).

Les États-Unis, peinant à endiguer le trafic de drogue sur leur territoire, font pression de toute leur puissance pour éradiquer la culture de la coca. Sauf celle destinée à la fabrication de leur cola préféré... Business is business !

Pérou et Bolivie bravent ces injonctions (le condor contre l'aigle). Certes, les cocaleros, lobbyistes de la culture de coca, au premier rang desquels le président bolivien Evo Moralès, sont puissants ici.

La coca reste chez elle !

In situ, un petit mâchouillis (acullico) de feuilles de coca vous soulagera des affres d'une crise de soroche. Un rien dégueu, mais efficace. Pas de panique, vous ne verrez ni lama bleu ni éléphant rose !

Dès le petit déjeuner, le maté de coca, s'invitera à votre table. Assez goûteux si on  laisse suffisamment infuser les feuilles...

De retour... dur de ramener à belle-maman un dérivé de coca pour euphoriser l'atmosphère. Car, conformément à l’arrêté du 22 février 1990 fixant la liste des substances classées comme stupéfiants (J.O. du 07/06/1990), l’importation en France et dans l’Union Européenne de feuilles de coca ou de quelconque préparation ou produit contenant cette substance est formellement INTERDITE.

Foin des palabres de forums et des commerçants locaux prétendant tel ou tel produit autorisé, évitez les ennuis : ne rapportez ni feuilles, ni farine, ni maté de coca, ou autres bonbons et chocolats aromatisés. Les douaniers ne trouvent pas cela cocasse ! Amende, voire peine de prison vous guettent si vous vous faites pincer, et l'épisode sera inscrit à votre casier judiciaire.

Quant aux internautes commandant par correspondance du maté et autres dérivés de la coca, ça se finit souvent par la confiscation des produits, une descente des stups à la maison, voire le tribunal... Optez pour l'infusion de thym, c'est plein de vertus et pas interdit !

Pour en savoir plus

- Museo de la coca à Cuzco : calle Palacio, 122 (tlj ; gratuit le dimanche).

- Marchés typiques : Pérou, Cuzco (tlj), Arequipa (tlj), Juli (lac Titicaca ; mercredi et dimanche) ; Bolivie : Copacabana (tlj).

- ENACO : compagnie officielle de valorisation de la coca au Pérou.  

- Le(s) point(s) de vue des aficionados de la coca

Texte : Fabrice Doumergue

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