Voyage au Bhoutan, le royaume du dragon

Voyage au Bhoutan, le royaume du dragon
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Le Bhoutan, un pays encore mystérieux qui fait rêver bien des voyageurs… De dzongs en temples, entre vallées grandioses et majestueux sommets de l’Himalaya, ce carnet de voyage lève le voile sur cette contrée méconnue, résolument à l’écart des flux touristiques.

Une belle invitation au voyage dans le fascinant « royaume du dragon »...

Un royaume très (p)réservé

Un royaume très (p)réservé
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Son nom préfigure déjà un voyage dans le temps : niché au cœur de l’Himalaya, à l’abri de ses remparts montagneux et nébuleux, le royaume du Bhoutan fait figure d’exception historique, politique et culturelle entre les rouleaux compresseurs chinois et indien.

Modelé par le bouddhisme mahayana à partir du 8e siècle, largement influencé par le grand Tibet voisin, le Bhoutan ne fut longtemps constitué que d’une collection disparate de mini-royaumes repliés sur leurs vallées. Unifié une première fois au 17e siècle par un moine tibétain, puis une seconde fois en 1907 par l’actuelle dynastie régnante des Wangchuck, il resta longtemps à l’abri des influences extérieures – avant de décider, timidement, de s’ouvrir au tourisme en 1974.

Le mouvement s’est pas mal accéléré depuis le début des années 2000, mais le Bhoutan continue de miser sur un tourisme à la fois très contrôlé et très… rémunérateur. Chaque visiteur reste en effet soumis à un forfait minimum quotidien de 250 US$. L’État espère ainsi permettre au pays de vivre et conserver son quant-à-soi, résumé par la formule magique du Bonheur Intérieur Brut.

Paro en piqué

Paro en piqué
Aéroport de Paro © Betty Sederquist - stock.adobe.com

Parti de Delhi une heure et demie plus tôt, l’avion survole maintenant un tapis de nuages denses, veloutés, d’apparence presque solide. De cet océan, quatre phares émergent côté gauche de la cabine. Quatre des cinq plus hauts sommets de la planète : le Kanchenjunga (8 586 m) au premier plan et, en toile de fond, le Makalu (8 485 m), le Lhotse (8 516 m) et l’Everest (8 848 m). Sacré quatuor.

Dix minutes encore et l’appareil de Drukair (« Air Dragon ») entame sa descente par un long virage à 180° sur l’aile gauche : il s’agit de se positionner dans l’axe sinueux de la vallée de Paro. Des montagnes entièrement nappées de pins se dressent à gauche. À droite. Et devant, aussi, un peu…

Le passage est étroit et l’A319, perdant rapidement de l’altitude, est contraint de suivre les méandres de la Paro river. Par le hublot se découpent, toujours plus proches, des pans de falaises, des maisons éparses généralement surmontées d’une sorte de toit-pagode et, finalement, un patchwork de rizières en damier entre brun et vert tendre. Virage à gauche, dernier virage à droite et la piste est là. Atterrissage.

Est-ce un premier temple ? Non, rien d’autre que l’aéroport, avec ses longs bâtiments chaulés enchâssés de fenêtres et balcons en bois peint de motifs traditionnels. Bienvenue au Bhoutan.

Devant le terminal, les guides assermentés attendent leurs clients tout juste débarqués. C’est parti pour une première approche d’un pays vraiment pas comme les autres.

Un dzong par vallée

Un dzong par vallée
Rinpung Dzong © wanchanta - stock.adobe.com

Malgré les gros 4x4 rangés en bataille, l’impression de voyager dans le temps débute immédiatement. Au Bhoutan, le respect de la tradition n’est pas un vain mot. La Constitution impose le port du costume traditionnel aux guides, chauffeurs pour touristes, professeurs des écoles et employés de l’administration de 9 h à 17 h ! Kira (jupe) et wonju (chemisier) pour les femmes – généralement en soie – gho (sorte de kimono) pour les hommes, complété par de hautes chaussettes.

À moins de 5 min de l’aéroport, la plongée vers le passé s’approfondit. Dominant la vallée de son tertre, un gigantesque édifice rappelant le mythique Potala tibétain tient la dragée haute à la ville : c’est le dzong de Paro, son monastère-forteresse, rebâti en 1646 sur un modèle décliné dans chacun des 18 anciens royaumes-vallées – qui, réunis en ce 17e siècle, donnèrent naissance au Bhoutan.

Côté haut, une porte massive griffée de dragons dorés s’ouvre sur un corridor veillé d’un côté par les quatre gardiens des quatre directions et, de l’autre, par les sympathiques Four Friends : un oiseau sur un lapin sur un singe sur un éléphant, symboles de coopération et d’entraide.

Au fond de la cour bardée de bois, dans la salle du temple principal, de jeunes moines drapés de rouge scandent leurs mantras en se balançant d’avant en arrière. L’un s’endort à demi, un autre réceptionne discrètement une noix de bétel qu’il s’empresse de mettre en bouche. Des tentures jaunes couvrent les murs et des bannières multicolores pendent du plafond.

Un pays de temples

Un pays de temples
Kyichu Lhakhang © lcchew - stock.adobe.com

Centre névralgique du Bhoutan, Paro aligne une rue principale et deux parallèles, bordées des mêmes bâtisses blanches aux fenêtres de bois sculpté et peint. Ajoutez un square dominé par une brochette de gros moulins à prière et un mini-marché qui fait la part belle aux piments. Et voilà.

À quelques kilomètres, le Kyichu Lhakhang, entouré de rizières, fait remonter l’horloge jusqu’au 7e siècle. Il serait, affirme la légende, l’un des 108 temples (chiffre sacré !) bâtis en une nuit par un monarque tibétain, pour imposer sa domination à une ogresse qui barrait l’Himalaya de son corps… Il se dresserait sur sa cheville gauche, tandis que le Potala de Lhassa serait bâti sur son cœur.

Bercée par un carillon éolien, la courette aux quatre mandariniers et plantes en pots est adorable. Des lions des montagnes à la langue fourchue y tournent le dos à de délicats dragons dorés. À l’intérieur, le roi tibétain statufié tient une compagnie respectueuse au Bouddha de la compassion. Dans le sanctuaire principal, visible par une lucarne, le Bouddha du Futur gouverne à une cour de bodhisattvas – en chemin vers l’Éveil.

Sur la berge opposée de la Paro Chhu, le Dungtse Lhakhang (15e s) prend la forme très inhabituelle d’un chorten (stupa). Plongé dans le noir, on y pénètre à la torche, découvrant une ronde infinie de fresques sur trois étages reliés par des échelles de bois. Ici sont représentés bien des bouddhas, les protectrice et destructrice Mahakala et Mahakali et le bâtisseur du temple, un moine-ferronnier tibétain.

Thimphu, une capitale sans feu ni fard

Thimphu, une capitale sans feu ni fard
Thimphu © kennyphoto - Fotolia

En 2011, fort du récent saut dans la modernité du Bhoutan, la municipalité de Thimphu innove et place un feu de circulation au centre-ville. La réaction ne se fait pas attendre : une vraie rébellion. Un feu ? Et puis quoi encore. Dès le lendemain, les autorités cèdent et rendent leur « cop in the box » aux habitants. Il est toujours là, en uniforme impeccable avec guêtres et gants blancs, posté dans sa guérite peinte au carrefour de Norzin Lam et Hogdzin Lam, jouant sa chorégraphie avec la grâce d’une ballerine maoïste.

À 50 m de là, la Clock Tower, aux airs de comtoise himalayenne, égrène les heures sur une place trop grande pour elle, où les gosses jouent au foot et les amoureux se donnent rendez-vous. Pour aller où ? Pas bien loin.

En remontant l’avenue, le Big Chorten se détache : plus récent qu’il n’en a l’air (1974), ce gros stupa à la mode tibétaine est coiffé d’une flèche annelée dorée et de portiques assortis. Des petits vieux descendus de leurs montagnes en font inlassablement le tour, psalmodiant avec application – le ton compte pour gagner ses bons points. Certains s’installent même entre les cinq colossaux moulins à prières dorés, gravés de l’incontournable Om Mani Padme Hum, le mantra de la grande compassion.

De là, on dévale la rue jusqu’aux berges de la rivière Wang et l’Archery Ground. Sport national bhoutanais, le tir à l’arc se pratique ici, traditionnellement, avec un arc et des flèches en bambou. Le défi n’est pas mince : la cible est située à 140 m de distance, deux fois la distance olympique !

À l’ombre du Grand Bouddha

À l’ombre du Grand Bouddha
Bouddha Dordenma © ipekmorel - stock.adobe.com

Il est assis sur la montagne comme l’empereur des âmes de tout un pays. Inauguré en 2015 après une décennie de travaux (pas tout à fait achevés), le Bouddha Dordenma dresse ses 59 m (socle inclus) dans un hiératisme mâtiné de douceur. En bronze doré, le colosse, financé à 50 % par un riche couple de Singapouriens, répond à une très ancienne prophétie, qui annonçait sa venue.

Sous l’auguste postérieur de ce Shakyamuni (le Bouddha de la Compassion), le temple aligne dans ses vitrines 125 000 Bouddhas de 20,32 et 30,48 cm (8 et 12 inches), tous scrupuleusement identiques. Au centre, on se prosterne face à un Bouddha aux quatre faces. Le rance parfume l’espace : un jour sur deux, on lui offre du lait et des gâteaux rituels décorés de beurre coloré.

À l’autre bout de la capitale, Trashi Chhoe Dzong, le monastère-forteresse de Thimphu (1641), siège de la nation, voit cohabiter quelque 200 moines et de nombreux fonctionnaires. Le je khempo, l’autorité spirituelle supérieure du pays, y réside l’été, partageant l’espace avec les bureaux royaux, les ministères de l’Intérieur et des Finances. Pas de séparation de l’Église et de l’État au Bhoutan ! Le roi habite juste en contrebas, dans un modeste palais de 5 ou 6 pièces entouré d’un écrin de verdure.

Brièvement accessible après les heures de bureau, le dzong, plus colossal encore que celui de Paro, semble bâti pour un géant. S’il regroupe plus d’une trentaine de sanctuaires, un seul est accessible aux visiteurs. Un temple où trois trônes doré et rouge s’alignent au pied d’un monumental Shakyamuni.

Le phallus à l’honneur

Le phallus à l’honneur
Col de Dochula © David Jallaud - stock.adobe.com

Passant le vénérable monastère de Simtokha, le premier des dzongs bâtis après l’unification du pays (1629), la route de Punakha se contorsionne au gré d’un long enchaînement de virages et d’épingles à cheveux. Quelques villages épars se détachent, entourés de forêt et de terrasses où fleurissent les pommiers.

À 3 150 m, le col de Dochula s’annonce par une petite armée de 108 chortens coiffés de lourdes lauzes. En toile de fond, par beau temps : un panorama imprenable sur l’arc himalayen, dominé par les blancheurs de la bien-nommée Table Mountain (7 094 m) et le Gangkar Puensum, le point culminant du pays (7 570 m) et plus haut sommet vierge de la planète (l’alpinisme est ici interdit).

La descente est plus longue encore que la montée. Direction la basse vallée de la rivière Punatshang (1 300 m) bénéficiant, au cœur même du Bhoutan, d’un climat plus clément. Autour de Sopsokha, les terrasses se couvrent alternativement de rizières (été) et de blé (hiver) – battus au fléau.

Cheminant à travers champ, on rejoint le modeste Chimi Lhakhang, un temple attaché au souvenir du « Divine Madman » (1455-1570), un moine rendu célèbre par sa manière fort peu orthodoxe de diffuser les enseignements du Bouddha… par ses ébats sexuels et la boisson ! Les femmes infécondes s’y rendent pleines d’espoir, récitant des mantras face à sa statue à fine moustache, un énorme sexe en bois dans les mains… Le culte du phallus, assimilé à une protection contre les esprits malins, s’est depuis étendu aux façades des maisons du village et de toute la région centrale du Bhoutan.

Punakha, capitale religieuse

Punakha, capitale religieuse
Dzong de Punakha © Christian - Fotolia

Un long pont suspendu bardé de drapeaux de prière traverse la rivière, débouchant sur un chemin glissant entre les pruches et les cyprès. Après 30 min de marche, le chorten Khamsun Yulley Namgyal, griffé sur un replat au long d’une crête, est atteint. En contrebas, une cascade de champs en terrasses déferlant vers le cours d’eau redessine l’entonnoir de la vallée.

Nichée en son creux, en aval, la petite ville de Punakha est à la fois la capitale historique du royaume (elle conserva ce titre jusqu’en 1955) et le lieu de couronnement de ses monarques.

Le colossal dzong de Punakha, « le palais du grand bonheur », résidence hivernale du je khempo et de quelque 230 moines, s’y implante au confluent du Mo Chhu et du Pho Chhu, les rivières « mâle » et « femelle » – lieu bénéfique et site d’une victoire bhoutanaise sur les troupes tibétaines.

Classé sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’Unesco, le monastère-forteresse s’annonce, à la fin du printemps, par l’explosion violette des jacarandas plantés au pied de ses hautes murailles. On les atteint en franchissant un pont couvert en bois, puis en grimpant un escalier fort raide.

Dans ce quadrilatère de 180 m x 72 m, s’organisent trois cours, la première veillée par un stupa et son figuier des pagodes. L’utse (tour) centrale culmine à plus de 100 m ! Au fond, le grand temple conserve les reliques vénérées, dont le corps momifié de Shapdrung Ngawang Namgyal, l’unificateur du Bhoutan. Les moines s’y alignent esthétiquement sur leurs estrades, entre ses colonnes sculptées dorées, leurs voix d’outre-tombe résonnant entre le chant des clochettes et le gong des cymbales.

Le monastère du Nid du Tigre

Le monastère du Nid du Tigre
Monastère du Nid du Tigre © kardd - Fotolia

Retour à la case départ. S’il se trouve près de Paro, c’est en général à la fin du voyage que l’on visite le monastère du Nid du Tigre (ou Taktsang), le plus spectaculaire du pays, datant de 1694.

Le site, affirment les légendes – intimement liées à la psyché bhoutanaise –, est attaché au très vénéré Padmasambhava, alias Guru Rinpoché, qui diffusa le bouddhisme au Tibet et au Bhoutan au 8e siècle. Le saint homme ne vint pas par l’opération du Saint-Esprit, mais à dos de tigresse volante ! Il y passa 3 ans, 3 mois, 3 semaines, 3 jours et 3 heures reclus dans une grotte jusqu’à en chasser les démons.

Atteindre Taktsang, perché à 2 950 m sur le flanc d’une falaise, 800 m au-dessus de la vallée de Paro, n’est pas de tout repos. Visiteurs indiens et chinois s’en remettent en général aux mules et mulets. Pour éviter leur lente procession jusqu’à mi-parcours, deux raidillons se hissent majestueusement entre les pins et les rhododendrons géants, couverts de fleurs en avril. De loin en loin, des tsatsa en argile, des sortes d’ex-voto en forme de petits stupas, reposent sous des auvents rocheux.

Le monastère du Nid du Tigre regroupe quatre petits temples semi-rupestres superposés. Le principal, en bas, a échappé au grand incendie de 1998, déclenché par une lampe à beurre renversée par un rat. Le 10e jour du 10e mois lunaire, sa porte en bronze doré s’ouvre sur la très sainte grotte où médita gourou Rinpoché, en présence du maître de la métaphysique bouddhiste. Un instant très attendu.

Fiche pratique

Consulter notre guide en ligne Bhoutan

Site du tourisme au Bhoutan

Comment y aller ?

Rejoindre le Bhoutan demande du temps. Seules deux compagnies desservent Paro, la nationale Drukair et la privée Bhutan Airlines. Toutes deux assurent des liaisons avec Delhi, Calcutta, Katmandou et Bangkok, Drukair y ajoutant Bombay, Dacca, Singapour et quelques villes du nord de l’Inde (Assam). Il vous faudra donc obligatoirement transiter par là pour rejoindre le pays – en prévoyant une bonne marge, vu la propension des vols à être retardés ou décalés, notamment en raison des conditions météo. Dans tous les cas de figure, vous ne pourrez acheter votre billet qu’une fois le visa confirmé.

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Climat

On distingue deux saisons principales : sèche et froide en hiver, humide et chaude en été. La mousson s’abat principalement de juin à août, pour se terminer en septembre. La meilleure période pour visiter le pays s’étend entre fin mars et mi-mai, et en octobre et novembre.

Formalités

Le Bhoutan ne peut être visité qu’en passant par une agence de voyages assermentée, bhoutanaise ou étrangère, qui organisera votre séjour et obtiendra le visa pour vous (45 US$). Un forfait quotidien minimum de 250 US$ par personne a été fixé par le gouvernement : il comprend une taxe journalière de 65 US$, le transport (4x4 ou minibus), le guide et le chauffeur, l’hébergement, tous les repas (sauf les boissons) et les entrées des musées. Une fois votre programme sur mesure établi, l’agence vous fera parvenir les papiers vous permettant d’obtenir le visa à l’arrivée (prépayé).

Hébergement

Le forfait quotidien journalier comprend un hébergement en hôtel 3 étoiles ; il existe également quelques 4 et 5 étoiles (à Paro et Thimphu surtout) mais, dans ce cas, un supplément est demandé. Alternativement, on peut choisir de séjourner dans une famille (homestay), une expérience très enrichissante, mais n’espérez pas obtenir une réduction pour autant ! Les trekkeurs seront accompagnés par guide, porteurs et muletiers et camperont dans des campements désignés (le tarif est le même).

Cuisine

La cuisine bhoutanaise est sans doute la plus épicée au monde ! Les Bhoutanais adorent les piments, notamment sous forme d’ema datschi, le plat national, mêlant piments entiers émincés et fromage. Ça piiiique ! Les repas compris dans les forfaits sont en général prévus pour complaire aux papilles occidentales : il s’agit le plus souvent de buffets, très corrects mais au choix limité.

Texte : Claude Hervé-Bazin

Mise en ligne :

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