République tchèque : la Moravie baroque

République tchèque : la Moravie baroque
Telč © Marie Borgers

Pour prendre la juste mesure des richesses de la République tchèque, portons le regard au-delà des clochers de Prague, vers les trésors baroques de la Moravie.

Entre Telč et Kroměříž, les paysages moraves sont dominés par des champs agricoles aux nuances de vert. Les prairies sont interrompues par des collines boisées, et quelques rivières serpentent dans des vallées entrecoupées de lacs et d’étangs.

Des routes bordées d’arbres rallient de vertes campagnes où l’architecture baroque a pris ses quartiers. À l’horizon émergent les clochers à bulbes des églises, monastères, châteaux et palais baroques.

Un héritage d’exception, qui donne au paysage tchèque sa force de caractère.

Au château de Žďár nad Sázavou

Au château de Žďár nad Sázavou
Château Žďár nad Sázavou © Marie Borgers

Comme souvent dans ces contrées, l’histoire se joue en lisière de forêt. À la frontière de la Bohême et de la Moravie, à la confluence de la Sázava et d’un ruisseau, des moines ont déboisé la forêt pour bâtir au 13e siècle un monastère cistercien voué à devenir un centre monastique d’envergure.

Depuis le bourg homonyme, à 100 km au sud-est de Prague, on accède au site de Žďár nad Sázavou par un pont de pierre bordé de statues baroques. Un étang sépare le château du mont Zelená hora, sur lequel se dresse l’église Saint-Jean-de-Népomucène.

Les bâtiments conventuels ont été reconvertis en château avec dépendances et  redécorés dans un style baroque par Jan Blažej Santini-Aichel. Cet architecte tchèque est considéré comme le fondateur du gothique baroque, une spécificité tchèque, synthèse des deux styles. Le site est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco.

Les lieux sont d’une grande sérénité, à la lisière d’une forêt de sapins, de hêtres et d’épicéas. Sur ces terres hantées par l’eau, les moines cisterciens ont construit un étang, un barrage et des incubateurs de poissons.

En introduction à la visite, le musée de la Nouvelle Génération évoque l’implantation du site, ses vocations de monastère puis de château, et la vie monastique. Plusieurs styles d’architecture ont ici prévalu, du dénuement cistercien aux ornements baroques.

Pour prendre la mesure du style gothique baroque, direction l’église de l’Assomption de la Vierge Marie, l’une des plus grandes de Moravie. Dans une surenchère d’ornements, la chapelle attenante à l’autel est un vestige du monastère cistercien. Elle est couverte de fresques murales du 15e siècle, la seule décoration alors autorisée. Autre détail étonnant : l’orgue est posé sur une voûte.

Sur le parvis de l’église, la façade ocre de la prélature est l’une des plus belles devantures baroques de Žďár nad Sázavou. Dans la salle à l’étage, la superbe fresque baroque du plafond fourmille de détails, de références religieuses et culturelles. (Visite guidée seulement.) Enfin, l’exposition permanente de la « galerie baroque » est dédiée à l’art baroque en République tchèque et en Europe, qu’elle présente avec tableaux et maquettes. (Visite guidée seulement.)

L’église Saint-Jean-de-Népomucène à Žďár nad Sázavou

L’église Saint-Jean-de-Népomucène à Žďár nad Sázavou
Église Saint-Jean-de-Népomucène © Marie Borgers

La merveille de Žďár nad Sázavou n’est autre que l’église Saint-Jean-de-Népomucène, le plus grand lieu de pèlerinage dédié au saint tchèque originaire de Žďár. En surplomb de l’étang, elle s’élève en amont du château, sur le mont Zelená hora (« Montagne Verte »). On atteint le sanctuaire par une volée d’escaliers en ligne droite, encadrée par un alignement d’arbres. La topographie du site suggère deux théâtres de la Bible : le mont Sinaï, et la montagne sur laquelle se déroula l’épisode du sacrifice d’Isaac.

Construit au 18e siècle à la mémoire du nouveau saint tchèque, le sanctuaire est traversé par deux styles : gothique et baroque. L’église est considérée comme l’apogée de l’œuvre de Jan Santini-Aichel, et un chef-d’œuvre majeur du gothique baroque. Ce style reprend la morphologie gothique et y appose une décoration baroque.

Construite à la gloire du nouveau saint, l’église avait pour vocation d’en être le reliquaire. Surprenant : au sommet de la coupole baignée de lumière, une langue évoque une relique retrouvée peu avant la canonisation.

Le plan de l’église et sa décoration intérieure sont d’une grande force symbolique. Les plans ont même été dessinés selon des principes kabbalistiques. Le site est ainsi construit autour de la symbolique du chiffre cinq. L’église présente ainsi la particularité d’être construite selon un plan en étoile à 5 branches. Le déambulatoire circulaire dessert 5 chapelles, autant d’autels et de portes d’entrée.

Mais pourquoi ce chiffre ? Une légende raconte qu’au 14e siècle, le prédicateur Jean Népomucène, fut jeté dans la Vltava à la demande du roi Venceslas IV de Bohême, et qu’alors, une couronne à 5 étoiles serait apparue.

L’église est entourée d’un cloître d’une élégante sobriété. Sa décoration de figures en stuc s’est perdue dans le temps. Composé de 5 proches, il forme une étoile à 10 branches, référence aux 10 commandements que Moïse reçut sur le mont Sinaï.

Telč, petit bijou baroque et coloré

Telč, petit bijou baroque et coloré
Telč © Marie Borgers

Tout aussi baroque et encore plus colorée est Telč, l’une des plus belles villes de Moravie, inscrite au Patrimoine mondial de l’Unesco. Elle est ceinte de remparts, et enchâssée entre deux étangs, élément majeur de l’ancien système de défense. Ravagée par un incendie au 16e siècle, elle se convertit au style Renaissance, ce qui initia pour elle un âge d’or.

De forme triangulaire, la place Zachariáš de Hradec est considérée comme l’une des plus belles de République tchèque. Les maisons ont été construites par les commerçants au 16e siècle, alors que Telč était une cité prospère sur les routes commerciales, à mi-chemin entre Prague et Vienne. Au centre de la place pavée se dressent plusieurs monuments baroques : deux fontaines, et une colonne mariale ou colonne de la Peste.

La place est bordée de maisons bourgeoises Renaissance et baroques à arcades, aux façades multicolores. Elles sont ornées de fresques et de stucs, surmontées de pignons et de frontons, tantôt Renaissance tantôt baroques, et soulignées par une rangée d’arcades. Certaines façades couvertes de sgraffites apportent au tableau des notes italiennes.

Ancienne forteresse médiévale, le château gothique et Renaissance de Telč est la perle de l’architecture Renaissance en Moravie. Inspirés par la Renaissance italienne, les salons d’apparat et de réception, richement décorés, sont d’une grande valeur artistique : mobilier précieux, collections d’armes et de tableaux, plafonds de bois à caissons…

Pour prendre de la hauteur, monter au sommet de la tour belvédère Saint-Esprit, le monument le plus ancien de Telč, de style roman tardif.

Les merveilles de Polná

Les merveilles de Polná
Église de l’Assomption de la Vierge Marie © Marie Borgers

Au croisement d’anciennes routes marchandes se faufilant entre les monts de Bohême-Moravie, le bourg de Polná connut une période florissante grâce à la draperie et au tissage. Pas moins de 4 églises y ont été érigées.

L’église de l’Assomption de la Vierge Marie est l’une des plus belles de Polná, et l’un des plus grands édifices baroques de République tchèque. Exemple de l’alliance et de la continuité des styles d’architecture, la nef chargée de stuc alterne influences baroques et Renaissance : orgue baroque, fonds baptismaux Renaissance...

Extrêmement riche, la décoration est teintée d’influences de la Renaissance italienne. Celle des murs, des voûtes et des plafonds s’est faite selon les techniques artisanales employées par les maîtres de Florence. Les arcades d’une blancheur éclatante sont soulignées de draperies rouges en stuc. Les plafonds sont ornés de motifs végétaux en stuc, dont on admire la finesse depuis la tribune privée réservée aux nobles.

L’orgue est l’un des plus grands instruments baroques de la région. Il sort d’une vaste campagne de restauration qui a redonné tout leur lustre aux 1 500 tubes. Un orgue Renaissance, plus petit, fonctionne manuellement.

La montée dans le campanile permet d’apercevoir le mécanisme de l’horlogerie. Un escalier en bois assez raide mène à 4 cloches. L’escalier mène ensuite à la chambre de la sonneuse de cloches, décorée avec du mobilier du 19e siècle. Au sommet du campanile, on embrasse la vue sur le bourg de Polná et ses maisons colorées à pignons : une carte postale typique de la région.

Autre monument de Polná, le château fort marie plusieurs styles : gothique avec sa tour d’entrée, aile Renaissance et dépendances baroques.

Au château de Kroměříž

Au château de Kroměříž
Château de Kroměříž © Marie Borgers

Cap sur la Moravie orientale, aux confins de la République tchèque et la Slovaquie. Épicentre de la ville de Kroměříž, la place centrale, Velké náměstí, est un héritage médiéval représentatif des villages-places de marché. Elle est bordée de maisons de nobles gothiques, Renaissance et baroques, à arcades et pignons. Une colonne de la Peste (colonne mariale) baroque s’élève en son centre.

Sceau de la continuité entre Renaissance et baroque, le château de Kroměříž est l’un des plus beaux du pays. Construit dans un style roman, le château médiéval a été remanié en styles gothique et baroque. Son exceptionnel état de conservation en fait l’une des plus belles résidences princières baroques en Europe centrale, et lui vaut son classement par l’Unesco.

Ce palais archiépiscopal servait de résidence d’été aux archevêques d’Olomouc, capitale de la Moravie. Ses collections sont d’une grande opulence : peintures, plafonds à caissons en bois, meubles d’époque, poêles en faïence, collections numismatique et de médailles…

La salle des Congrès est l’un des plus beaux exemples de décoration rococo d’Europe centrale. 22 lustres en verre de Venise descendent du magnifique plafond peint, tandis que les murs sont recouverts de stucs rococo. La salle servit de décor à des scènes du film Amadeus de Miloš Forman.

La bibliothèque du château est l’une des plus belles, des plus vastes et des plus précieuses du pays. Elle recèle plus de 90 000 volumes, 300 manuscrits et 160 incunables, des globes terrestres et célestes. Des archives de compositions musicales font de cet ensemble un trésor de la musique baroque.

Le château est entouré d’un parc à l’anglaise. Un parterre de fleurs et de buis s’étend au pied des terrasses du château. Les allées tracent des lignes courbes entre l’étang et les pelouses. Elles desservent de romantiques pavillons et une volière.

Le jardin de fleurs de Kroměříž

Le jardin de fleurs de Kroměříž
© Marie Borgers

Le baroque a étendu son influence jusque dans les jardins des châteaux et résidences princières.

Aux portes de Kroměříž, au-delà des remparts, le jardin de fleurs (Květná zahrada) est surnommé le « Versailles tchèque ». Il était jadis utilisé pour les cuisines du château. Typique des jardins des palais baroques d’Europe centrale, il fait la transition entre les jardins de la Renaissance italienne et les jardins classiques à la française.

Si le jardin d’agrément a hérité des plans géométriques des jardins à la française du 17e siècle, ses espèces sont bien celles de la terre morave. Jardins à thèmes, vignes ornementales, vergers, serres abritant des fleurs d’Europe centrale et prairies moraves aux herbes hautes occupent près de 14 hectares.

Au sortir d’un labyrinthe, des allées rectilignes convergent vers un pavillon baroque recelant l’unique réplique tchèque du pendule de Foucault.

Le jardin est ceint par une colonnade de 244 m de long qui abrite des statues antiques. Depuis l’étage de la galerie, la vue sur la rotonde, les motifs formés par les haies et les parterres de fleurs est la plus belle qui soit.

En saison, des représentations d’opéras baroques sont données entre les bosquets.

Fiche pratique

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Office national tchèque de tourisme

Château de Žďár nad Sázavou

Région de Vysočina

Dormir

- Château de Žďár nad Sázavou : Zámek 8/8. Logement possible dans la tour de l’horloge, l’ancienne tour de défense du château. Un escalier en colimaçon dont le parquet craque sous les pas dessert 3 lourdes portes de bois. Elles s’ouvrent sur de vastes chambres. L’atmosphère a quelque chose de monacal, d’éminemment apaisant. Admirez les plafonds ! Belle hauteur sous plafonds et croisées d’ogives. Un hébergement original, qui prolonge en beauté la visite du site, permet de prendre la mesure de la quiétude des lieux… et de goûter à la vie de château !

- U Zlatého Kohouta à Kroměříž : Velké nám. 21/3. Sur la place centrale (Velké náměstí), les chambres de cette maison historique sont modernes et confortables. Si vous n’avez pas la chance d’avoir une chambre qui donne sur la place, rendez-vous au 6e étage : la terrasse du bar panoramique offre une vue imprenable.

Se restaurer

Les plats traditionnels tchèques sont consistants. Le repas s’ouvre sur un potage comme le kulajda, une soupe blanche et épaisse à la base de  pommes de terre, de crème et de champignons.

Puis la viande est reine, avec le porc et le bœuf. Elle est servie avec de la crème et des canneberges, ou encore en goulash. Les viandes sont accompagnées de knedlíky ou dumplings (boulettes à base de farine et de pain, parfois de pommes de terres et d’œufs, et servies en rondelles).

Autres plats typiques : la schnitzel (escalope viennoise) et le kartoffelpuffer (galettes de pommes de terre).

Côté sucré, les raviolis de pomme de terre, fourrés à la confiture de fruits et saupoudrés de cannelle, peuvent faire office de plat de résistance sucré. Signalons aussi les crêpes aux myrtilles.

Côté boissons : bière, vins de Bohême et de Moravie, notamment des blancs fruités de Moravie du Sud, sans oublier le Kofola, le cola tchèque.

- Originál Restaurace Ingot à Žďár nad Sázavou : Nádražní 46. Plats traditionnels tchèques servis dans une ambiance pub, dans une déco moderne aux nuances de noir. Plutôt branché !

- U Hraběnky à Telč : Littéralement, « Chez la Comtesse ». Un hôtel-restaurant quatre-étoiles, sis dans une maison baroque des années 1700. De plats de cuisine tchèque classique sont servis en salle auprès d’une grande cheminée, ou bien, aux beaux jours, en terrasse, dans la cour centrale.

- Černý Orel à Kroměříž : Velké nám. 24/9. Dans la partie haute de la place centrale, derrière une devanture en bois rétro, se cache un restaurant traditionnel qui est aussi une microbrasserie artisanale. Les repas se prennent à côté des grosses cuves en cuivre. L’établissement produit toujours sa bière, l’une des meilleures de Moravie, qui a même été primée à un concours !

- Radniční sklípek à Kroměříž : Kovářská 20/2, à deux pas de la place centrale. Salles voûtées dans les anciennes caves de l’hôtel de ville. Ce restaurant familial sert une cuisine morave et tchèque à base de produits frais et de qualité. Carte de bières en provenance de microbrasseries locales. Dès les beaux jours, belle terrasse et piano-bar dans la rue.

- Chocolaterie Chapeau, dans la cour du château de Kroměříž : Sněmovní nám. 1 Pour une pause sucrée dans une fabrique de chocolats ancestrale. Dans une déco de meubles classiques et de bibliothèques, l’atmosphère rappelle celle des « cafés bruns ». Chocolats, pralines, sucettes et figurines en chocolat faits maison agrémentent chocolats chauds, thés, cafés et glaces.

Texte : Marie Borgers

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