Lac Inle : la Birmanie entre eau et montagnes

Lac Inle : la Birmanie entre eau et montagnes
© Dominique Roland

Avec ses superbes paysages et sa poésie lacustre, le lac Inle est devenu l’une des destinations majeures de la Birmanie.

Après avoir séjourné dans ce fascinant univers amphibie, il faut partir à la découverte des montagnes et des vallées de l’État Shan, du côté de Kalaw et de Pindaya, mais aussi du pays des Karens et des Padaungs.

De quoi combler les amateurs d’aventure, de rencontres inédites et de dépaysement…

Le lac Inle : l’un des sites majeurs de la Birmanie

Le lac Inle : l’un des sites majeurs de la Birmanie
© Dominique Roland

Au centre de la Birmanie et au sud-est de l’État Shan, le lac Inle, long de 12 km sur 8 km de large au maximum, est le 2e plus grand lac du pays et l’un des 3 sites birmans les plus connus, avec la pagode Shwedagon (Yangon) et les temples de Bagan.

À 800 m d’altitude, il profite d’un climat adouci. Chaque matin, un manteau de brume se dissipe au lever de soleil pour découvrir les collines du pays shan qui l’entourent.

On y arrive par la route depuis Bagan ou Mandalay, ou en avion à partir de Heho, aéroport régional à 30 km au nord du lac. En décembre et janvier particulièrement, le lac accueille un grand nombre de visiteurs. Mais il ne perd pas pour autant son charme exceptionnel, nourri par les scénographies photogéniques en diable animant son univers aquatique, infusé de vie traditionnelle et de ferveur bouddhiste.

Un séjour à Inle s’accompagne idéalement de deux découvertes : Kalaw, une station d’altitude et de rando située 70 km à l’ouest, dans les montagnes isolant le lac de la plaine de l’Irrawaddy, et, à la même distance, mais au nord-ouest, Pindaya et sa grotte aux 10 000 bouddhas.

Les amateurs d’aventure seront forcément attirés par le voyage à travers le pays des Karens noirs (les Pa-O) jusqu’à Loikaw, capitale de la province de Kayah, 150 km au sud d’Inle. Récemment ouvert au tourisme, ce fief des Karens rouges est aussi le sanctuaire des Padaungs, dont nombre de femmes enroulent encore autour de leurs jambes et de leurs cous de lourdes spirales de laitons leur valant le surnom de « femmes-girafes ». 

Un univers amphibie

Un univers amphibie
© Dominique Roland

Les 80 000 personnes établies sur le lac et ses rives marécageuses appartiennent majoritairement à l’ethnie Intha, qui serait originaire de la région de Dawei, baignée 1 000 km plus au sud par la mer d’Andaman.

Dans les villages Intha, des canaux et des pontons parfois couverts unissent inextricablement l’eau à la terre ferme. Pour se mouvoir sur ces eaux peu profondes (2 à 4 m en moyenne, suivant la saison), les pêcheurs exécutent une fascinante chorégraphie. Perchés comme des échassiers sur la proue de leurs barques, ils enroulent leur jambe libre autour de longues rames. De ces mêmes godilles, ils frappent le fond de l’eau pour effrayer les poissons qu’ils piègent ensuite à l’aide d’un filet conique aux armatures en bois, dans une contorsion digne d’une capoeira aquatique. 

À l’identique, toujours d’une jambe (les femmes, elles, rament de manière classique), ils patrouillent et soignent leurs jardins flottants. D’une productivité remarquable, ils sont  arrangés sur des tapis de racines et autres végétations aquatiques, puis serrés entre des pieux et treillis.

Dans cet écosystème, la vie s’articule encore majoritairement autour de la pêche, de l’agriculture et de l’artisanat. Des fabriques rudimentaires témoignent de l’ingéniosité birmane, entretenue par un long isolement.

La région baigne dans la ferveur bouddhiste, amplifiée par sa cartographie où l’élément liquide apporte à la fois fluidité et cohésion. Les jours de fêtes ou de marchés attirent les  ethnies régionales (Shan, Pa-O, Danau, etc.) autant que les visiteurs étrangers.

Nyaung Shwe, où dormir et embarquer

Nyaung Shwe, où dormir et embarquer
Nyaung Shwe © Dominique Roland

Pour l’essentiel des visiteurs, la découverte de la région s’orchestre à partir de la petite ville de Nyaung Shwe, reliée par une petite rivière au lac Inle qui se déploie 3 km plus au sud.  Malgré les hôtels, cafés et restos de plus en plus nombreux, le gros bourg maintient pour l’instant une forme d’équilibre entre le quotidien de ses habitants et celui de ses nombreux visiteurs. Le développement touristique autour du lac reste, quant à lui, encore limité.

Hormis les volumes surprenants du palais de brique et de teck du dernier saopha (« prince céleste shan ») du lac Inle, la principale attraction de Nyaung Shwe débute avant l’aube, au niveau du pont enjambant la rivière.

S’y poster garantit de bons clichés sur le trafic animé des longues barques motorisées véhiculant marchandises, autochtones et voyageurs démarrant leur excursion lacustre. En amont du pont et en contrebas du restaurant « View Point », une paillote  sert de délicieux bols de Shan Noodle. Voilà l’occasion de s’initier à un petit déj 100 % local avant de continuer sa journée.

Même si on peut aussi faire du vélo, les barques motorisées demeurent évidemment le mode privilégié d’exploration du lac. Agréables pour peu qu’on n’oublie pas son couvre-chef, elles ont pour inconvénient les petits moteurs thermiques utilisés, bruyants et surtout polluants. On espère dans un futur proche des engins plus écolos, voire électriques.

En effet, l’augmentation de la population, la multiplication des jardins flottants et l’absence de traitement des eaux usées pèsent lourdement sur le lac Inle. Il rapetisse, s’envase, souffre de l’invasion des redoutables jacinthes d’eau et manque désormais d’oxygène pour garantir la survie des poissons.

En juin 2015, l’Unesco a classé le lac Inle en tant que réserve de biosphère pour ses différents écosystèmes et leurs imbrications  avec le mode de vie des populations. En espérant qu’il ne soit pas trop tard…

Lac Inle : à voir, à faire

Lac Inle : à voir, à faire
Phaung Daw Oo Paya © Dominique Roland

En partie soumises aux dates des marchés, il existe plusieurs formules de petites croisières dont il faudra s’enquérir avant le départ, afin de choisir et combiner selon ses goûts :

- Les villages, intéressants en tant que tels et plus encore les jours de marché, concentrant en rotation tous les 5 jours les commerces d’un lac encore vierge de supermarchés. On aime bien celui de Maing Thauk (rive est), d’où l’on peut traverser le lac pour rejoindre Khaung Daing en 15 minutes. Même s’il n’a plus rien de flottant, le marché de Ywama demeure très intéressant par sa variété et son envergure, au-delà des habituels stands de babioles.

- Les jardins flottants au-dessus de Nampan, village étendu à l’extrémité sud de la partie « profonde » du lac, doté de grandes maisons sur pilotis et de restos où on fait souvent une pause. 

- L’artisanat, notamment les tissus : aux classiques longyi du lac Inle et aux sacs shan s’ajoute une exclusivité : le travail de la fibre de lotus, utilisée pour « habiller » les images de Bouddha.

- Phaung Daw Oo Paya : le plus sacré des temples et pagodes du lac, principalement pour ses cinq effigies de bouddhas. Adjacente, une grande structure de bois héberge la longue pirogue des joutes nautiques et la barge ornée d’un coq doré géant : à l’occasion du festival du temple, le plus important dans la région, elle emmène les bouddhas en tournée dans les autres sanctuaires du lac, comme le temple Nga Hpe Kyaung, avec sa vénérable grande salle de méditation en teck.

- À l’ouest du lac et rejoint par une rivière, le village d’In Dein est célèbre pour sa stupéfiante forêt de stupas, située à l’arrière du village. Certains ruinés, rongés par la végétation, menacent de s’écrouler. D’autres ont été récemment redorés. Un site exceptionnel sur fond de collines et avec vue sur le lac.

Kalaw, station d’altitude et de randonnée

Kalaw, station d’altitude et de randonnée
Chalet "anglais" à Kalaw © Dominique Roland

Parfaitement placée entre Mandalay (200 km au nord), Bagan (200 km à l’ouest) et le lac Inle, Kalaw mérite une halte pour ses manoirs et chalets coloniaux, ses communautés indiennes et népalaises dont les aïeux vinrent ici construire la voie ferrée, les ethnies des montagnes alentours et la relative fraîcheur procurée par l’altitude de 1 320 m.

Depuis ses crêtes distribuant d’amples panoramas, la petite ville est devenue une base populaire de randonnée, allant d’une journée jusqu’à 3 jours. Proposé par toutes les agences, le trek Kalaw-Inle est le plus célèbre, mais pas forcément le plus intéressant. Cet  itinéraire de 2 ou 3 jours, plus culturel que naturel, comporte de larges portions de chemins découverts et plats, voire de routes bitumées.

On pourra déjà s’échauffer avec une divertissante promenade au sud de la ville, débutant par une avenue bordée de superbes jacarandas, dont les flamboyantes floraisons bleues précèdent de deux mois celles de l’Algarve portugais. Au-delà d’une poignée d’anciens  chalets « anglais », on entre sans difficulté dans une zone militaire où une grotte bien kitsch truffée de bouddhas s’ouvre à l’arrière d’un temple.

Au-delà, obliquer vers la droite puis la gauche vers la sortie du camp mène à un monastère au pied duquel sont vendus des produits d’altitude : fraises, framboises et autres fruits frais ou en vins et liqueurs, thé, agrumes, herbes aromatiques et médicinales.

Pindaya et ses grottes aux 10 000 bouddhas

Pindaya et ses grottes aux 10 000 bouddhas
Grotte aux 10 000 bouddhas © Dominique Roland

Depuis l’embranchement d’Aungban, une mignonne route de campagne déroule des paysages bucoliques sur 50 km avant d’atteindre Pindaya. À 1 200 m d’altitude, cette petite ville est célèbre pour ses grottes creusant la falaise qui la domine, peuplées de 10 000 Bouddhas de toutes dimensions et de tous matériaux. Incertain, ce chiffre évolue sans cesse, au gré des donateurs. 

Perpétuellement doré par les pèlerins, un grand stupa fiché dans la salle d’entrée laisse peu d’espace libre. Après un labyrinthe et une petite descente, un couloir conduit à une salle bordée d’étroites cavités de méditation. Plus loin, on pourra tester le « cercle de vœux » et prendre une poignée de terre à l’extrémité de la grotte comme le veut la coutume.

En sortant, le passage couvert descendant sur la gauche débouche à mi-pente sur un vénérable temple en teck. Le chemin rejoint la voie bordée de figuiers banians menant à l’agréable partie du bourg où se trouvent le lac et le quartier Shan. 

Proche de l’intersection menant au marché, un sympathique monsieur propose des randonnées dans ce territoire auto-administré par les Danu, mais aussi peuplé de Shan, Intha, Pa-O, Palaung et Taung Yoe.

Loikaw et l'Etat Kayah, au pays des Karens noirs et rouges

Loikaw et l'Etat Kayah, au pays des Karens noirs et rouges
Loikaw © Dominique Roland

À 150 km au sud de Nyaung Shwe, Loikaw est la capitale de l’État Kayah, le plus petit du pays. Montagneux et enclavé, bordé à l’est par la Thaïlande, il n’est ouvert que depuis peu aux touristes indépendants. 

La route depuis le lac Inle (6 h en bus) alterne, même en saison sèche, beaux points de vues, verdures et forêts à mesure qu’on grimpe dans les montagnes habitées par les Pa-O (ou Karens noirs). Photogéniques, leurs villages aux maisons de briques et poutres apparentes sont fièrement pavoisés de leurs drapeaux ethniques, bleu, rouge et vert.

À mi-chemin, une pause dans le gros bourg de Pinlaung est l’occasion de côtoyer ce peuple dont la majorité des femmes et nombre d’hommes sont coiffés d’un turban traditionnel leur donnant une fière allure.

Plus loin, la route saute d’un val à un autre, sous la silhouette de reliefs karstiques, parfois couronnés de pagodes. Dans la plaine, on assiste à la formation progressive du lac Phekon relié par une rivière au lac Inle, qu’il est possible de rejoindre en bateau.

30 minutes plus tard, voici Loikaw, far west birman s’éveillant tranquillement au tourisme. Horizontale, la ville s’étend principalement au nord de la rivière Balu, barrée en amont par de nouveaux barrages, expliquant son développement récent.

Ses centres d’intérêt se trouvent aux limites sud de la ville, comme le marché Tau Ze aux stands très fréquentés en semaine. En fin de journée, les stupas dorés et oratoires semés  sur le rocher déchiqueté de Taung Kwe attirent familles et jeunes.  Facilement accessible en moto-taxi, un chapelet d’élévations similaires garnies de pagodes et  monastères s’étire vers le sud.

La province de Loikaw attire les touristes pour les villages Padaungs, où nombre de femmes enroulent encore autour de leurs jambes et de leurs cous de lourdes spirales de laitons. Une pratique qui leur vaut le surnom de « femmes-girafes ».

L’exploitation commerciale de cette coutume est légitimement controversée dans les camps de réfugiés situés en Thaïlande – l’ethnie a longtemps été en guerre avec le pouvoir birman. Ici, dans la zone de Papae (2 h au sud de Loikaw), les villages sont ouverts aux visites.

Les secteurs plus éloignés de l’État Kayah, comme ces forêts réputées profondes et encore peuplées de tigres, restent soumis à autorisations, officiellement pour cause de mines. Il faut s’y prendre au moins 10 j à l’avance pour obtenir un permis.

La région de Loikaw est également rythmée par un cycle de marchés. Renseignez-vous auprès de votre guide. Proche de Loikaw, celui de Nauya est accessible en moto taxi.

Fiche pratique

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Comment y aller ?

Vols vers Yangon quotidiens avec de nombreuses compagnies via Bangkok (Thaï), Hong Kong (Cathay), Doha (Qatar Airways), Dubai (Emirates)…

Vols intérieurs depuis Yangon et Mandalay jusqu’à l’aéroport de Heho. Trouvez votre billet d’avion pour la Birmanie.

Liaisons par bus depuis Yangon (12 h de trajet), Mandalay (10-11 h) et Bagan (9 h) vers Nyaungshwe, d’où l’on peut aussi rejoindre Loikaw, Kalaw et Pindaya.

Où dormir ?

Inle :

- May Guesthouse : 85 Myawaddy rd, tél. : 081209734, maygulmesthouse@gmail.com, à partir de 20 $.

- Little Inn : 5, Phaung Daw Pyan rd, tél. : 08120919,  noanhom@gmail.com, mêmes tarifs.

- Thanakha Inle : Nan Thae st. (500 m au-delà du view point), tél. : 081209928, à partir de 110 €. À la fois luxueux et relax (terrasse sur le canal, resto, lounge), c’est notre hôtel préféré dans sa catégorie.

Kalaw :

- Eastern Paradise : Thiri Mingalar st., tél. : 08150315, pas tout neuf, mais bien tenu, à partir de 20 €.

- Dream Villa : Zatila st., à partir de 40 €.

- Kalaw Hill Lodge : dans la nature, à 5 km de Kalaw, à partir de 150 €.

Pindaya:

- Myit Phyar Zaw Gyi Hotel, rive nord du lac (à côté du marché), tél. : 08166403, à partir de 15 € sans petit déjeuner, vieillot, mais acceptable et bon accueil.

- Inle Inn Pindaya : sud-est du lac, env 60 €.

- Pindaya Farm House, env 85 €.

Loikaw :

- Min Ma Haw Motel : à l’ouest du centre, tél. : 08321451, minmahaw96@gmail.com, à partir de 28 $ (chambres rudimentaires sans salle de bain à partir de 10 $.

- Kayah Resort : nord de la ville, vers l’aéroport, à partir de 75 €.

Où manger ?

Inle :

- A* E Myanmar : Phaung Daw st., tél. : 081209127, typique resto birman à curry.

- Lotus Restaurant : Museum rd, quartier Thazi, tél. : 09428313717, petit resto familial proposant des menu.

- French Touch, bar-resto-lounge plaisant et coloré, cuisine fusion birmane-occidentale, expo/événements.

Kalaw :

- Marché central : stands de tofu et shan noodle.

- Bar-restos : en surplomb de la nationale, boissons et petits plats indo-birmans.

- Everest : centre ville, bonne cuisine népalo-indienne.

Pindaya :

- U Asake : rive nord du lac, plats shan et birmans copieux. 

Loikaw :

- Pho Kwar restaurant : nord-ouest du centre, au bord de la rivière, tél. : 08321233, plats sino-birmans, bières pression ;

- Barbecues : sur les rives du lac.  

Agence de voyages :

- Gulliver et Shanti Travel

Guides locaux :

 Nyaung Shwe (Inle) :

Sunny Day htwe.sunny@gmail.com, tél. : 09428372118, à l’ouest du marché.

Pindaya:

U Myint Thoung umyintthong@gmail.com, tél. : 09428223219, randos de 1-3 j (4-6 h de marche/j, 20 €/pers/j) ; voir aussi danutrails.com.

Kalaw :

Sam family : centre-ville, tél. : 08150377, rando de 2-3j, 25-30 €/pers (base 4 pers).

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Texte : Dominique Roland

Mise en ligne :

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