Les Pays-Bas, au fil de l’eau

Les Pays-Bas, au fil de l’eau
Kinderdijk © Eric Gevaert - Fotolia

Peu de pays ont leur destin aussi lié à l’eau que les Pays-Bas. Polders, digues et canaux, ports maritimes ou fluviaux, ponts et moulins… De nombreux sites, ouverts à la visite, montrent à quel point nos amis bataves ont joué avec les flots tout au long de leur histoire.

Visiter les Pays-Bas au fil de l’eau, c’est découvrir tout un pan de la culture et des traditions de ce pays, à travers des paysages d’une beauté digne des grands maîtres de l’âge d’or de la peinture néerlandaise.

Cap sur les moulins à vent de Kinderdijk, Dordrecht, Giethoorn et le parc national Weerribben-Wieden : quatre destinations facilement accessibles depuis Amsterdam, qui nous racontent de belles histoires d’eau…

Histoires d'eau

Histoires d'eau
Kinderdijk © Nataraj - Fotolia

Les Pays-Bas doivent tout à l'eau. D'abord parce qu'ils l'ont utilisée pour développer leur navigation marchande. Au 14e siècle, ils participent à la Hanse, puissante organisation de commerce associant les ports autour de la mer du Nord et de la Baltique. De nos jours, Rotterdam demeure le plus grand port européen.

Puis, le pays a grignoté sur les mers et les marais afin de s'étendre : 17 % de sa superficie est composée de polders. Ces terrains artificiels ont émergé grâce aux systèmes ingénieux des digues et des moulins.

Plus d'un quart du territoire néerlandais européen se situe sous le niveau de la mer. Le nom même de l'aéroport d'Amsterdam en témoigne. « Schiphol » désigne un « trou à bateaux ». Sous le tarmac se situerait un ancien cimetière de navires et d'embarcations. Aux Pays-Bas, l'eau est devenue un élément naturel du paysage : on l'enjambe, on la déplace, on l'emprunte.

Dans la campagne, à moins d'1 h 30 d’Amsterdam, des sites illustrent comment les Pays-Bas ont joué avec les flots : la ville historique de Dordrecht, située au confluent de trois fleuves, dans les moulins de Kinderdijk nés du savoir-faire en matière de pompage, dans le parc national Weerribben-Wieden et le village de Giethoorn, aux allures de « Venise du Nord ».

Dordrecht, parmi les canaux et les maisons penchées

Dordrecht, parmi les canaux et les maisons penchées
Dordrecht © Jan Kranendonk - Fotolia

La ville la plus ancienne des Pays-Bas s'est organisée au confluent de trois rivières : l'Oude Mass (ancienne Meuse), la Beneden Merwede, et la Noord. Une aubaine pour les marchands. Mais s'il n'existe pas de place du marché, c'est parce que Dordrecht était tournée vers le large et les produits d'importation : bois, vin, céréales...

Aujourd'hui, cette ville paisible de 118 000 habitants possède un centre historique témoin de cette riche activité commerciale. Au croisement des rivières subsiste une ancienne porte devant laquelle les navires de marchands s'amarraient avant de payer les droits de taxe et d'entrepôts. Restaurée, la Groothoofdspoort voit encore passer chaque année 150 000 bateaux.

À partir de cet édifice, une balade dans le quartier Voorstraatshaven, devenu port de plaisance, donne à voir de splendides maisons anciennes et d'anciens entrepôts à vins. On passe devant la plus vieille maison de la ville, la 't Zeepaert, avec sa magnifique façade style gothique en pierre de Namur. Sa construction remonte à la fin du 15e siècle.

Pour sa part, l'immeuble Kuipershaven détonne avec ses volets rouge vif. Autre bâtiment impressionnant : le Stockholm, auquel ses sept étages donnent un air sévère et majestueux. Ce même quartier abrite le musée Huis Van Gijn. La demeure bourgeoise de ce banquier, qui y vécut de 1864 à 1922, expose désormais les collections (notamment de jouets) du notable.

Parcourue par des canaux et des rues pavées, la vieille ville est dominée par le clocher de l'église de Grote Kerk (« Grande église » en néerlandais) : 275 marches et 67 cloches, dont l'une de 9 830 kg, la plus lourde du pays. On s'incline devant l'excentricité d'anciennes maisons penchées comme pour mieux dévisager les passants. À côté de la place centrale, ne pas manquer de se rendre à la Cour des Pays-Bas (la hof van Nederland) et au couvent des Augustins, aménagé en musée. C'est là qu'eut lieu la première Assemblée des États libres en 1572, qui jeta les prémisses de la République indépendante des Pays-Bas.

En tout, quelque 900 monuments classés témoignent de la richesse du patrimoine historique de Dordrecht, qu'on peut admirer à pied, à vélo, voire depuis le Dordtevaar, un bateau-mouche silencieux (d'avril à octobre).

Le calme de la vieille ville s'explique aussi par les restrictions de circulation. Hormis celles des habitants, les voitures ne sont plus les bienvenues. De quoi apprécier une bière locale au bord des flots. Et pour un sommeil sans trouble, à la Villa Augustus, on peut même dormir dans un château d'eau de 1883, réaménagé en hôtel.

Les moulins à vent de Kinderdijk

Les moulins à vent de Kinderdijk
Kinderdijk © shotsstudio - Fotolia

La force de l'un permet de dompter l'autre. Sur la mer, le vent gonfle les voiles. Aux Pays-Bas, le combat du vent contre l'eau est illustré par les moulins. Ils tournent pour gagner davantage de terre ferme. À 15 km de Dordrecht, facilement accessible depuis cette ville grâce à la navette fluviale Waterbus, s’élèvent les 10 moulins du site de Kinderdjik, classé au patrimoine mondial de l'humanité en 1997.

Soigneusement étalé dans la nature au bord de canaux, sur lesquels on peut voguer en bateau, cet ensemble compte parmi les mieux préservés au monde. Selon l’Unesco, « c'est un paysage artificiel exceptionnel qui illustre magistralement la bataille séculaire menée par les Hollandais pour drainer certaines parties de leur territoire et les protéger contre les inondations ».

Les moulins servaient à conserver au sec les terres basses de l'Alblasserwaard. Donc pas de farine, ni de meunier ici, mais 500 000 visiteurs par an. Et quinze familles qui habitent toujours dans ces moulins séparés de la rivière Lek par « la digue de l'enfant » (kinderdijk). Pourquoi ce nom ? La légende raconte qu'un bébé dans son berceau a été sauvé de la noyade par un chat vaillant.

À l'intérieur de ces bâtiments construits vers 1740, « il fait froid, et le confort n'est pas toujours au rendez-vous », raconte l'un de ses habitants. N'empêche, c'est un endroit très prisé puisque « la liste d'attente court jusque 22 ans. Une même famille est dans un moulin depuis dix générations » poursuit-il. Les touristes sont toutefois tenus à l'écart. La seule compagnie dont les habitants ont à se plaindre, c'est une colonie de hérons pourpres, l'une des plus importantes d'Europe.

Dans ce paysage de carte postale, à 2,5 m sous le niveau de la mer, trois moulins sont toutefois accessibles aux visiteurs. Et l'un peut se visiter, à la queue leu leu s'il vous plaît, tant l'espace pour circuler est étroit.

À l'intérieur, les escaliers raides, le grincement des mécanismes et une énorme poutre pivotante donnent l'impression d'habiter dans une horloge à pendule. À l'extérieur, le claquement et la vitesse du vent dans les pales donnent la chair de poule. Dans le moulin, une photo d'une mère de treize enfants rappelle qu'elle est décédée frappée par l'une des ailes. Brrrrr…

Giethoorn, le village aux 170 ponts

Giethoorn, le village aux 170 ponts
Giethoorn © rusleerusly - Fotolia

Un autre exemple de la relation étroite des Néerlandais avec l'eau? Il faut aller plus au nord, à environ une 1 h 30 d'Amsterdam, où se trouve un village assoupi, qui semble sorti de l'imagination des frères Grimm. Giethoorn a des allures de conte de fées, avec ses fermes en toit de chaume, ses jardins fleuris et ses 170 ponts de bois. Mais surtout, le village est traversé par plusieurs canaux, si bien qu'un tiers des habitations sont inaccessibles en voiture. Et cela ne date pas d'hier.

La construction d'un monastère au 13e siècle par des prêtres franciscains venus d'Italie est à l’origine de Giethoorn. Le nom donné à l'endroit provient de la découverte de « cornes de chèvre », après les inondations de 1170 de la Zuiderzee. À l'époque, il s'agit encore d'un marécage, d'où on extrait de la tourbe.

Plusieurs siècles après, on y compte 2 600 habitants, une trentaine de restaurants et surtout 1,5 million de touristes chaque année entre le 1er avril et le 1er novembre... Leur activité préférée ? Le tour en barque du lac et des canaux. Gieethoorn est en effet bordée par une étendue d'eau artificielle de 2 km de long sur 1 km de large. Aucun risque de s'y noyer, la profondeur n’excède pas 1 m.

À Giethoorn, des centaines de bateaux peuvent être loués pour environ 15 euros de l'heure. Depuis 20 ans, ces embarcations fonctionnent avec des moteurs électriques, contribuant au calme et à la propreté des lieux. Cet environnement idyllique a fait revenir les loutres. Durant l'hiver, ce sont les patineurs à glace qui s'en donnent à cœur joie. Attention, lors de la haute saison touristique, il peut même y avoir des embouteillages sur l'eau !

Giethoorn n'est pas pour autant une ville musée... Depuis que des touristes sont entrés chez l'habitant pour aller aux toilettes, les panneaux « propriété privée » ont fleuri sur les gazons. Toutefois, certaines fermes transformées en établissements hôteliers sont visitables, d'autres ont été restaurées en petits musées.

Balade dans le parc national Weerribben-Wieden

Balade dans le parc national Weerribben-Wieden
Parc national Weerribben-Wieden © wilcosnoeijer - Fotolia

Tout naturellement, c'est dans les parcs nationaux que les Pays-Bas ont adopté l'eau comme élément du paysage. Un paysage étonnamment plat où le ciel et les eaux se rejoignent souvent sur la ligne d'horizon. Un écho aux lignes d'horizon basses dans les peintures flamandes durant le siècle d'or néerlandais (1584-1702). Cela permettait de représenter d'immenses formations nuageuses baignant dans une lumière particulière.

Une étude sur les artistes hollandais de l’âge d’or a démontré qu'« il était possible de faire des prévisions météorologiques en regardant les peintures. Cirrus, cumulus et stratus s’ordonnent ainsi dans des ciels hollandais observés très précisément par les artistes ». Mais quittons la vapeur d'eau pour le sol. Celui du parc national Weerribben-Wieden, à proximité de Giethoorn, qui est gorgé d'eau.

Cette zone marécageuse de près de 100 km2 fait de ce parc le troisième le plus vaste aux Pays-Bas. Il s'agit même de la tourbière la plus étendue du Nord-Ouest de l'Europe. À partir du 14e siècle, on a commencé à extraire cette matière organique fossile, la tourbe séchée, servant de combustible.

Dans ce lieu paisible, la faune a pris ses aises. Les ornithologues peuvent découvrir des espèces endémiques comme la guifette noire, l'aigrette ou les grands cormorans. Aujourd'hui, le parc naturel Weerribben-Wieden ressemble à un patchwork élégant de lacs, de roselières, de canaux et de forêts. À savourer à vélo, à pied ou, bien sûr, en canoë.

Fiche pratique

Retrouvez les adresses et bons plans dans le Routard Amsterdam et ses environs !

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Office du tourisme des Pays-Bas

Comment y aller ?

Plusieurs liaisons par jour entre Paris Nord et Schiphol avec Thalys. Pour se rendre de Paris à Dordrecht, prendre une correspondance à Rotterdam Centraal (environ 15 min de trajet)

Depuis la province, vols à destination d’Amsterdam-Schiphol avec Air France-KLM ou Transavia.

Office de tourisme de Dordrecht : Spuiboulevard 99, 3311 GN Dordrecht. Tél. : 0900 – 463 6888. Mail : info@vvvzhz.nl L'office de tourisme propose de découvrir deux circuits en français (3 ou 4,90 euros, se renseigner sur place).

Office de tourisme de Kinderdjik Nederwaard 1. 2961 AS Kinderdijk. Sur le site, on peut réserver et acheter ses billets à l'avance.

Où dormir ?

L’hôtel Bellevue Groothoofd (à Dordrecht) : Boomstraat 37, 3311 TC Dordrecht. Pour profiter de la vue sur le confluent des trois rivières, un hôtel quatre étoiles ‎(environ 116 € la chambre).

De Kluft (dans le parc national Weerribben-Wieden) : dans un cadre naturel et familial, De Kluft rassemble un petit hôtel, un restaurant, des lodges... Des activités sont proposées pour les enfants.

Où manger ?

POST : Johan de Wittstraat 128, 3311KJ Dordrecht. À la fois un café, une pâtisserie et un restaurant, le POST est accueillant par sa convivialité et son atmosphère nonchalante.

Villa Augustus : Oranjelaan 7, 3311 DH Dordrecht. L'hôtel de la Villa Augustus est logé dans un ancien château d'eau, son restaurant dans le grand espace de pompage. Un endroit incroyable avec  son décor pop-industriel et ses cuisines ouvertes au centre des 200 couverts. Dans l'assiette, uniquement des produits frais et de saison.

Où faire des achats ?

Wonen in de Winkel : Groenmarkt 14, 3311 BE Dordrecht : Un magasin d'antiquités et de bric et de broc à Dordrecht. Son originalité : ses propriétaires vivent au sein même de la boutique. Lorsqu'elle est fermée, on les voit vaquer à leurs occupations quotidiennes derrière la vitrine.

Texte : Joël Métreau

Mise en ligne :

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