Le Luberon, la Provence en couleurs

Le Luberon, la Provence en couleurs
Roussillon © selitbul - Fotolia

Le Luberon ne se résume plus, comme autrefois, à un massif s’étirant au soleil sur 80 km d’ouest en est, de Cavaillon à Manosque : la barrière presque infranchissable des romans de Giono, à moins d’emprunter la combe de Lourmarin entre les terres du Sud (Vaugines, Ansouis, Cucuron) et les villages perchés du Nord (Goult, Lacoste, Roussillon).

Le Luberon, aujourd’hui, c’est un nom magique, presque un mythe, qui double à lui seul le prix des locations et des ventes. Ce qui explique pourquoi cette micro-région déborde largement du massif, englobant des villages des monts du Vaucluse comme Gordes ou Roussillon, et d’autres appartenant au pays de la Sorgue, comme L’Isle-sur-la-Sorgue ou Fontaine-de-Vaucluse, devenus pour certains l’emblème même du Luberon.

Ce qui les différencie : les couleurs. Et encore, la palette est si riche que vous ne verrez jamais deux fois le même tableau. Prêts à en prendre plein les yeux ?

À chaque saison, ses couleurs

À chaque saison, ses couleurs
Vignes du Lubéron en automne © Pat on stock - Fotolia

Mer blanche formée par les champs de cerisiers en fleurs au printemps, rangées bleues des champs de lavande en été, lignes rousses et dorées de vignes à l’automne et blanc de la neige pour quelques jours en hiver…

Chaque saison est une expérience. Le printemps, ici, est toujours en avance. Dès le mois de février, les premiers amandiers sont en fleurs et, avec leurs tons roses et blancs, forment des bouquets qui annoncent le retour des beaux jours.

En l’espace de quelques semaines, le Luberon retrouve ses couleurs chatoyantes. Retour des marchés en mars, avec leurs étals aux fraises écarlates, aux asperges vertes et blanches. Vergers en fleurs, rosiers s’épanouissant sur les façades des maisons, lilas et glycines, coquelicots et genêts… Une myriade de couleurs intenses contraste avec le vert tendre de l’herbe et des premières feuilles des platanes, peupliers et acacias.

Tapis de thym et romarin en fleurs, narcisses et orchidées sauvages, les sentiers du Luberon sont au faîte de leur beauté au printemps, les sources surgissent et serpentent dans tout le massif, on a une envie soudaine de pique-nique !

À la fin du mois de juin, on entend une cigale chanter dans le pin d’à côté. Avec elle, l’été s’installe et les couleurs envahissent les assiettes : salades de tomates, ratatouille, melon, pêches et abricots.

L’automne est la plus flamboyante des saisons. C’est le temps des vendanges dans les rangées de vignes sang et or, celui aussi de la récolte des courges muscade, des coings dorés.

L’hiver cède la place à davantage de blanc et on est saisi par le charme des brumes matinales, qui s’accrochent aux flancs de la montagne. Paysages blancs des premières gelées, cueillette des olives, récolte des truffes noires, douceur et couleurs d’un plateau de fruits confits aux saveurs sucrées de l’été.

Bleu Provence, bleu lavande

Bleu Provence, bleu lavande
Lavande du Plateau de Valensole © Max Topchii - Fotolia

Un ciel d’un bleu aussi profond qu’éclatant, une lumière presque écrasante en été et si douce au printemps et en automne, rasante et froide l’hiver.

Dans le Luberon, le bleu se décline et devient presque violet dans les champs de lavande dès la mi-juin. Des vagues odorantes ondulent sur le plateau des Claparèdes jusqu’à Valensole et rejoignent ce ciel si pur, exempt de tout nuage.

Fin juin-début juillet, dormez au Château du Grand Jardin, à 300 m du village de Valensole et découvrez au réveil les champs de lavande en fleurs.

Le musée de la Lavande, au Coustellet, est ouvert en toutes saisons. Cultivateurs et distillateurs de lavande depuis quatre générations, les Lincelé ont construit ce musée autour de leur collection d’alambic. À deux pas de là, un marché de producteurs ne cesse, depuis plus de 20 ans, d’attirer, dans ce village-carrefour, une clientèle internationale qui fait chauffer sa carte bleue.  

Pour obtenir du bleu indigo, vous n’aurez qu’à traverser la combe de Lourmarin pour découvrir, sur les terrasses du château de Lauris, le jardin conservatoire des plantes tinctoriales. 250 plantes ayant toutes en commun un extraordinaire pouvoir colorant.

Et n’oubliez pas de lever le nez en traversant les combes. On retrouve ici des reflets bleutés jusque dans les cimes des cèdres de l’Atlas. Ils forment de véritables forêts sur les sommets qui surplombent Bonnieux, dans les vallons du Petit Luberon, d’Oppède-le-Vieux à Cabrières d’Avignon.

Lire notre article En Provence, sur les routes de la lavande

Balade en blanc et gris, au pays des pierres sèches

Balade en blanc et gris, au pays des pierres sèches
Gordes © FedevPhoto - Fotolia

Le Luberon, ce sont aussi ces falaises calcaires qu’on escalade à Buoux, Cavaillon ou Lioux et qu’on exploite encore pour la qualité de la pierre à Ménerbes ou Oppède. D’un blanc parfait, cette « Pierre du Midi » est utilisée notamment pour la construction et la restauration de beaux édifices.

Parmi les villages perchés les plus emblématiques : Gordes, Bonnieux, Ménerbes, Oppède-le-Vieux. Flânez dans leurs ruelles « caladées » (pavées de pierre), découvrez le sentier des terrasses à Goult, le vieux village des Taillades bâti sur d’anciennes carrières, le hameau des Beaumettes aux nombreuses habitations troglodytes…

Randonnez en longeant le mur de la peste à Cabrières d’Avignon, et arrêtez-vous un bon moment près du village des bories à Gordes. Un village déserté depuis longtemps ! Regroupées en hameau, ces habitations en pierre sèche ont été construites à partir du 14e s avant d’être abandonnées au 19e s. Il y a celles qui servaient de bergerie, de cuve à vin et fouloir, de magnanerie (pour les vers à soie), et, bien sûr, d’habitation.

Autre site hors du temps, l’abbaye de Sénanque se protège des visiteurs (visites accompagnées seulement). Fondée en 1148, elle reste l’un des plus beaux édifices de l’ordre cistercien, avec une église d’un extrême dépouillement et un bien joli cloître.

Petit conseil : visiter tous ces lieux tôt le matin ou en fin de journée, afin d’éviter la foule. Même conseil pour Lourmarin, immanquable pour son château, la beauté de ses ruelles et l’arrêt sur la tombe d’Albert Camus. Enfin, un must pour les amoureux des vieilles pierres : le château d’Ansouis. Visite haute en couleurs, par les propriétaires eux-mêmes.

Le « Colorado provençal » : le Luberon en jaune et rouge

Le « Colorado provençal » : le Luberon en jaune et rouge
Colorado provençal © Kushnirov Avraham - Fotolia

Une montagnette d’ocre a permis le développement économique du pays d’Apt aux 19e et 20e  siècles. Ces sables aux teintes allant du jaune très pâle au rouge violet forment aujourd’hui encore un des paysages les plus étranges et saisissants qui soient.

On se balade dans ce « Colorado provençal » à Rustrel, où l’érosion autant que la main de l’homme (ces carrières d’ocre ont été exploitées depuis la Révolution) ont façonné un paysage à l’apparence fantasmagorique. Petit conseil : l’ocre tache sérieusement. Pour nettoyer d’éventuelles taches : savon de Marseille et eau froide.

Un itinéraire cyclo-touristique balisé de 50 km sillonne à travers les ocres. Les moins sportifs s’offriront une balade en calèche dans le massif ocrier… ou survoleront ces étonnants paysages colorés en montgolfière.

On peut même apprendre à confectionner sa propre peinture avant d’aller poser son chevalet face à l’un des plus beaux villages perchés du Luberon, Roussillon. Artistes et artisans potiers y exposent leurs œuvres dans leurs ateliers et galeries.

Pour en savoir plus sur l’ocre, direction les mines d’ocres à Gargas et surtout l’ancienne usine d’ocre Mathieu à Roussillon, qui abrite le conservatoire des ocres et de la couleur, Ôkhra, qui perpétue les savoir-faire. Un lieu « en or ».

De verts en verres : le chemin des oliviers

De verts en verres : le chemin des oliviers
Oliviers © NANCY - Fotolia

Le Luberon offre un camaïeu de verts infini : celui profond, de la mousse près des sources et des pins sylvestres ; celui plus tendre, argenté, de l’olivier.

Cet arbre emblématique est souvent cultivé en « restanques » et le gris plus foncé des pierres sèches qui composent ces murets, joue avec les gris plus pâles des arbres.

Les amateurs d’huile d’olive iront s’approvisionner dans des moulins qui ont gardé leur authenticité. À Cadenet, ils pourront même manger dans le caveau d’un ancien moulin à huile (Au Moulin Gourmand) après avoir dégusté une huile d’olive bio multi-récompensée à la Bastide du Laval.

En remontant vers Apt, depuis Cavaillon, arrêt au moulin Jullien pour déguster (et acheter s’il en reste) une des meilleures huiles du Vaucluse, produite dans un moulin qu’on peut voir fonctionner de mi-novembre à fin décembre.

Pour dormir au milieu des oliviers, les chambres d’hôtes ne manquent pas. Un must : le moulin des Sources, près de Gordes. Un moulin à huile du 17s joliment restauré. Chambres aux couleurs de la région (Garance, Ocre, Sienne, Ardoise, Céladon).

Expo sur l’huile d’olive au moulin des Bouillons, qui vous offrira l’occasion de visiter le musée du Vitrail et du verre mitoyen, pour rester dans le thème. Parcours de sculptures monumentales dans le parc.

Au pays des Sorgues, à l’ouest, un vert d’eau baigne la balade : à Fontaine-de-Vaucluse, la plus importante source résurgente de France, qui cultive le souvenir de Pétrarque, ou à L’Isle-sur-la-Sorgue, la « Venise comtadine » avec ses gondoles appelées « nego-chins » (« noie-chien »). Des barques à fond plat, qui servent surtout pour un marché flottant estival haut en couleurs (1er dim d’août).

Vins et truffes du Luberon : « La vie en rose » et « Le rouge et le noir »

Vins et truffes du Luberon : « La vie en rose » et « Le rouge et le noir »
Vignes à Ansouis © gb27photo - Fotolia

Comme souvent dans le Sud, les routes de l’olivier et les chemins des vignobles se croisent. Ils passent désormais par des châteaux et des demeures de prestige, comme le château Val-Joanis, sur la route de Cavaillon, à Pertuis. On visite ses jardins en saison, ses potagers, avant de déguster les vins et les huiles d’olive de la propriété.

Rien de commun a priori entre la cave de Bonnieux, la plus ancienne des caves coopératives du pays, et le chic Domaine de Fontenille à Lauris. Pourtant, tous deux ont su évoluer avec le temps pour s’adapter à leur public. On est aussi bien reçu dans l’un que dans l’autre. Même si la cuisine du domaine de Fontenille est évidemment, même côté Cuisine d’Amélie, un cran au-dessus de celle que vous pourrez déguster à midi au Café de la Gare. En fait, si vous n’allez pas de l’un à l’autre, vous n’aurez pas vu (et bu) le Luberon.

Plus de la moitié des vins produits ici sont des rosés, mais il ne faut pas négliger les rouges du château de l’Isolette près d’Apt ou du château La Canorgue à Bonnieux. Consulter le site de l’AOC Luberon pour les horaires de visite (il y a aussi des gîtes pour dormir au milieu des vignes et des restos).

En hiver, passez du rouge au noir, et découvrez l’univers de la truffe, à Ménerbes. Un bel hôtel particulier du 17e s abrite la Maison de la truffe et du vin, la plus grande « cave-œnothèque » de la région, et les vins y sont vendus au même prix que chez le producteur. Tout à côté, resto et bar à vins d’anthologie. Petit marché de la truffe à Noël, pour changer de tous ceux, dits provençaux, où on vous prend pour de vraies truffes.

Les marchés, un festival de couleurs et de saveurs

Les marchés, un festival de couleurs et de saveurs
Marché provençal © ecobo - Fotolia

Toutes les couleurs sont ici réunies, et sont un ravissement pour les yeux : rouge cerise, vert amande, violet aubergine, orange abricot, jaune pêche, jaune tournesol, vert olive, rosés du vin et de l’ail,  noir de la melanosporum… existe-t-il quelque chose de plus coloré qu’un marché provençal ?

Difficile de manquer celui de Coustellet (au carrefour des routes de Gordes, Cavaillon, Avignon et Apt, mer 17 h-19 h 30 de juin à mi-sept, et dim mat début avr-fin déc). Moins médiatique, celui de Petit-Palais, à la sortie de L’Isle-sur-la-Sorgue, reste notre préféré, le samedi matin.

Rien à voir, évidemment, avec celui d’Apt, le même jour, qui s’étend dans toute la ville. Pour son ambiance et son authenticité, le marché d’Apt a été labellisé Marché d’exception. Là, il faut laisser sa voiture au loin et marcher (navette de bus gratuite en été). On y va pour les fromages de chèvre, les huiles d’olive, l’ambiance. Le marché a toujours été essentiel à la vie de tout le pays d’Apt, étroitement lié par le jeu des saisons, de la tradition, des coutumes et de l’habitude.

Il y en a bien d’autres, à découvrir au fil des balades du week-end, entre celui de Lourmarin, le vendredi, et celui de Cavaillon, le lundi, qui peine à retrouver son charme d’autrefois.

Si vous avez manqué la saison du melon, ne soyez pas triste. Il y a toujours le fruit confit que vous pourrez aller chercher au village des Beaumettes, sur la route d’Apt, à la confiserie Saint-Denis. Des abricots, des poires, des cerises, des fraises confites, on repart avec des couleurs et des saveurs plein le coffre !

Voir notre page sur les marchés du Vaucluse

Fiche pratique

Provence 2017Retrouvez toutes les infos pratiques, les bons plans et les bonnes adresses du Luberon dans le Routard Provence en librairie.

Consulter notre guide en ligne Provence

Office intercommunal de tourisme Luberon Monts de Vaucluse 

Tourisme en Vaucluse

Maison du parc naturel régional du Luberon 

Comment y aller ?

- Par la route : Autoroute A7 - sortie Avignon, RN 7 direction Apt ou Cavaillon et RD 900 (ex RN 100) direction Apt.

- En train : gare TGV d’Avignon ou d’Aix-en-Provence et location de voiture ou bus.

Bonnes adresses

Bleu Provence

- Musée de la Lavande : route de Gordes, 84220 Coustellet. Tél. : 04 90 76 91 23. 

- Château du Grand Jardin : 1, chemin Amiral de Villeneuve, 04210 Valensole. Tél. : 04 92 74 96 40 Port. : 07 87 00 31 65

- Jardin conservatoire des plantes tinctoriales : château de Lauris. Tél. : 04 90 08 40 48.

Balade en blanc et gris

- Village des bories : à 4 km au sud-ouest de Gordes (accès fléché). Tél. : 04 90 72 03 48 (mairie).  

- Château d’Ansouis : entre Pertuis et Cucuron. Tél. : 04 90 77 23 36.

- Abbaye de Sénanque : à 3 km de Gordes, sur la D177. Tél. :04 90 72 05 72. 

- Un événement sympa : le festival Yeah à Lourmarin début juin.

Colorado Provençal

- Au cœur du village de Roussillon, un tout nouvel hôtel, La Maison des ocres : route de Gordes, 84220 Roussillon. Tél. : 04 90 05 60 50.

- Ôkhra, le conservatoire des ocres et de la couleur : sur la D 104 (direction Apt), à 1,5 km du centre de Roussillon. Tél. : 04 90 05 66 69.

- Le sentier des Ocres : départ du parking situé vers le cimetière de Roussillon. Ouv de mi-fév à mi-nov min.

Vert olive

- Huile d’olive Maurice Jullien : chemin du Moulin-à-Huile, route d’Apt, Saint-Saturnin. Tél. : 04 90 75 56 24.

- Huile La Bastide du Laval : chemin de la Royère, à Cadenet. Tél. : 04 90 08 95 80.

- Restaurant Au Moulin Gourmand : 4, rue Viala à Cadenet. Tél. : 04 90 77 68 27.

- Chambre d’hôtes Le moulin des Sources : hameau des Gros près de Gordes. Tél. : 04 90 72 11 69.

Vin et truffes

- Château Val-Joanis : route de Cavaillon, 84120 Pertuis. Tél. : 04 90 79 20 77. 

- Domaine de Fontenille : route de Roquefraîche, à 3 km au nord-ouest du centre de Lauris. Tél. : 04 13 98 00 00. 

- Maison de la truffe et du vin : place de l’Horloge, 84560 Ménerbes. Tél. : 04 90 72 38 37.  Entrée libre et dégustation gratuite.

Marchés du Luberon

Confiserie Saint Denis : Z.A. plan des Amandiers, route d’Apt (N 900), Les Beaumettes. Tél. : 0490 72 37 92.

Texte : Gérard Bouchu

Mise en ligne :

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