Cap Nord et Nordkyn : la Norvège, au bout de la route

Cap Nord et Nordkyn : la Norvège, au bout de la route
© Anibal Trejo - Fotolia

Pour beaucoup,  le cap Nord est le but ultime d’un voyage en Norvège. Le bout de la route que l’on rejoint après un périple de plus de 2 000 km au départ d'Oslo. Une destination mythique, réputée pour son soleil de minuit qui la nimbe en été d’une lumière magique et irréelle.

Atteindre le cap Nord, c’est s’aventurer dans une Norvège aussi spectaculaire que secrète : la région arctique du Finnmark, territoire des autochtones Samis et des rennes, où la solitude des grands espaces répond à l’immensité du ciel du Nord.

Voyage dans une contrée extrême et fascinante, où les nuits prennent les couleurs du jour en été et le Nord n’est pas toujours où l’on croit…

Cap Nord, en plein mythe

Cap Nord, en plein mythe
Cap Nord vu du ciel © Sergey - Fotolia

71°10’21’’ : la latitude du cap Nord, situé tout en haut sur la carte de la Norvège, bien au-delà du cercle polaire arctique. Oslo se trouve à 2 000 km par la route, Bergen à deux jours de bateau par l’Express Côtier et Paris à quelque 8 h d’avion, escales comprises.   

Avec un tel pedigree, le cap Nord – qui passe pour le point le plus septentrional d’Europe – attire les explorateurs et les voyageurs tel  un aimant, depuis sa découverte par un navigateur anglais en 1553. Richard Chancellor, à la recherche du passage du Nord-Est vers le Nouveau Monde, fut le premier à doubler – et à nommer - le cap Nord.

Se rendre au cap Nord, c’est accomplir un fantasme de voyageur : rallier le « bout du monde ». Du haut de cette puissante falaise de 307 mètres qui plonge brutalement dans l’océan Arctique, le regard étreint le vide et l’immensité de la mer. En face, il n’y a plus que le pôle Nord… à 2 100 km tout de même.

En été, le soleil même la nuit

En été, le soleil même la nuit
Globe du cap Nord © Jean-Philippe Damiani

De mi-mai à fin juillet, le soleil de minuit, qui nimbe le paysage d’une lumière irréelle, rend le cap Nord encore plus magique. Le temps semble aboli et l’horizon paraît à portée de main.

La route qui conduit au cap Nord  serpente au milieu de vallées rocailleuses à la végétation rase, rabotées par les vents violents. Au détour des virages surgissent lacs et fjords ou de rares cabanes rappelant la présence humaine… qui se fait particulièrement pressante à l’arrivée sur le site.

Car le cap Nord est évidemment un lieu touristique, attirant environ 200 000 visiteurs par an, majoritairement en été. Vous n’y serez pas seul (loin de là), notamment aux alentours de minuit, et il vous faudra acquitter un droit d’entrée élevé pour rejoindre le célèbre Globe en fer forgé, qui trône sur le cap Nord depuis 1977.

La vue sur la mer et les falaises environnantes n’en demeure pas moins sublime. De quoi oublier le parking et le complexe touristique disgracieux, d’où les plus frileux pourront admirer le site derrière de grandes baies vitrées. On y trouve une petite chapelle, une salle de cinéma et un musée thaï ( !) évoquant la venue du roi de Siam au cap Nord en 1907.

Magerøya, l’île du cap Nord

Magerøya, l’île du cap Nord
Honningsvåg © dariya - Fotolia

Le cap Nord ne se trouve pas sur le continent, mais sur une île. Pour l’atteindre, il faut traverser l’île de Magerøya, reliée à la Norvège par un  tunnel sous-marin de 7 km de long. Magerøya signifie « l’île aride » : aucun arbre ne pousse sous ses latitudes, l’île déployant des paysages austères de toundra, des falaises abruptes et des montagnes d’une beauté lunaire à couper le souffle.

Ultime étape avant le cap Nord, le joli port de Honningsvåg – escale de l’Express Côtier – peut servir de base d’exploration pour découvrir notamment Skarsvåg, le village de pêcheurs le plus septentrional du monde. De là partent les bateaux équipés de casiers pour la pêche du très recherché king crab. Belle rando à faire vers l’arche naturelle de Kirkeporten, qui offre une vue superbe sur le Cap Nord.

Autre site à ne pas manquer à Magerøya : la réserve naturelle de Gjesværstappan, un archipel où niche une colonie de centaines de milliers d’oiseaux (macareux moines, fous de Bassan, cormorans, kittiwakes…). Un spectacle somptueux, observable uniquement en bateau au départ du coquet village de Gjesvær.

Knivskjellodden, le vrai cap Nord

Knivskjellodden, le vrai cap Nord
La pointe de Knivskjellodden vue du cap Nord © mmuenzl - Fotolia

Les touristes ont beau s’y presser, le cap Nord « officiel » n’est pas le point le plus septentrional d’Europe.  Laissons de côté le mythe… Pour atteindre le « véritable » cap Nord, il faut se rendre à 1,6 km de là, à Knivskjellodden (latitude 71° 11’ 08’’). Un nom moins facile à retenir, il est vrai, et un point de repère maritime moins évident que la gigantesque  falaise du cap Nord « officiel ». Voilà pourquoi  Knivskjellodden s’est fait voler la vedette…

Knivskjellodden se mérite, car aucune route ne se rend à ce cap Nord pour happy few. Pour l’atteindre, il faut emprunter un sentier rocailleux de 18 km aller-retour balisé par des rochers, au départ d’un parking situé sur la route du cap Nord.

Compter 5-6 heures de marche pour une belle randonnée sportive (bon équipement indispensable) à travers la lande, isolée, solitaire et battue par les vents. Vue imprenable sur l’impressionnante falaise du cap Nord.

On peut également, pour les cyclistes chevronnés, faire la rando en VTT, comme en témoigne cette vidéo de Roy Samuelsen :

 À l’arrivée, une stèle signale le « véritable cap Nord ». À côté, une petite caisse en métal renferme un registre où on peut immortaliser sa venue en inscrivant son nom. De quoi graver dans le marbre une randonnée d’anthologie...

Le Finnmark : au pays des rennes et des Samis

Le Finnmark : au pays des rennes et des Samis
© belov3097 - Fotolia

Bienvenue sur les terres des rennes ! Sur la route du cap Nord, il n’est pas rare de croiser ces cervidés, qui déambulent, seul ou en troupeau, sur le bas-côté ou carrément sur l’asphalte.

Le renne est l’animal-roi du Finnmark, le comté le plus septentrional de Norvège qui s’étend sur 48 618 km2 aux confins de la Finlande et de la Russie. On recense plus de 100 000 rennes pour 75 000 habitants dans la région !

Ici, le renne, plus qu’un animal, est un symbole. Élément essentiel de la faune, le renne fait partie de la culture locale, celle des Samis, le peuple autochtone du nord de la Scandinavie (Norvège, Suède, Finlande, Russie), connu également sous le nom de « lapons ».

Peuple nomade d’éleveurs de rennes, les Samis ont longtemps utilisé le cervidé pour se déplacer, se nourrir et se vêtir. Si, aujourd’hui, moins de 10 % des Samis vivent de l’élevage, l’animal reste indissociablement lié à l’affirmation culturelle de ce peuple. Car les Samis reviennent de loin !

La culture samie, toujours vivante

La culture samie, toujours vivante
Habits traditionnels sami © francescodemarco - Fotolia

Longtemps méprisée par le reste de la Norvège et menacée de disparition, la culture samie, vieille de 10 000 ans, est parvenue, non sans mal,  à  se faire reconnaître par Oslo : depuis la fin des années 1980, les autorités préservent les langues (de type finno-ougrien) et la culture samies. Les quelque 40 000 Samis vivant en Norvège ont leur propre assemblée consultative, leur fête nationale, leur capitale (Karasjok) et leur drapeau. Ils parlent leurs dialectes, perpétuent leurs traditions et leurs croyances animistes.

C’est lors du festival de Pâques, à Kautokeino, que la culture samie se fait la plus visible. Les Samis s’y retrouvent par milliers pour célébrer des mariages, souvent en costume traditionnel, participer à des tournois de course de rennes, ou de joik, chant exécuté a cappella et accompagné du tambour chamanique.

Le reste de l’année, rien ne distingue vraiment, aux yeux d’un observateur novice, les Samis des autres Norvégiens, à quelques exceptions près. Les quelques tentes et huttes traditionnelles coniques, que l’on voit en Laponie, sont majoritairement réservées au tourisme.

Comme leurs compatriotes norvégiens, les Samis exercent tous types de professions, et font cohabiter leurs traditions avec Internet, les motoneiges et les smartphones. Quant à leur principale ville de résidence, c’est… Oslo !

Le Nordkyn : les grands espaces au-delà du cap Nord

Le Nordkyn : les grands espaces au-delà du cap Nord
Slettnes, le phare le plus septentrional du monde © Jean-Philippe Damiani

Au-delà du cap Nord, une terre quasiment inexplorée… À une quarantaine de km à l’est par la mer, la péninsule de Nordkyn fait figure d’ultime frontière norvégienne. Par la route, il faut parcourir 400 km pour s’y rendre depuis le cap Nord : autant rejoindre Nordkyn par l’Express Côtier (2 h de trajet à peine entre Honningsvåg et Kjøllefjord), qui y effectue l’une de ses dernières escales avant Kirkenes, son terminus à la frontière russe.

Avis aux amateurs d’aventure et de grands espaces ! Le Nordkyn, sans doute l’une des dernières terres (presque) vierges d’Europe, ravira les routards de grand chemin, les randonneurs de l’extrême et les voyageurs au long cours, revenus d’autres bouts du monde comme Ushuaia ou Vladivostok.

Avec seulement 2 000 habitants sur 2 000 km2 répartis dans trois villages, le Nordkyn procure, en effet, une expérience et des émotions hors du commun aux voyageurs. « Là où la nature règne », telle est la devise de la région.

Ce Finistère norvégien (tendance XXL), qui achève sa course dans la mer de Barents, alterne des paysages minéraux de matin du monde, entre hauts plateaux recouverts de toundra, lacs de montagne aux eaux turquoise, monts pelés, gigantesques éboulements de pierre, routes lancées vers l’infini de l’horizon et d’imposantes falaises plongeant dans l’océan, comme le cap Nordkinn : c'est d'ailleurs le point le plus au nord du continent européen, Knivskjellodden se trouvant sur l'île de Mageroya.

Une terre sublime, rude et isolée, rabotée par le vent et la pluie, plongée plusieurs mois dans la nuit hivernale et arrosée par le soleil de minuit en été.

Randonner au bout du monde

Randonner au bout du monde
Kjøllefjord © Jean-Philippe Damiani

Avec un tel cadre, le Nordkyn offre de spectaculaires randonnées (240 km en tout), à commencer par celle – difficile – qui mène au cap Nordkinn, accessible uniquement à pied. Un parcours de 24 km (aller simple) à faire en 8 h et réservé aux trekkeurs chevronnés.

D’autres randonnées, beaucoup plus faciles, sont accessibles à tous, avec un faible dénivelé. Mention spéciale pour le parcours Kjøllefjord-Skjøtninberg, reliant deux villages de pêcheurs aux maisons colorées. La rando (11 km, 4 h de marche) procure de belles vues sur les fjords, les vastes étendues de toundra parcourues par les rennes, et des lacs. En chemin, on peut cueillir des myrtilles et des mûres sauvages et se désaltérer à l’eau pure des rivières.

Autre parcours intéressant : le sentier culturel (4 km, 1 h 30 de marche) qui part du phare de Slettnes, qui est le plus septentrional du monde (nouveau record !). Outre de beaux paysages marins, - dont la côte déchiquetée qui évoque l’île d’Ouessant -, le circuit permet de découvrir d’étranges constructions labyrinthiques érigées face à la mer.

Leur origine mystérieuse n’est toujours pas élucidée. Héritage des Vikings ? Tombes samies ? Culte païen ? Seul le paysage, splendide, détient la réponse.

Fiche pratique

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Visit Norway

Northern Norway

Visit Nordkyn

Quand y aller ?

La saison est assez courte, de mi-juin à mi-août.  Températures moyennes : 10-14°c, mais grandes variations climatiques. Prévoir absolument des vêtements chauds pour randonner, la région se trouvant au nord du cercle polaire arctique.  Soleil de minuit de juin à fin juillet.

Les hivers sont modérément froids sur les côtes (entre -10° et 0°c), glaciaux à l’intérieur des terres (jusqu’à -50°c !). La saison des aurores boréales s’étend de fin septembre à fin mars.

Comment y aller ?

- En avion : vols quotidiens depuis Paris CDG et Nice vers l’aéroport de Honningsvåg (cap Nord) et Mehamn (Nordkyn), via Oslo et Alta avec SAS et Widerøe. Compter au moins 7 h de voyage. Hublot recommandé sur la dernière portion du voyage pour admirer le paysage du Finnmark. Honningsvåg se trouve à 40 km du cap Nord. Trouvez votre billet d’avion.

- En bateau : Hurtigruten, l'express côtier norvégien, fait escale quotidiennement à Honningsvåg (cap Nord) et à Kjøllefjord (Nordkyn). Compter deux jours de croisière depuis Bergen et 2 h 15 de bateau pour Honningsvåg- Kjøllefjord . Possibilité de prendre l’Hurtigruten à Tromso.

- Par la route : la route européenne E69 conduit au cap Nord, à une quarantaine de km de Honningsvåg. Distance depuis Oslo : 2140 km. Depuis Paris : 3633 km.

Où dormir ? Où manger ?

- Nordkapp Vandrerhjem : Kobbhullveien 10, Honningsvåg. AJ de 150 lits dans un gros bâtiment rouge au bord de l’eau. Dortoir : 330 Nok (35 €), double 760 Nok (80 €).

- Scandic Honningsvåg : Vågen 1. Hôtel de chaîne pratique et confortable, sur le port de Honningsvåg. Doubles à partir de 1 000 Nok (107 €).

- Cafe Corner : Fiskeriveien, à Honningsvåg. Resto, bar, boîte, l’endroit où sortir dans le coin. Plats à partir de 125 Nok (14 €).

- Foldalbruket Rorbuer, sur le port de Kjøllefjord . Hôtel et AJ (chambres de 1 à 4 personnes) installés dans un bel édifice rouge, qui est ancienne usine de transformation de poissons. Cuisine pour préparer son repas et sanitaires partagés. Nuit à partir de 795 Nok (84 €), petit dej inclus.

- Nordkyn Hotel : Strandveien 136, à Kjøllefjord. Hôtel sans grand charme, mais très bien situé. Fait aussi resto. Chambres à partir de 990 Nok (102 €).

- Slettnes Fyr : phare de Slettnes, à 4 km de Gamvik. Pour dormir dans la demeure de l’ex-gardien du phare le plus septentrional du monde. Accueil sympa et petit café l’été.  Doubles à partir de 745 Nok (80 €).

Activités

Davvi Siida : découvrir le mode de vie des Samis, dîner dans un lavvu et bien d’autres activités sont proposées par cette agence dirigée par Ellinor et Ailu Utsi, deux Samis passionnés par leur culture.

Foldalbruket : un musée sur l’histoire de la pêche dans le Finnmark.

Gamvik Museum : musée sur l’histoire de Gamvik et du Nordkyn, avec un important volet consacré à la pêche et aux traditions locales.

North Cape Hall : le hall d’entrée et musée du cap Nord. Cinéma, boutiques,  musée thai, chapelle, expo multimédia… Prix d’entrée : 260 Nok (28 €). Accès au site seulement : 160 Nok (18 €) !

Gallery East of the Sun : à Kamøyvær, sur Mageroya.  Petite galerie exposant les collages d’une artiste locale, Eva Schmutterer.

Commencez votre voyage en musique, écoutez notre playlist Routard Scandinavie.

Playlist Routard Scandinavie

Texte : Jean-Philippe Damiani

Mise en ligne :

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