Le véritable « découvreur » du port varois
est Guy de Maupassant en 1888 quand paraît Sur l’eau, chronique de ses
périples maritimes en Méditerranée à bord de son yacht, le Bel-Ami. À propos
de Saint-Tropez, il écrit : « une de ces charmantes et simples filles de
la mer… poussées dans l’eau comme un coquillage, nourries de poissons et d’air
marin et qui produisent des matelots. » Cette lecture suffit au jeune peintre
Paul Signac pour faire escale à son tour dans l’ancienne cité corsaire. Plus
que tout autre, il va participer à en faire la réputation. « Un vent singulier
m’a poussé vers la huitième merveille du monde » écrit-il, peu avant de
s’installer dans un cabanon à flanc de colline en 1892. Plus tard, il achètera
la villa La Hune. Signac approfondit son travail sur les couleurs pures, théorie
qu’il expose avec D’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme, rédigé à
Saint-Tropez, et qui bouleverse la peinture du jeune Matisse. Signac ne reste
pas longtemps seul sur son petit bout de paradis. De nombreux condisciples du
néo-impressionnisme, puis du fauvisme, le rejoignent pour travailler quelques
temps sous la parfaite lumière de la presqu’île ; Saint-Tropez devient
la petite capitale de l’école néo-impressionniste et accueille Pierre Bonnard,
Francis Picabia, Albert Marquet, Édouard Vuillard, Thys van Rysselberghe, quelques
années plus tard Kisling qui se rend en ville juché sur un âne. Certains s’y
installent durablement comme Charles Camoin, Henri Manguin, Dunoyer de
Segonzac et Matisse qui y possède la villa Les Cigales où il peint son
œuvre maîtresse de l’époque, Luxe, calme et volupté . En 1914,
Signac est le premier à délaisser la presqu’île, excédé par les prémices d’un
tourisme déjà mondain qui voit affluer à Saint-Tropez Coco Chanel, Paul Poiret,
Mistinguett, Maurice Chevalier, Isadora Duncan.