La maison a été vendue, transformée
en hôtel. À défaut d’avoir réussi à la faire acheter et transformer par la municipalité
en centre d’études sur Lowry, les amis de Malcolm Lowry ont obtenu qu’elle porte
aujourd’hui, seule concession à la signification du lieu, le nom en espagnol
de son livre, Bajo el Volcán, tel qu’il fut mémorablement traduit par
Raúl Ortiz y Ortiz en 1964. Comme l’Illiers-Combray de Proust, c’est donc
l’un des cas assez rares où la littérature prend le pas sur la réalité d’un
nom de lieu. Lors de son second séjour ici, Lowry écrivait à un ami qu’il se
sentait « vivre dans un livre », puisqu’il habitait la tour même où
il avait situé la demeure de son personnage Jacque Laruelle, et que le facteur
qui apparaît dans le livre, toujours en activité dix ans plus tard, lui apporta
ici l’acceptation de l’éditeur anglais, Cape, et, le même jour, celle de la
firme américaine Reynal & Hitchcok, qui publièrent simultanément
les deux éditions originales du livre. Les exemplaires restants de l’édition
américaine, devenus pratiquement introuvables (il en reste une quinzaine en
circulation dans le monde), se cotisent aujourd’hui aux alentours de mille dollars
pièce. J’ai le privilège d’en posséder un, grâce à mon excellent ami Charlie
Raby. Rien n’est plus émouvant pour moi que d’avoir accès à l’objet même, ou
probablement l’un de ses clones, que Lowry put tenir en main (il ne vit pas
la seconde édition, parue en 1965, huit ans après sa mort).