L’île de Calauit se situe à la pointe nord-ouest de l’île de Busuanga. Elle
a été transformée en réserve animalière en 1977. Le président Ferdinand
Marcos, alors de retour d’une conférence du groupe des 77 (représentant
les pays en développement), avait répondu à la demande d’aide du chef d’État
kenyan pour la sauvegarde d’espèces menacées dans son pays en lui proposant
de créer une réserve dans l’une de « ses » îles. Il songea à l’archipel
de île de Palawan où les îles se comptent par centaines. S’agit-il d’un réel souci
écologique ou d’un élan mégalomaniaque de Marcos connu pour sa démesure ?
La question reste entière. La rumeur dit que l’ancien dictateur envisageait
un vaste terrain de chasse privé pour son fils Bong Bong. En tout cas, le projet
demanda l’expulsion et le relogement des quelque 250 familles qui habitaient
cette île de 3 400 ha pour faire place aux nouveaux locataires fraîchement
débarqués de l’arche de Noé des temps modernes.
On implanta ainsi huit espèces de grands animaux parmi lesquels les girafes,
les impalas, les zèbres, les gazelles, les buffles d’eau, les tupi, les antilopes
et les boucs. Six d’entre elles survécurent ; il ne reste plus de gazelles,
ni de tupi de nos jours. La survie de ces « émigrés » africains relève
du miracle ; d’une part, les ressources alimentaires de l’île se sont vite
avérées très réduites pour satisfaire les gros appétits des bêtes. D’autre part,
à la chute de Marcos, son successeur Cory Aquino supprima tous les fonds consacrés
aux projets fantasques de l’ancien président. Les animaux n’ont survécu que
grâce aux habitants des îles voisines qui les ont nourri pendant six ans. Depuis,
faute de sang neuf, les espèces vont s’affaiblissant, voire rapetissent, comme
dans les cas des girafes qui n’atteignent pas la taille de leurs cousines africaines
à l’âge adulte. À cela, viennent s’ajouter le braconnage et les incendies criminels...
Ce qui ne contribue en rien à la paix de ces pensionnaires exilés de force.
Mais finissons par une note positive en disant que cette réserve constitue une
attraction pour les Philippins qui peuvent ainsi découvrir des animaux inconnus
dans leur pays.
Pour y aller : bateaux (bancas) depuis Coron Town. Départs le matin
de bonne heure, trajet 1 h 30. Ou bien depuis le resort Club Paradise
sur l’île de Dimakya, la plus proche. Les visites se font uniquement le matin
et l’excursion en bus-camion est assez touristique (voire carrément triste),
avec des arrêts pour nourrir les girafes, les caresser, etc. L’entrée coûte
300 pesos ; à cela, il faut ajouter 1 000 pesos pour le
camion qui fait le tour. Possibilité de dormir sur place, compter 150 pesos
pour une place sous une tente.