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Et l’ours polaire ?

Et l’ours polaire ?

Il est présent partout au Nunavut : sur les blasons, sur les rares documents touristiques et dans tous les esprits. Nous sommes bien au pays de l’ours ! Certains l’ont même vu rôder parfois dans les environs du village de Clyde. On peut aussi en rencontrer un dans le Centre des visiteurs Unikkaarvik [sorte d’office du tourisme, Ndlr] de la capitale à Iqaluit... mais empaillé ! Qu’on en rêve ou le redoute, qu’on veuille l’observer ou le chasser, tout le monde l’évoque avec passion.
Mais sur la banquise, le seigneur de l’Arctique se fait plus discret, l’animal se sait poursuivi par les chasseurs. Chaque année, une réunion au sein de la communauté locale détermine le nombre d’ours polaires autorisé à être abattus : de quinze à vingt environ dont la moitié est « réservée » aux Blancs. Les amateurs de trophées d’exception n’hésitent pas à venir de très loin traquer l’animal pendant plusieurs jours en compagnie de chasseurs inuits. Les tarifs journaliers sont pourtant prohibitifs : plus de 13 000 € !
Dès le premier jour de randonnée en traîneau, nous verrons quelques traces de pattes, dans la neige, sur le bord du fjord ou bien disparaissant derrière un rocher. Le lendemain, dans une cavité sous la glace, nos accompagnateurs inuits trouvent les restes du repas d’un ours : une peau de bébé phoque. Voilà maintenant d’autres empreintes, de différentes tailles : une mère et son petit né à l’automne sont passés par ici. Alors, va-t-on enfin le voir le prédateur des lieux ? Oh ! La réponse de Noah est toujours la même : « Vallaijuq ! » (Peut-être).
En abordant la banquise, plus au large, loin des montagnes, la probabilité de rencontrer l’animal mythique est en principe plus élevée. Mais comment le repérer dans cette immensité blanche parfois uniforme et souvent chaotique, hérissée de plaques et creusée de failles. La progression devient impossible, même en motoneige. Les crevasses de cette mer figée en pleine tourmente empêchent notre avancée. Juché sur un iceberg, scrutant l’horizon infini, Noah me confie : « Moi aussi, quand j’étais enfant, à chaque sortie, j’étais impatient de voir l’ours polaire et ma mère me répétait : le meilleur moyen de ne pas le rencontrer est de trop y penser ». Chez les Inuits, la parole des anciens est toujours respectée.

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Photo : Jean Saint-Martin



 



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