Au fur et à mesure que nous progressons, les sommets des montagnes apparaissent
moins hauts, plus arrondis, le fjord gagne en largeur, l’embouchure approche
et la banquise de mer aussi. Unique, au milieu de l’immensité blanche, se dresse
un iceberg, piégé par la transformation de l’eau en banquise. Sa surface glacée
offre au regard une palette infinie de teintes bleutées qu’accentuent les rayons
du soleil. C’est à cet endroit que Noah, l’Inuk qui nous précède en motoneige
avec son chargement pour la logistique du raid, s’arrête brusquement. Harpon
à la main, il sonde fiévreusement la glace à la recherche d’une cavité. Ici,
là, un peu plus loin. Le voici sautant à pieds joints afin de creuser un trou.
Le but ? Piéger un bébé phoque par surprise. Peine perdue ! Voilà
notre ami plongeant la tête dans l’orifice, jusqu’à la taille. Le phoque s’est
bien enfui par une galerie sous la glace !
Nos Inuits seront plus chanceux le lendemain en relevant les filets posés précédemment.
D’abord, il faut briser la couche de glace vite reformée par ces températures
polaires, évacuer les glaçons à la pelle puis tirer les filets. Premier et deuxième
trou : aucune prise. Le butin et les sourires arrivent avec le filet du
dernier trou. Jayko et Noah unissent leur force pour extraire un magnifique
phoque marbré d’environ 45 kg mort asphyxié et étranglé par les mailles
du filet.
Ce phoque frais sera le bienvenu pour le repas des chiens à l’étape. Des hurlements
pendant le dépeçage, suivis d’une bataille entre bêtes féroces, chacun défendant
avec rage son bout de gras et de viande. Ce n’est bien entendu pas le moment
d’approcher les molosses, en quelques minutes, le festin est terminé laissant
des chiens repus. Nous avons droit nous aussi à notre ration de phoque ;
les meilleurs morceaux, bien entendu ! Un fumet évoquant le poisson se
répand dans la cabane. Cuits simplement dans l’eau, les morceaux mijotent à
présent dans une sauce brune. Le phoque, qui a une texture de viande à la forte
saveur de gibier, est accompagné d’un bout de banique, le pain local
fabriqué avec de la farine et de la fécule de pommes de terre. Finalement un
plat agréable qui nous change des sempiternelles nouilles déshydratées des pique-niques
de la mi-journée. Il vous est facile d’imaginer que l’eau tiède des thermos
n’arrive jamais à réchauffer les pâtes qui restent désespérément « croustillantes » !