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De robustes marathoniens des glaces

De robustes marathoniens des glaces

Jayko, 55 ans, Inuk (Inuk est le singulier d’Inuit) de Clyde River, un village perdu sur la côte est de la terre de Baffin (70 ° Nord) s’apprête à atteler ce matin ses chiens à son qamotik (traîneau). Une bonne dextérité est de mise pour attacher les quinze chiens de l’équipage sans emmêler les cordes d’autant qu’il y a quelques récalcitrants ! Les plus expérimentés seront placés en tête de meute, les plus jeunes sur les côtés. En terre esquimaude, la disposition des chiens est toujours en éventail : si l’un d’eux venait à tomber dans un trou d’eau il n’entraînerait pas le reste de l’attelage. Cependant il n’y a rien à craindre en ce début avril, la couche de glace est conséquente et ce ne sont pas les pâles rayons du soleil diffusant une luminosité opaque à travers la brume qui risquent de dégeler la banquise.
Grognements, aboiements, on perçoit une certaine impatience parmi les chiens. Juste le temps de se placer maladroitement sur les lattes de bois et le traîneau s’élance dans le Grand Blanc ! Un passage sur une couche de neige plus épaisse et les patins s’enfoncent dans la poudreuse, voilà que l’allure ralentie. « Ain ! Ain ! Ain ! » Jayko encourage l’attelage et le trot s’accélère. Parfois un simple sifflement ou un claquement de mains suffit pour stimuler la troupe.
Un vent de côté souffle maintenant soulevant la neige par vagues successives, le refroidissement que provoque cette poussière de glace refroidit mon visage pourtant bien protégé. Le nez pique et coule, les yeux pleurent et les cils se chargent de perles de glace. C’est évident : une découverte de l’Arctique, cela se mérite ! Quant aux chiens, habitués à ces conditions polaires, ils tirent la langue et leur museau est tapissé de givre. Quelques coups d’œil furtifs et craintifs vers leur maître semblent témoigner d’un doute sur la direction à suivre... « Ouuuah ! Ouuuah ! » (À droite !) crie à plusieurs reprises Jayko. L’effet n’est pas probant, l’attelage se dirige toujours vers la gauche ; même un coup de fouet claquant ne permettra pas d’obtenir la direction souhaitée. Seul l’arrêt précipité par l’action d’une double griffe labourant la neige sur le côté du traîneau provoquera le changement d’orientation. Un peu plus tard, en observant bien la neige, on constate que le meilleur guide pour les diriger est une trace de motoneige. Alors là, le cap est maintenu sans aucun problème. Pardon Jayko !
Vaillants, courageux et pleins d’énergie, tels se révèlent les chiens esquimaux qui nous tractent. Des chiens issus de croisement entre les races groenlandaises, malamutes et huskies. Imaginez leur labeur : plus de 40 km parcourus chaque jour en tirant un qamotik lourd de près de 500 kg. Des caresses et des récompenses à l’étape ? Non, non, juste un morceau de phoque gelé (seulement tous les deux jours) en guise de repas et une nuit à la belle étoile « polaire ».
Et que dire du calvaire de ce jeune chien blessé à la patte arrière par un choc contre le traîneau, qui finira l’étape sur trois pattes. Le lendemain, il ne sera pas attelé. Boitant et sautillant, il tentera de suivre la troupe... En vain. Il disparaîtra progressivement de notre vue et nos accompagnateurs inuits de nous confier : « Oh, il regagnera le village en suivant les traces, peut-être dans deux jours... Ou jamais ! » Le monde arctique est sans pitié pour les plus faibles.

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Photo : Jean Saint-Martin



 



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