Nicosie, la ville aux deux visages

Nicosie la grecque : entre modernité et tradition

Nicosie la grecque : entre modernité et tradition
Patrick de Franqueville

Un héritage de la colonisation britannique : on roule à gauche. Au premier abord, Nicosie la grecque ou Lefkosia, son nom local, se veut moderne, occidentale, européenne. De larges boulevards bordés de banques, d’enseignes de vêtements vues mille fois, des terrasses de café prisées pour boire son café frappé ou son cocktail. Le soir, les jeunes Nicosiens se retrouvent dans les bars design et les boîtes de nuit branchées qui commencent à empiéter sur la vieille ville, là où la capitale dévoile ses charmes, même un peu surfaits.
À l’intérieur des remparts vénitiens, une promenade s’impose à travers le quartier typique du Laïki Yitonia, avec ses ruelles enchevêtrées, ombragées par les feuilles de vigne, ses balcons vénitiens et ses inévitables boutiques de souvenirs - dentelles et statuettes d’Aphrodite à profusion. À la terrasse des auberges, les serveurs appâtent les passants avec un ouzo offert par la maison. Au menu : mezze gargantuesque - jusqu’à 22 plats ! - et de la musique grecque traditionnelle, chantée en live avec un peu de chance et beaucoup de kitsch...
Sur la place voisine, les anciens discutent sur les bancs, à l’ombre des arbres, une clope au coin de la bouche. En marchant au hasard des rues de la vieille ville, on finit toujours par tomber sur un mur, sur des sacs de sable ou sur le Café Berlin, un snack adossé à la ligne verte. Même Lidras Street, l’artère piétonnière et commerçante qui traverse la cité du sud au nord, bute sur le poste d’observation de l’ONU. On peut y monter aux côtés d’un casque bleu en faction, voir la zone tampon, désolée, encore minée, et apercevoir plus loin la zone turque, officiellement occupée. Juste en dessous, des photos agrandies et un texte rappellent les événements de 1974 et le sort inconnu à ce jour des personnes disparues à cette époque. À deux pas, un monument évoque la violation des droits de l’homme à Chypre. Difficile d’oublier que le pays est coupé en deux. Les drapeaux se font face : chypriote grec et grec d’un côté, chypriote turc et turc de l’autre. Mais l’écriteau qui surmonte ce poste, « Nothing is gained without sacrifices and freedom without blood », ne reflète plus les relations actuelles. Signe de détente, premier pas vers la réconciliation... voilà maintenant près d’un an et demi que la ligne verte s’est ouverte à Nicosie.

Texte : Nathalie Van Batten

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