Les militaires turcs du Nord se font plus discrets
depuis l’ouverture de la ligne verte, plus souvent retranchés dans leurs casernes.
Et même si la langue, la monnaie et le café sont bien turcs, à y regarder de
près, les pierres racontent inlassablement la même histoire : les arches
des Lusignan, les balcons ottomans et toujours les remparts vénitiens qui bouclent
le cercle de ce côté-ci. Sur les onze bastions disposés autour de ces murailles,
cinq se trouvent côté turc, cinq côté grec et le dernier est sous le contrôle
de l’ONU. Les archéologues chypriotes du Nord et du Sud travaillent ensemble
de nouveau, conscients que leur histoire est profondément une. Sous le même
soleil de plomb, Chypriotes grecs et turcs réservent au visiteur le même accueil,
la même envie de raconter un bout de leur pays, un bout de leur vie. Ils partagent
la croyance populaire orientale contre le mauvais œil - preuves en sont
les pendentifs et autres babioles bleus ornés d’un cercle blanc avec un point
noir au milieu, répandus au Nord comme au Sud. Ce qui n’a pas conjuré l’ironie
mythologique pour l’île d’Aphrodite, déesse de l’amour, d’être la dernière capitale
européenne ainsi divisée. Une exception dans tout le pays : Pyla. L’unique
village mixte chypriote est situé dans la zone tampon et vit pacifiquement,
depuis la division de l’île, sous l’œil de casques bleus.