Cette frontière de béton et de barbelés sépare les Chypriotes grecs des Chypriotes
turcs depuis que l’armée turque a envahi le nord de l’île en 1974. Mais
elle doit son nom au tracé, à peu près identique, réalisé au crayon vert par
un général britannique, responsable de la mission d’interposition dans les années 1960,
lors des premiers affrontements interethniques. Au nord, on la connaît aussi
sous le nom de « ligne Attila », en référence au chef des troupes
turques de 1974 emmenées par Attila Sav.
Pour la franchir à pied, il faut faire le détour par le check-point du Ledra
Palace, à l’ouest de la ville, en longeant les remparts. Le palace en question
n’a plus rien d’un hôtel luxueux. Cette imposante bâtisse a à peine meilleure
allure que les bâtiments voisins, criblés de balles, partiellement détruits,
envahis par la végétation. Dans ce décor improbable bordé de palmiers passent
des casques bleus en VTT, des Chypriotes turcs qui travaillent côté grec, des
femmes portant leurs emplettes. Étrange ambiance, silencieuse, mais pas pesante.
Au bout de quelques centaines de mètres, un guichet en bois et deux officiers :
pas de question, pas de fouille, juste le passeport qu’il ne faut surtout pas
faire tamponner, auquel cas les autorités chypriotes grecques ne vous permettraient
pas de revenir. Une petite feuille volante tient lieu de laissez-passer, qui
n’est plus limité à la journée. Depuis fin mai 2004, une simple carte d’identité
suffit aux ressortissants de l’Union européenne, donc aux Chypriotes grecs également
- à condition tout de même que les informations y figurent en alphabet
latin, et pas seulement en grec.
Les Chypriotes qui passent en voiture, à deux kilomètres de là, doivent payer
une assurance locale dès l’entrée sur le territoire chypriote turc. N’y pensez
pas avec une voiture louée au sud : aucun organisme n’assure dans la République
de Chypre Nord, cet État n’étant pas reconnu par la communauté internationale.