Un héritage de la colonisation britannique : on roule à gauche. Au premier
abord, Nicosie la grecque ou Lefkosia, son nom local, se veut moderne, occidentale,
européenne. De larges boulevards bordés de banques, d’enseignes de vêtements
vues mille fois, des terrasses de café prisées pour boire son café frappé ou
son cocktail. Le soir, les jeunes Nicosiens se retrouvent dans les bars design
et les boîtes de nuit branchées qui commencent à empiéter sur la vieille ville,
là où la capitale dévoile ses charmes, même un peu surfaits.
À l’intérieur des remparts vénitiens, une promenade s’impose à travers le quartier
typique du Laïki Yitonia, avec ses ruelles enchevêtrées, ombragées par les feuilles
de vigne, ses balcons vénitiens et ses inévitables boutiques de souvenirs - dentelles
et statuettes d’Aphrodite à profusion. À la terrasse des auberges, les serveurs
appâtent les passants avec un ouzo offert par la maison. Au menu : mezze
gargantuesque - jusqu’à 22 plats ! - et de la musique grecque
traditionnelle, chantée en live avec un peu de chance et beaucoup de
kitsch...
Sur la place voisine, les anciens discutent sur les bancs, à l’ombre des arbres,
une clope au coin de la bouche. En marchant au hasard des rues de la vieille
ville, on finit toujours par tomber sur un mur, sur des sacs de sable ou sur
le Café Berlin, un snack adossé à la ligne verte. Même Lidras Street, l’artère
piétonnière et commerçante qui traverse la cité du sud au nord, bute sur le
poste d’observation de l’ONU. On peut y monter aux côtés d’un casque bleu en
faction, voir la zone tampon, désolée, encore minée, et apercevoir plus loin
la zone turque, officiellement occupée. Juste en dessous, des photos agrandies
et un texte rappellent les événements de 1974 et le sort inconnu à ce jour
des personnes disparues à cette époque. À deux pas, un monument évoque la violation
des droits de l’homme à Chypre. Difficile d’oublier que le pays est coupé en
deux. Les drapeaux se font face : chypriote grec et grec d’un côté, chypriote
turc et turc de l’autre. Mais l’écriteau qui surmonte ce poste, « Nothing
is gained without sacrifices and freedom without blood », ne reflète
plus les relations actuelles. Signe de détente, premier pas vers la réconciliation...
voilà maintenant près d’un an et demi que la ligne verte s’est ouverte à Nicosie.