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La guerre des poulets

La guerre des poulets

Key West est le royaume des coqs, poules et poulets. Ils se déplacent le plus librement du monde, traversent la rue à l’improviste et font leurs vocalises à l’aube. Comme dans beaucoup d’îles des Caraïbes, ils ont longtemps été appréciés pour leurs œufs et leur viande. Et aussi parce qu’ils mangent scorpions et autres insectes. Mais la tradition ne fait plus l’unanimité. Des habitants se plaignent de ces volatiles sans toit ni loi, qui font des trous dans les jardins, s’introduisent dans les maisons et importunent par leurs crottes et leurs cris. Certains ont entrepris de les exterminer. La municipalité de Key West a finalement décidé en janvier 2004 d’engager le premier « attrapeur de poulets » : Armando Parra, coiffeur semi-retraité. Sa mission : réduire de moitié la population de gallinacés de l’île, actuellement estimée à deux mille. Les volatiles pris à ses pièges sont exilés dans une ferme du comté de Miami Dade. Mais la résistance s’organise : Katha Sheehan, surnommée « the chicken lady », a fait circuler une pétition contre cette rafle sans précédent. « Au lieu de les expulser, la municipalité devrait créer un parc animalier où accueillir les coqs, poules et poulets en surnombre », s’insurge-t-elle. Il faut dire que cette habitante de Key West recueille elle-même les gallinacés maltraités, victimes de combats de coqs illégaux ou cruautés diverses. Pour financer sa passion, elle a ouvert en 2000 le Chicken’s Store. Dans la première pièce, elle vend tout un assortiment de bibelots et tee-shirts décorés à la gloire de la volaille locale. Et distribue gratuitement des boules Quiès. Mieux vaut se boucher le nez avant d’entrer dans la deuxième pièce, là où sont hébergés ses protégés : Homer le coq aveugle, Kiwi à la crête de travers ou encore Miss Pecky Hen et plusieurs couvées de poussins orphelins. Tous sont à adopter. Des enfants du quartier lui vendent un dollar pièce les scorpions qu’ils ont attrapés. Et que les coqs se font un plaisir de croquer.

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Photo : Chantal Dussuel



 


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