Si l’architecture du XIXe siècle est si bien préservée, c’est, dit-on,
parce que l’île a ensuite vite périclité. Durement frappée par la grande dépression
de 1929, elle n’a pas eu les moyens de se moderniser dans les années 1930,
à l’époque où la plupart des villes américaines commençaient à trouver vieillottes
les maisons en bois du siècle précédent.
Aujourd’hui, c’est en se perdant dans le dédale de ruelles ombragées proches
du cimetière que l’on devine le Key West d’antan : Poorhouse Lane, au nom
évocateur, Bakers Lane, qu’une abondante végétation drape de mystère, ou encore
Galveston Lane, bordée de cabanons en rang d’oignon, qui semblent tout droit
sortis d’une pièce de Tennessee Williams. Le calme règne dans ces petites rues
résidentielles. Tout au plus entend-on de temps en temps le moteur d’un scooter
ou les grincements de pédale d’un vélo. Au détour d’une rue, on tombe sur une
épicerie cubaine. Au coin de Southard et Grinnell Street, par exemple, Five
Brothers vend café con leche et sandwichs cubains. En plus des conch
fritters (coquillages frits) - spécialité locale, pas ce qu’il y a de plus
léger.
Le passé de Key West se laisse aussi découvrir dans le Bahama Village (à l’ouest
de Whitehead Street et au sud d’Olivia). Un quartier traditionnellement noir,
surnommé La Africana à la fin du XIXe siècle. La population
était majoritairement originaire des Bahamas et de Cuba. Aujourd’hui, on y voit
beaucoup de modestes baraques, où habitaient autrefois les employés des fabriques
de cigares, et quelques minuscules églises. Mais commerçants et touristes s’y
font de plus en plus présents. Au coin de Petronia et de Thomas, le restaurant
Blue Heaven affiche encore quelques couleurs locales, malgré les vacanciers
qui font la queue à l’extérieur. On y mange dehors, dans une atmosphère détendue,
sous les palmiers et les ficus, au milieu des coqs en liberté.