Un jour de l'été 2003, une cousine de Dung installée aux États-Unis lui
écrit : on a retrouvé la tombe de ton père Nguyen Van Hau. Aussitôt Dung
lui téléphone pour avoir plus de détails. Et il décide d’aller à Da Nang pour
retrouver la tombe paternelle et récupérer ses cendres afin de les rapatrier
en France, où il souhaite les conserver dans une urne funéraire. C’est l’usage
chez les bouddhistes. Je décide alors de l’accompagner au Vietnam. Nous arrivons
à Hué en décembre, sous la pluie et les nuages de la mousson.
Commence alors une quête familiale et sentimentale qui ressemble à une enquête
policière. Mais le mot « quête » n’est-il pas dans le mot enquête ?
À Hué, Dung convoque un témoin qui aurait aperçu le premier la tombe paternelle.
C’est un modeste chauffeur de xe om, un taxi-moto. Dung le questionne.
Un jour, en cherchant la tombe de son propre père dans le petit cimetière de
Son Tra, l’homme du taxi-moto nota l’inscription d’un nom sur l’une des sépultures :
« Nguyen Van Hoi ». Ce nom ressemble à deux lettres près à celui de
Nguyen Van Hau. Quelques semaines plus tard, le chauffeur prit une cliente sur
sa moto. Au cours de la conversation, il lui raconta comment il avait retrouvé
la tombe de son propre père et noté la présence de cette tombe voisine avec
ce nom-là inscrit. Mais la cliente (une lointaine cousine de Dung) comprit mal
le dernier mot du nom de famille. Elle avait entendu Hau alors qu’il s’agissait
de Hoi ! Pour elle, il n’y eut aucun doute : c’était bel et bien quelqu’un
de sa lignée. Mais avec le bruit du moteur et le vent qui cinglait son visage,
la passagère avait confondu les noms. Résultat de cette méprise : l’information
était faussée, et la piste de recherche n’aboutissait à rien. Le chauffeur de
taxi-moto quitta Dung après une bonne heure de questionnement.