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À la recherche du père disparu
Nguyen Van Hau disparu, sa femme et ses enfants passèrent des semaines à l’attendre
en vain à Saigon. En mars 1975, son fils Nguyen Chi Dung était âgé de dix-neuf
ans. Aujourd’hui, il a quarante-sept ans et n’a rien oublié du passé. L’absence
de nouvelles de son père lui pèse toujours autant. Né à Da Nang en 1956,
Dung a passé son enfance dans cette ville, où il habitait une maison dans un
quartier résidentiel, située au 35, rue Than Son (de 1967 à 1973).
Il fréquenta le lycée Blaise Pascal de Da Nang, jusqu’en 1973. Cette année-là,
en raison de la guerre, l’établissement ferma ses portes. Avec sa mère et ses
sœurs, il partit vivre à Saigon, poursuivant sa scolarité au lycée Marie Curie,
l’établissement secondaire le plus réputé de la ville à cette époque. En mai 1974,
il passa brillamment son bac. Le 30 mars 1975, il était étudiant à
l’Université Polytechnique où il suivait des cours pour devenir ingénieur des
Bâtiments et Travaux Publics. Chaque jour, il s’attendait à voir son père débarquer
de son hélicoptère. Madame Nguyen et ses enfants vivaient dans l’angoisse. Dung
vécut l’attente de son père comme une épreuve. « Pourquoi mon père n’arrive-il
pas ? Que s’est-il passé ? Il est arrivé quelque chose de grave. Il
n’est pas auprès de nous. »
Ainsi les journées se suivirent, avec l’espoir de le voir arriver qui diminuait
au fur et à mesure que le temps s'écoulait. Puis ce fut la chute de Saigon le
30 avril 1975, qui marqua la fin de la guerre, et la mainmise du Nord
communiste sur le Sud capitaliste. Le Vietnam privé de libertés, placé sous
un régime de fer dans l’orbite du bloc soviétique, devint le pays le plus fermé
de la planète. Dung et sa famille, comme des milliers (des millions !)
de Vietnamiens, ne virent qu’une solution : quitter le pays. L’appel de
la liberté fit de Dung un boat people, un candidat décidé à fuir coûte
que coûte. Il tenta plusieurs fois de s’enfuir au péril de sa vie et de manière
clandestine (la nuit, dans des conditions incroyables). Il fut capturé par la
police, arrêté et enfermé pendant deux années dans un camp de travaux forcés,
près de Ben Tre dans le delta du Mékong. Puis en 1990, il obtint des autorités
françaises un visa d’accueil. En mars 1990, il débarqua à l'aéroport de
Roissy avec le statut de réfugié politique et retrouva sa femme Trang et son
jeune fils qu’il n’avait pas vu depuis un an et demi. Il était enfin sorti de
ce cauchemar. Dung a refait sa vie en France. De 1990 à aujourd'hui, il
ne s’est pas tourné les pouces. Ardent à la tâche, il est devenu ingénieur-informaticien.
Il a trouvé du travail dans une entreprise privée. Il vit avec sa femme et ses
deux enfants en région parisienne.
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