Sur l’aéroport civil de Da Nang, la foule des réfugiés grossissait d’heure
en heure. On criait, on hurlait, on se piétinait. On empêchait les passagers
d’embarquer dans les avions. Des femmes, des enfants, des soldats en déroute
envahissaient les bâtiments et les pistes déjà encombrées de jeeps et de camions
abandonnés. Les avions ne pouvaient décoller qu’avec difficulté. Et ceux qui
parvenaient à le faire avaient du mal à fermer les portes, bloquées par les
mains ou les bras de ceux qui tentaient en vain d’y embarquer. Il fallait se
battre. Un homme, accroché au train d’atterrissage d’un avion, s’en détacha,
puis tomba dans le vide, quelques secondes après le décollage de l’engin.
Pour les civils, il devint impossible de fuir Da Nang par les airs. Il ne restait
que la mer. Là aussi, la situation était dramatique. Sur le port de Da Nang,
les milliers de fuyards s’agglutinaient sur les quais dans le plus grand désordre.
Ils se bousculaient pour monter à bord des barques, des péniches et des bateaux
de pêche pour gagner le large. Certains radeaux confectionnés à la va-vite chaviraient,
des embarcations de fortune furent touchées par les obus de l’artillerie nord-vietnamienne
installée au col des Nuages. L’armée du Nord avait prévenu son ennemi :
on tirera sur toutes les embarcations à la sortie de la rade, qu'il y ait des
civils ou pas à bord. La surface de l’eau reflétait l’horreur de cette débâcle :
morceaux de pneus, paquetages abandonnés, objets flottants, vêtements déchirés,
et même des cadavres oubliés à la dérive. Sinistre ! L'étau se resserra
encore. Et Olivier Todd de constater : « L'évacuation de Da Nang
dépasse tout ce qu'on a décrit, photographié, télévisé jusque-là comme scènes
atroces ».