C’était le 30 mars 1975, c’était il y
a vingt-neuf ans. C’était presque hier. La France vivait à l’heure du giscardisme
libéral tandis que la guerre du Vietnam approchait inéluctablement de son dénouement
tragique. Ce 30 mars était un dimanche de Pâques. Les troupes nord-vietnamiennes
entraient dans Da Nang, la deuxième ville du pays après Saigon, qui était alors
la capitale de la République du Sud Vietnam. Pour les officiers sud-vietnamiens
et américains, pour les journalistes et les observateurs de ce conflit, pour
les simples citoyens du Sud, l’impensable venait d’arriver : la ville de
Da Nang était tombée aux mains de l’ennemi : les communistes du Nord. Un
mois plus tard, le 30 avril 1975, Saigon tomba à son tour, marquant
la victoire définitive du Nord sur le Sud, la fin de la République du Sud-Vietnam,
la réunification d’un pays déchiré par trente ans de guerre, mais aussi la fin
des libertés et le début d’une longue nuit totalitaire pour un des peuples les
plus pauvres de la planète. Mais la chute de Saigon, aussi importante soit-elle
dans le déroulement de la guerre, a occulté la chute de Da Nang. Pourtant des
choses bien plus graves se passèrent à Da Nang : ce fut un drame humain
sans précédent. Auteur de Cruel Avril (Éditions Robert Laffont), le journaliste
Olivier Todd a suivi le conflit de près. Pour lui : « Aucune ville
à travers toute l’Indochine, même pas Saigon, n’a été autant marquée par la
guerre ».