C'est au lycée Ohlange d'Inanda(The
Ohlange Institute),à une trentaine de kilomètres de la ville de
Durban (province du Kwazulu-Natal), dans le sud-est du pays, que NelsonMandelavota ce 27 avril 1994. Nous y sommes. Le ciel est couvert. De gros nuages
gris chargés d'humidité viennent de l'océan Indien, tout proche. Il va pleuvoir.
D'innombrables maisonnettes ("les boîtes d'allumettes", comme on les
surnomme en raison de leur petite taille) du township d'Inanda couvrent
à perte de vue les versants des collines verdoyantes. Des centaines de milliers
de Noirs vivent là, comme à Soweto. Le lycée d'Ohlange est une école primaire
et secondaire fréquentée par des collégiens tous issus de cette communauté noire.
Avec Romy, notre guide indienne, nous passons la grille d'entrée. Je remarque
des fenêtres aux carreaux cassés et un panneau portant le nom d'IBM. Après des
années d'abandon, l'école est réhabilitée aujourd'hui grâce à l'appui financier
de la compagnie IBM. « C'est Magic Madiba qui est à l'origine de tout
ça », dit Romy. Magic Madiba est le surnom donné par beaucoup à Mandela,
l'homme qui peut téléphoner à tous les puissants de la terre s'il veut leur
parler et leur demander un coup de main. Dans la cour, des nuées de jeunes collégiens
discutent avant de rentrer chez eux. Les gamins appartiennent à des familles
pauvres, mais ils portent tous un uniforme, noir et blanc, qui leur donne une
certaine élégance. Pauvres mais dignes ! Le gardien nous fait visiter une
petite maison abritant le musée consacré à John L. Dube (1871-1946).
Celui-ci fut le fondateur de la première école noire, et dès 1912 le premier
président de l'African National Congress (ANC). Quelques documents et des photos
suffisent à honorer sa mémoire. Il fut à la fois un éducateur, un politicien,
un éditeur de journal, mais aussi un pasteur et un visionnaire. Son tombeau
familial se trouve juste derrière le musée sur une butte de terre. Nelson Mandela
avait choisi de voter ici pour lui rendre hommage : « ... J'ai déposé
mon bulletin dans l'urne près de sa tombe, fermant ainsi le cycle historique,
car la mission qu'il avait entamée quatre-vingt-deux ans plus tôt était sur
le point de s'achever. »