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Let's go à Goa

Quand Laxmi rencontre le Bon Jésus

Quand Laxmi rencontre le Bon Jésus

Please blow horn est une drôle d’injonction que l’on lit à l’arrière de tous les camions indiens, Tata ou pas, tandis que les autocollants très flashy des pare-brise définissent la croyance du conducteur. Pour les hindouistes, c’est Laxmi, la déité que l’on chérit pour obtenir des biens matériaux. Les catholiques affichent les stickers du « Bom Jesus » ou de Notre-Dame de Vailankanni, du nom du village du Tamil Nadu où la sainte aurait fait son apparition.
Je prépare ma journée d’excursion pluriconfessionnelle vers les temples hindouistes de Ponda et vers Chandor, où se trouvent les anciennes maisons indo-portugaises des illustres familles catholiques. Premier arrêt au temple Shri Manguesh, le plus visité par les touristes donc celui où les gardiens se montrent les plus racoleurs. Beaucoup de lustres, signe de la richesse du lieu et de la générosité des donateurs. La partie la plus intéressante se trouve à l’arrière de la cour, une sorte d’entrepôt pour les palanquins et les chariots utilisés lors des festivals. Les représentations de Shiva côtoient les éléphants en carton-pâte et l’ensemble très coloré prend tranquillement le soleil en attendant leur prochaine sortie.
Le temple suivant, consacré à Shri Mahalsa, dédié à Vishnu et à sa compagne Laxmi (ou Mahalsa, déesse de la prospérité), possède un beau plafond et de magnifiques portes en bois sculpté. Je le visite de façon plus calme, tout comme celui de Sri Nagesh, petit, mais avec un beau bassin au milieu de la palmeraie où les pèlerins font leurs ablutions. Une belle route à travers les rizières sépare les temples Sri Nagesh et Sri Shantadurga. Ce dernier est le plus grand de tous et le plus entretenu par une foule de serviteurs en sarong jaune, orange et rouge. Il est consacré à Durga ou Parvati, la déesse de la paix, épouse de Shiva. L’extérieur est banal quoique soigné, dans les tons ocre et beige. Deux portes ornementales en argent séparent les pèlerins de l’autel. Le rituel commence en sonnant la cloche placée à l’entrée. Puis, les dévots se prosternent devant la première porte et adressent leurs offrandes (fleurs, noix de coco) ainsi qu’une lettre contenant des vœux aux serviteurs. En retour, ceux-ci les purifient avec de l’eau.

Le village de Chandor se situe à une quinzaine de kilomètres à l'est de Margao et abrite la Bragança House, immense bâtisse portugaise dont les ailes les plus anciennes datent du début du XVIIe siècle, ainsi que la Casa Fernandes, une demeure plus ancienne que la précédente. Certes moins luxueuse que sa voisine, c’est un magnifique bric-à-brac où l’on pénètre réellement dans le passé et le présent d’une famille de chardos, une caste d’hindous convertis au christianisme au XVIIe siècle. Je me laisse conduire par le fils de Dona Sara à travers les objets d’époque pré-portugaise et Kadamba disposés à l’entrée. D’ailleurs, la structure hindoue de la maison date d’avant la colonisation ; il s’agit de l’ancienne partie donnant sur le fleuve à l’arrière. Il faut monter à l’étage, non seulement pour faire la connaissance de la charmante propriétaire, mais pour découvrir une trappe secrète qui mène au sous-sol, là où la famille trouvait refuge lors d’attaques des rebelles hindous. La superbe salle de bal aux murs jaunes, s’étirant le long de la façade côté rue, est flanquée de deux chambres meublées avec des lits torsadés et des commodes à tiroirs cachés. Quant à la partie centrale, un vrai bijou, où les petits-enfants de Dona Sara pédalent entre causeuses en velours écarlate et divans indo-portugais tandis que deux poussins (des vrais !) se frayent un chemin entre la cuisine et la chapelle dédiée à Notre-Dame de Bonaparto... Ému, le fils me montre les trois cents médailles pieuses collectionnées par son père de son vivant et tourne les pages des registres de la maison rédigés en modi, une écriture ancienne que les chercheurs de Goa s’efforcent de décrypter. Je passe du sagão, la cour centrale ouverte servant à récupérer l’eau de pluie, à la chambre de la maîtresse de maison, dissimulée derrière des portes en bois léger couvertes de fines lamelles de nacre (calepas). Mère et fils s’arrêtent devant chaque objet et les explications fusent de partout... J’y resterais des heures. Une petite boîte est placée discrètement sur une table près de l’escalier pour les participations, car il faut des moyens pour entretenir un pareil héritage. On est loin ici des mariages des classes basses avec une dot composée de cruches en étain (aujourd’hui en plastique) et de briques de latérite pour la future maison. Mais quel bonheur de savoir que quelques Goanais résistent encore aux sirènes du tourisme de masse et veulent préserver leur patrimoine culturel.


Texte : Claudio Tombari. Photo : Claudio Tombari
Mise en ligne le 10 juin 2003


 



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