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Pousser jusqu’aux extrêmes
« Il te faut aller plus au Nord alors », me suggère le boucher. « C’est
facile, d’ailleurs ils ont récemment ouvert le pont. Ou bien tout au Sud, là
aussi tu seras à l’aise. » Un peu comme si à Goa, on ne peut bien vivre
que dans les extrêmes. D’ailleurs, une fois passé le pont de Siolim, le visage
agricole et hindouiste de l’Inde fait son apparition ; plus besoin de valser
avec chiens, coqs et vaches qui traversent la route car ils errent dans les
champs. Au Nord, il y a un espace pour les humains et un autre pour les bêtes,
donc un semblant d’ordre dans ce petit État. Morjim, Asvem, Mandrem, trois belles
plages aux frontières mobiles qui se succèdent en se moquant des toponymes.
Avant d’arriver à Arambol, la route se ramasse à nouveau et découvre des étangs
où se reproduisent les crevettes à l’aide d’un aérateur. Puis, une fois passé
ce village néo-hippie, c’est le paradis des nudistes à Querim, face au fort
de Tiracol. « Ils ont mis quinze ans pour finir ce pont », commente
le chauffeur de rickshaw, « maintenant on voit monter les jeunes
de Chapora, Vagator et Anjuna à la recherche d’endroits où passer la journée
et pourquoi pas la soirée ». Même si les raves n’ont (officiellement)
plus droit de cité à Goa, certaines ont lieu sur les sables d’Arambol et de
Querim. Je mène ma petite enquête sur place et on m’annonce que ce soir-là il
y aura quelque chose dans les parages. Mais, pour être vraiment sûr, il vaut
mieux se donner rendez-vous au Nine Bar de Vagator, lieu d’où partent toutes
les rumeurs.
Il est essentiel d’être motorisé - ou plutôt scooterisé - à Goa si
l’on veut se déplacer de plage en plage au gré des événements et des envies.
Une fois qu’on est fixé (après avoir discuté fermement les prix avec les loueurs
de chambres et de cabanes), il faut faire son marché chez les loueurs de motos.
C’est-à-dire à peu près tout le monde, car les locaux, toujours à l’affût d’une
affaire, sont habitués à devancer les besoins des touristes et deviennent de
sacrés intermédiaires à l’heure de conclure un marché. Une journée de location
revient à environ 200 roupies par jour à la bonne saison, mais les prix
changent en fonction de la demande, des commissions à octroyer et surtout du
nombre de jours pendant lequel vous comptez rester.
C’est ainsi que j’ai pu me faufiler dans les chemins de terre rouge du Nord,
aller visiter les temples et les maisons portugaises à l’intérieur des terres
et pousser jusqu’au Sud en parcourant la magnifique route qui longe la mer entre
Cabo de Rama et Palolem. Là, j’ai choisi la plage d’Agonda pour m’établir pendant
quelques jours, un petit paradis embaumé par les fleurs blanches du cajou au
parfum de jasmin âpre (que l’on retrouve dans le feni, d’ailleurs) et
par les pins qui fixent les dunes. Le confort de mon logis était sommaire et
souvent quelques clébards vagabonds et des cochons de lait s’invitaient à mon
repas sur le seuil de la cabane. Mais comme dirait mon propriétaire « en
Europe vous allez à la campagne ou au zoo pour voir ces bêtes, alors qu’ici
on partage notre vie avec ».
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